OGM : organismes génétiquement contaminants

Par Matthieu DURAND, le 16 septembre 2004 à 07h00 , mis à jour le 21 septembre 2004 à 11h48

Les autorités thaïlandaises ont suspendu leurs essais expérimentaux d’OGM après la contamination de vergers non transgéniques. Ce type de contaminations n’est pas rare, comme l’explique à tf1.fr le professeur Gilles-Eric Séralini.

[Expiré] maïs OGM épi culture agriculture céréale (syngenta/DR) © INTERNE

La Thaïlande a annoncé mercredi la suspension de ses cultures expérimentales d’organismes génétiquement modifiés (OGM). La veille, les autorités ont admis la contamination de vergers "classiques" par des plants génétiquement modifiés de papaye d'une exploitation pilote dans une province du nord-est.

Les expérimentations, conduites conjointement sur trois sites avec l'Université américaine de Cornell, ne sont pas pour autant abandonnées définitivement. Quant aux essais en laboratoire, ils se poursuivent. Certains importateurs européens de fruits en sirop thaïlandais ont arrêté leurs achats par crainte d'une contamination des papayes, selon la presse.

En France aussi

"Ce type de contaminations s’est déjà produit un peu partout dans le monde : au Canada avec le colza, en France avec le soja et aux Etats-Unis avec le maïs", indique à tf1.fr, Gilles-Eric Séralini (1), professeur de biologie moléculaire à l’université de Caen et expert en OGM auprès du gouvernement français et de l’Union européenne. "Il n’est pas nécessaire, poursuit-il, que les plants transgéniques soient fertiles et compatibles sexuellement avec les autres plants pour qu’il y ait contamination, celle-ci pouvant s’effectuer dans les silos ou les chaînes de trituration [où les aliments sont broyés à des fins alimentaires]." Et de citer l’affaire ProdiGene : en 2002, aux Etats-Unis, cette société américaine a contaminé 500.000 tonnes de soja avec du maïs génétiquement modifié pour produire des médicaments. Or, l’OGM en question était stérile…

"Les autorités thaïlandaises sont bienheureuses d’avoir réussi à découvrir cette contamination", souligne par ailleurs le professeur Séralini. Pour les OGM expérimentaux, il n’existe en effet aucune chaîne de traçabilité indépendante, contrairement à celle que l’Union européenne et 140 autres pays ont adoptée pour les OGM autorisés à la commercialisation. "La France était leader des essais d’OGM expérimentaux en champs entre 1986 et 1996, précise le scientifique français. Aucun prélèvement officiel n’a été effectué. Il n’y a pas moyen de savoir si ces expérimentations ont contaminé des cultures ou pas."

Une contamination telle que celle qui s’est produite en Thaïlande reste peu probable en Europe, affirme l’expert. Les cultures transgéniques ne représentent que 0,01% des cultures agricoles totales. Mais les contaminations restent possibles, prévient Gilles-Eric Séralini, via "les importations de produits, surtout alimentaires".

(1) Le professeur Séralini est l’auteur de Génétiquement incorrect et de Ces OGM qui changent le monde (à paraître le 1er octobre), tous deux publiés chez Flammarion.

photo : archives (DR)

Par Matthieu DURAND le 16 septembre 2004 à 07:00
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