Antarctique : la menace d'un iceberg géant

Par Matthieu DURAND (avec AFP), le 17 décembre 2004 à 11h04 , mis à jour le 17 décembre 2004 à 11h28

Avec ses 150 km de long et 25 km de large, l’iceberg perturbe l’accès à trois bases en Antarctique. Surtout, il menace de famine des colonies de manchots, selon des experts.

A l'eauUn manchot Adélie (photo : CNRS, S. Drapeau). © CNRS S. Drapeau

Un énorme iceberg bloque l'accès à la mer de trois bases de l'Antarctique et, selon des experts néo-zélandais, menacerait de famine d'immenses colonies de manchots. Baptisé B15A, ce "bloc de glace" de 150 km de long sur 25 km de large est ce qui reste de l'un des plus grands icebergs jamais observés, qui s'est détaché de la calotte glaciaire Ross en 2000 et qui a commencé à se désintégrer l'an dernier.

Sa masse a contrarié les courants marins et aériens qui brisent habituellement la glace à cette période de l'année à McMurdo Sound, principale voie d'accès maritime aux stations gérées par la Nouvelle-Zélande, les Etats-Unis et l'Italie. Selon John Cockrem, de l'Université Massey en Nouvelle-Zélande, deux colonies de dizaines de milliers de manchots Adélie sur l'île Ross étaient en danger en raison de la présence de cet iceberg, qui va obliger les animaux à parcourir jusqu'à 60 km pour trouver de la nourriture en mer.

Menace pour les poussins

"Les manchots Adélie se nourrissent dans des conditions de glace de mer particulières, explique à tf1.fr Henri Weimerskirch, directeur de recherche CNRS au Centre d’études biologiques de Chizé. Au printemps, la banquise formée par la mer gelée se fracture. Sous ces plaques de glace, se cachent des krills, des petites crevettes dont se nourrissent les manchots". La présence d’un iceberg empêche la glace de mer de se disloquer, obligeant à les manchots à chercher leur nourriture plus loin.

En hiver, le mâle et la femelle se relaient pour incuber l’œuf. L’un peut rester 5 à 10 jours sans manger pendant que l’autre est parti pêcher. "Mais au printemps [qui se déroule actuellement dans l’hémisphère sud], quand le poussin est né, il a besoin de s’alimenter fréquemment", souligne le chercheur. D’où une situation catastrophique pour les manchots depuis deux ans, du fait de ces icebergs géants. "Dans certaines colonies, tous les poussins sont morts, relève-t-il, mais ce type d’événements est relativement fréquent d’un point de vue historique. Il n’est pas seulement lié au réchauffement climatique."

Julian Tangaere, responsable de la base néo-zélandaise Scott, a indiqué pour sa part que l'iceberg se déplaçait en direction du large à une vitesse de 2 à 3 km par jour, ouvrant un chenal de plus en plus large vers l'océan. "Pour être honnête, déclare-t-il, je pense que quelques personnes ont tiré la sonnette d'alarme un peu vite et je pense qu'on a largement le temps de voir comment vont évoluer les choses."

photo : un manchot Adélie (S. Drapeau/Adélie)

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Par Matthieu DURAND (avec AFP) le 17 décembre 2004 à 11:04
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