Napoléon, de l’épée à la plume

Par Matthieu DURAND, le 16 novembre 2004 à 07h00 , mis à jour le 15 novembre 2004 à 18h29

L'Empereur a laissé une impressionnante correspondance. La Fondation Napoléon s’est engagée dans la publication de ses 35.000 lettres connues à ce jour, comme l’explique à tf1.fr son directeur, Thierry Lentz.

napoleon © INTERNE

tf1.fr : Comment avez-vous procédé pour recueillir toutes les lettres de Napoléon, publiques et privées, qui étaient dispersées à travers le monde ?

Thierry Lentz (1) : Plus de cent personnes, dont des bénévoles, se relaient à la Fondation Napoléon sur un logiciel spécialement conçu pour enregistrer, traiter et classer plus de 35.000 documents, éviter les doublons et corriger certaines erreurs. De même, pour l’annotation des lettres — car nous avons voulu une édition critique —, les meilleurs spécialistes de chaque question ont accepté de prêter leur concours à cette entreprise qui, dans de telles proportions, ne se renouvellera pas de sitôt.

Jusqu’en 2009, nous allons en effet publier environ 35.000 lettres en 12 volumes, dont sans doute 5.000 à 7.000 documents inédits. Parmi les documents déjà connus, nous avons déjà éliminé de nombreux faux et corrigé des centaines de lettres qui avaient été édulcorées dans les publications officielles, notamment sous le Second Empire.

tf1.fr : S'agit-il d'une édition définitive ou reste-t-il des lettres auxquelles vous n'avez pas eu accès ?

T. L. : Nous pensons réunir la grande majorité des lettres accessibles… mais il est certain qu’il en manquera. Des collectionneurs privés refusent encore de nous communiquer leurs collections, de nombreuses familles ont des archives qu’elles connaissent mal. Quoiqu’il en soit, tous les grands dépôts d’archives au monde ont été contactés par les Archives de France qui sont partenaires de l’opération et nous ont communiqué ce qu’ils possèdent.

tf1.fr : Qu’est-ce que les lettres inédites nous apprennent sur Napoléon ?

T. L. : La lecture continue de cette masse de documents confirme ce qu’on savait déjà : il s’occupait de tout, passait d’un sujet à l’autre, le tout avec une tête bien faite et très organisée. Cet homme n’oubliait rien.

tf1.fr : Quel Napoléon apparaît dans ses premières lettres, celles publiées dans le premier tome de la correspondance (2) ?

T. L. : Ce qui est le plus neuf, c’est de constater au travers de sa correspondance privée, que Bonaparte est totalement un jeune homme de son temps avant et pendant les premières années de la Révolution : son trait principal est sa quête de réussite, professionnelle et, surtout, financière. Sa correspondance avec son frère Joseph, qui était largement inédite, le montre avide de gagner de l’argent et, déjà, de se placer et de placer ses proches à de bons postes. Nous publions aussi une soixantaine de lettres d’amour, très froides à Désirée Clary, qui est traitée comme une "affaire", très chaudes et même érotiques à certains égards lorsque Joséphine de Beauharnais entre dans sa vie.

(1) Historien de formation, Thierry Lentz est le directeur de la Fondation Napoléon. Il a publié plusieurs ouvrages sur l’Empereur et son époque, notamment une Nouvelle histoire du Premier Empire en trois tomes, chez Fayard.
(2) Napoléon Bonaparte : Correspondance générale publiée par la Fondation Napoléon, tome 1 : Les apprentissages (1784-1797), éditions Fayard, 1464 pages, 50 euros.

photo : DR

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Par Matthieu DURAND le 16 novembre 2004 à 07:00
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