Menaces sur le littoral corse

Par Matthieu DURAND, le 14 septembre 2004 à 07h00 , mis à jour le 14 septembre 2004 à 16h15

L’aménagement du territoire était au cœur d’un comité interministériel ce mardi. Des voix s’élèvent régulièrement pour modifier la loi Littoral de 1986. La pression est particulièrement forte en Corse.

bonifacio corse falaise méditerranée mer AFP © INTERNE

Un Comité interministériel d'aménagement du territoire (CIADT) s'est réuni mardi à Matignon (lire l'encadré ci-dessous). Le gouvernement n'a pas souhaité faire évoluer la loi Littoral de 1986, qui interdit la construction dans les zones non urbanisées sur une bande de 100 mètres à partir du rivage. Deux rapports récents, de la Datar et du Sénat, le préconisaient pourtant, tandis que de nombreux élus locaux appellent de leurs vœux une réforme, pour permettre l'essor d'activités économiques. Les défenseurs de l’environnement s’en inquiètent, au contraire, craignant un "bétonnage" accru des côtes.

Rivage pour tous

En Corse, le Collectif pour la "loi Littoral", rassemblant une vingtaine d’associations écologistes et quelques partis politiques locaux (nationalistes, verts, socialistes, communistes…), a dénoncé mercredi dernier les pressions exercées par certains "promoteurs immobiliers, architectes, lotisseurs [et] élus politiques" dans le cadre de la préparation du Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse (Padduc) qui doit être voté par la Collectivité de Corse avant juillet 2006. Particulièrement menacés, selon l’association écologiste U Levante — membre du Collectif, les espaces remarquables du littoral, "aujourd’hui totalement vierges de construction", et qui pourraient "être déclassés et rendus constructibles".

"Notre objectif est de préserver l’accès au rivage à tous, explique à tf1.fr Michèle Salotti, d’U Levante. Or, la construction de gigantesques hôtels entraîne la privatisation des plages et stérilise l’arrière-pays." Le développement économique n’est pas pour autant incompatible avec la loi Littoral, insiste l’écologiste, qui évoque l’aquaculture, l’extension des ports et même des aménagements destinés au public (parking, toilettes…). "Mais il faut abandonner l’idée du tout tourisme en Corse", souligne-t-elle. Et de rejeter les paillottes et les villas secondaires, qui n’apportent aucun bénéfice aux résidents.

Incompatibilités

Les premiers à militer pour des aménagements de la loi sont les maires de l’île. Normal quand, souvent dans l’île, "un permis de construire égale une voix", souligne à tf1.fr Marie-Hélène Casalonga. Cette juriste spécialisée dans les questions environnementales s’érige contre "le discours 'Chacun doit pouvoir construire sur un terrain hérité de ses grands-parents', qui est souvent une façon d’exclure les non-Corses".

Conséquences de l'urbanisation du littoral : l'étalement des villes et le mitage du paysage. Ce qui, précise encore Marie-Hélène Casalonga, est incompatible avec le code de l'urbanisme et les grandes lignes du droit communautaire". Lequel privilégie les villes "compactes", de courte distance, et la gestion intégrée des zones côtières. "L’Etat est le dernier rempart de la loi Littoral, avertit la juriste. S’il flanche, tout sera foutu en six mois."

Littoral et "développement équilibré"

Le CIADT, qui a lancé des appels à projets pour le "développement équilibré" du littoral, a annoncé la création du Conseil national du littoral. Conçu sur le modèle du Conseil national de la Montagne, il sera composé à parité d'élus (parlement et collectivités territoriales) et de représentants sociaux-professionnels, avec pour mission de contribuer à la politique du littoral. Le Premier ministre en sera le président. Le CIADT a également décidé de lancer un appel à projets national "en faveur d'un développement équilibré des territoires littoraux, à destination des acteurs locaux désireux de s'impliquer dans une gestion intégrée des zones côtières". Les conditions de cet appel à projets seront définies d'ici la fin octobre. Il disposera de 1,5 million d'euros sur la période 2005-2006. Des "crédits nouveaux" en faveur du littoral seront répartis entre le Conservatoire du Littoral (8 millions d'euros), le Fonds national d'Aménagement et de développement du territoire (FNADT, 10 millions d'euros) et divers ministères (6 millions). Le CIADT a également annoncé des moyens financiers pour une série de projets locaux.

photo : Bonifacio (archives)

Par Matthieu DURAND le 14 septembre 2004 à 07:00
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