Dans les mines antiques d’Athènes

Par Matthieu DURAND, le 20 septembre 2004 à 07h00 , mis à jour le 20 septembre 2004 à 14h33

Des scientifiques français et grecs ont exploré les mines du Laurion, au sud d’Athènes. Ce vaste gisement d’argent était l’un des plus importants de l’Antiquité. Descente en rappel.

-120 mètresA 120 m de profondeur, dans un boyau étroit (photo : Denis Morin). © denis morin

L’or, l’argent et le bronze "pleuvent" à nouveau sur Athènes, qui accueille du 17 au 28 septembre les Jeux paralympiques. Le métal qui honore la deuxième place sur les podiums a longtemps fait la fortune de la cité, pendant l’Antiquité. A l'extrémité nord de l'Attique, les mines d’argent du Laurion étaient en effet considérées comme les plus vastes de l'époque. Aujourd’hui abandonnées, elles ont été à nouveau explorées au printemps dernier par des chercheurs français et grecs (1). Lesquels ont, pour l’occasion, troqué leurs stylos contre le piolet (cliquez ici pour découvrir quelques images de l’expédition).

120 mètres sous terre

Passé, présent et futur ont été abordés au cours de la mission, qui s’est intéressée aussi bien aux galeries souterraines qu’à leur impact en surface. "Les hommes se sont établis là où il y avaient des ressources minérales : fleuves, rivières mais aussi gisements de minerai ou sel", explique à tf1.fr Denis Morin, de l’Unité toulousaine d'archéologie et d'histoire, qui a pris part à l’expédition. Conséquence : des entités territoriales se sont forgées en fonction de ces ressources.

Voilà pour la surface. Quant au sous-sol du Laurion, il se caractérise par son gigantisme. Gigantisme du gisement métallifère (120 km2 environ) mais aussi des installations créées pour l’exploiter. Les puits du Laurion, taillés dans le marbre à l'aide de marteaux et de pointerolles (sorte de burins emmanchés), peuvent ainsi descendre à plus de 120 mètres de profondeur en verticale absolue. Des dizaines, voire des centaines de kilomètres de boyaux ont été creusés, selon Denis Morin. Un travail de titans, réalisé à la main ! "Les Grecs avaient déjà mis au point des techniques très élaborées que l’on retrouve au Moyen Age et au 16e siècle", précise le chercheur français.

Applications concrètes

L'intérêt scientifique majeur des vestiges justifie, pour cette troisième mission d’exploration, la mise au point d’une carte géologique au 5.000e couvrant l'ensemble des travaux. Le site du Laurion devrait également permettre de mieux comprendre l’évolution des méthodes d’extraction pour creuser de plus en plus profondément. L’équipe franco-grecque en a ainsi profité pour effectuer des mesures de température et de gaz en profondeur. Et tester des matériels nouveaux : de nouvelles générations de chevilles expansives ainsi que des appareils respiratoires isolants, qu’utilisent les sapeurs pompiers de Paris pour évoluer en milieu confiné ou peu ventilé. Comme le souligne Denis Morin, "chercher pour chercher ne présente aucun intérêt si les découvertes ne sont pas transmises aux générations futures".

Deux mille ans d’oubli

Les mines du Laurion furent l'un des plus importants centre minier de la Grèce ancienne aux IVe et Ve siècles avant J.-C. Oubliés pendant près de deux millénaires, les vestiges des exploitations antiques furent redécouverts en 1860 par un ingénieur des mines grec. Des concessions minières furent attribuées à la Compagnie française des mines du Laurion, qui les exploita jusqu'en 1977.

(1) Unité toulousaine d'archéologie et d'histoire (CNRS, Université de Toulouse 2, ministère de la Culture), laboratoire de métallurgies et cultures de Sevenans (Institut de recherche sur les archéomatériaux, CNRS, Université de Bordeaux 3) et le Service national grec de géologie (IGME).

photo : Denis Morin

Par Matthieu DURAND le 20 septembre 2004 à 07:00
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