Euthanasie : le docteur Chaussoy s’explique

Par Annie HAUTEFEUILLE (AFP), le 15 novembre 2004 à 11h56 , mis à jour le 15 novembre 2004 à 12h03

Le médecin, qui a aidé Vincent Humbert à mourir, explique son geste dans un livre. Une parution qui intervient alors que la proposition de loi sur la fin de vie doit être débattue à l'Assemblée nationale.

chaussoy médecin humbert berck © INTERNE

Le médecin peut-il seulement débrancher un respirateur, pour respecter la volonté du malade, ou son "devoir" peut-il impliquer une aide plus active à mourir,  comme l'explique notamment le docteur Frédéric Chaussoy dans un livre-confession paru lundi (1) ?

Plutôt que de laisser Vincent Humbert "s'étouffer peu à peu" après avoir débranché la machine qui aidait le jeune tétraplégique à respirer, le Dr. Chaussoy dit avoir jugé qu'il était de son "devoir de médecin" de "l'aider" à mourir comme il l'avait réclamé. Le jeune homme, plongé dans un coma profond par sa mère, Marie Humbert, qui lui avait injecté une dose de barbituriques, meurt le 26 septembre 2003, deux jours après son admission en réanimation dans le service dirigé par le Dr. Chaussoy au centre héliomarin de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais). Le médecin a été mis en examen pour "empoisonnement avec préméditation", un crime passible de la réclusion à perpétuité.

"Il y a aujourd'hui une hypocrisie"

Dans le Paris-Match paru jeudi dernier, l'ancien ministre de la Santé Bernard Kouchner, qui a préfacé l’ouvrage du Dr. Chaussoy, pose cette même question de la souffrance du patient que l'on débranche et qui lutte contre la mort, jugeant "insuffisante" la proposition de loi sur la fin de vie, dont doit débattre l'Assemblée nationale le 26 novembre. "En 2004, 100.000 machines de respiration artificielle seront débranchées, alors qu'aucun cadre légal n'en prévoit les modalités", reconnaît dans le magazine le ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy, justifiant la nécessité de légiférer. "On donne davantage de droits au malade mais aussi plus de sécurité pour les médecins qui pourront se libérer de l'acharnement thérapeutique", fait valoir le ministre actuel. "Il y a aujourd'hui une hypocrisie, admet-il, sur le fait qu'un médecin qui débranche un appareil est passible pénalement d'accusation d'homicide".

Pétition

Le malade pourra refuser de continuer un traitement curatif, mais "il ne peut pas, par exemple, demander au médecin de lui faire une injection mortelle", précise Philippe Douste-Blazy. "Si le malade veut mourir, on va le débrancher et le laisser souffrir!", s'insurge Bernard Kouchner. Dans le débat sur l'euthanasie passive et l'euthanasie active, "c'est au niveau de la souffrance qu'il faut réfléchir", insiste-t-il. Selon lui, le nouveau texte "ne va pas assez loin" non plus "dans la recherche de la volonté du patient. Le médecin n'est pas tenu de la suivre, il décide".

Dans son livre, le Dr. Chaussoy relève que la législation actuelle "refuse de prendre en compte tous les malades qui sont en souffrance mais pas en fin de vie". Pour combler cette lacune, une association qui défend un projet de "loi Vincent Humbert" espère toujours recueillir d'ici le 26 novembre 100.000 signatures en faveur d'un texte autorisant une "aide active" à mourir dans le cadre d'une "exception d'euthanasie strictement encadrée".

(1) Dr Frédéric Chaussoy : Je ne suis pas un assassin, Oh! Editions.

photo : le docteur Chaussoy (archives LCI)

Par Annie HAUTEFEUILLE (AFP) le 15 novembre 2004 à 11:56
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