© INTERNELa résistance des bactéries aux antibiotiques est un phénomène mondial qui inquiètent les spécialistes. Aussi l’Académie nationale de médecine a-t-elle insisté mardi sur la nécessité de mieux utiliser les antibiotiques.
Sur-utilisation et résistance
Le problème est double, selon Didier Pittet, du service de prévention et contrôle de l’infection, aux Hôpitaux universitaires de Genève. "D’une part, la sur-utilisation de cette classe de médicaments, ou leur mauvaise utilisation, fait que les bactéries, qui sont plus anciennes et plus malignes que nous, sont capables de développer des résistances, a-t-il expliqué. D’autre part, les résistances se disséminent et passent d’un individu à l’autre."
Les traitements deviennent donc plus difficiles à mettre en place, le docteur Patrick Choutet, du service des maladies infectieuses au CHU Bretonneau de Tours, parle même d’"échecs thérapeutiques". Or, poursuit-il, l’industrie pharmaceutique ne commercialisera pas de nouveaux antibiotiques avant au moins dix ans.
La France à la pointe
La situation est particulièrement grave en France, où les médecins de ville prescrivent trois fois plus d’antibiotiques que leurs homologues néerlandais. Cette singularité hexagonale s’explique notamment par l’accès facile aux soins, les comportements individuels vis-à-vis des médicaments et par un certain nombre de facteurs sociologiques, telle la garde des enfants en crèche qui favorise la dissémination des bactéries.
Par ailleurs, les médecins français reçoivent, au cours de leurs études, une formation insuffisante sur les antibiotiques et sur les infections banales. D’où une propension à prescrire davantage ces médicaments. Quant aux patients, ils ont tendance à réclamer des antibiotiques sans bien en connaître l’utilité.
Dialogue médecin-patient
Il est donc capital de mieux informer ces deux populations, insistent les experts. Les généralistes français reçoivent ainsi des recommandations de bonne conduite mais aussi des outils pratiques. Le test de l’angine permet, à partir d’un prélèvement effectué dans la gorge du patient, de déterminer en cinq minutes si la maladie est virale ou bactérienne, auquel cas le recours aux antibiotiques est justifié. Or, 90% des pathologies respiratoires (rhinopharyngite…) sont d’origine virale.
Le grand public, lui, est la cible de campagnes d’information sur les antibiotiques depuis 2002. Conséquence : la consommation a chuté de 16% en deux ans, pour un objectif fixé à 25%. Pour Jean-Claude Pechère, professeur honoraire de microbiologie à l’Université de Genève, qui s’est déclaré "en guerre contre la résistance bactérienne", un meilleur usage des antibiotiques passe par l’amélioration du dialogue entre le médecin et le patient. Au premier de mieux expliquer la nature du traitement prescrit, sa durée, ses éventuels effets secondaires ; au second, de mieux le respecter. Antibiotiques ou pas.
photo : archives TF1
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