Jeudi matin, heure française, Ariane-5 doit emmener Rosetta dans l'espace pour qu'elle y rencontre la comète Churyumov-Gerasimenko (infographie : CNES/ESA). © INTERNEAriane-5 a, pour la première fois samedi, mis simultanément sur orbite sept satellites (lire Nouveau succès pour Ariane-5 ). Parmi eux, le satellite militaire d’observation de seconde génération Helios II A. Michel Sayegh, directeur du programme Helios à la Délégation générale pour l’armement (DGA), explique à tf1.fr de quelle manière les images de ce satellite seront utilisées par l’armée.
tf1.fr : Qui participe au projet Helios II ?
Michel Sayegh : Ce programme d’armement a été lancé en 1995 par la France, mais il a été réalisé par la DGA pour les ministères de la Défense français, belge et espagnol. Son coût est de deux milliards d’euros. La France supporte 95 % des finances, la Belgique et l’Espagne se partageant les 5% restant. L’Italie, qui avait participé au financement d’Helios I ne participe pas cette fois-ci car un autre type de coopération a été mis en place, qui prévoit un échange d’accès entre le système optique très haute résolution Helios II et le radar italien Cosmo-skymade. Un échange croisé identique existe avec l’Allemagne et son radar très haute résolution Sar Lupe.
tf1.fr : Quelles sont les principales innovations apportées à Helios II ?
M. S. : Comme son prédécesseur Helios I, Helios II, sera composé de deux satellites d’observation, dont le premier va partir aujourd’hui. La première amélioration, c’est la résolution, qui devient de très haute qualité. De quelle teneur ? Ce chiffre est hautement classifié car il s’agit d’une information stratégique. Disons qu’il est de quelques dizaines de centimètres. Suffisamment pour éviter les leurres. Mais la qualité d’un satellite ne se réduit pas à la taille du pixel. La qualité du contraste et du bruit de fond de l’image sont très importants aussi. Dans Helios II, l’ajout d’une voie infra-rouge va permettre de prendre des images de jour comme de nuit, ce qui n’était pas le cas avant, et de détecter les activités humaines. On pourra ainsi savoir si un moteur de véhicule est encore chaud ou si une centrale nucléaire est en activité ou à l’arrêt.
Les ingénieurs ont également travaillé sur le système pour gagner la course contre la montre. Avec Helios I, il fallait compter 48 heures entre la demande de renseignement d’un opérateur sur le terrain et l’envoi de l’image. Avec Helios IIA, ce délai sera réduit de moitié. Par ailleurs, l’arrivée d’Helios IIA ne signifie pas la disparition du satellite de première génération Helios IA (ndlr : le satellite Helios IB a cessé de fonctionner cet automne). Ils seront positionnés l’un en face de l’autre, pour assurer une meilleure couverture du globe. Enfin, si avec Helios I on faisait quelques dizaines de photos par jour, avec Helios II on pourra en traiter une centaine.
tf1.fr : En revanche, Helios II ne verra toujours pas à travers les nuages ?
M.S. : Non, car il s’agit d’un satellite optique. C’est pour cela que nous avons développé des coopérations avec nos voisins Italien et Allemand car les ondes de leurs radars, elles, passent au travers des nuages.
tf1.fr : Que va apporter Helios II dans la préparation des opérations militaires ?
M.S. : La première force du satellite est d’avoir accès à tous les points du globe sans violer l’espace aérien. La version Helios II va permettre de cibler, guider, préparer et vérifier les dommages de combat. Le ciblage, c’est déterminer pour nos missiles de précision quel est le bâtiment ou la base secrète enfouie dans une montagne qu’il faut atteindre. Le satellite fournira les coordonnées exactes de l’emplacement, qui seront alors entrées dans un missile de type Scalp. Elles permettront d’établir avec précision le trajet du missile pour atteindre la cible. C’est le guidage.
Avant de partir, le pilote aura l’image de ce qu’il doit atteindre. Les postes d’exploitation des images auront des filtres qui vont lui permettre, grâce à des lunettes de vision spéciale, de voir la zone en 3D, un peu comme dans un jeu vidéo. Il pourra ainsi étudier la zone et déterminer le meilleur chemin à prendre. Ensuite, vérifier qu’un objectif est atteint n’est pas toujours évident. Ce satellite sera un capteur supplémentaire sur la palette des systèmes permettant déjà le renseignement, comme les drones, les Mirage F1 et les moyens humains des régiments.
tf1.fr : Lors de son lancement Helios II aura de nombreux co-passagers, tous ne vous appartiennent pas…
M.S. : Sur les six co-passagers, il y aura notamment un démonstrateur Essaim, constitué de quatre microsatellites développés par la DGA, et qui vont s’intéresser à l’environnement électromagnétique de la terre. Comme il s’agit d’un démonstrateur, le but ne sera pas de faire des écoutes mais de démontrer que c’est faisable. Se trouveront également à bord un microsatellite du CNES, chargé d’observer les nuages et les aérosols, et Nonosat, un microsatellite espagnol.
photo : Ariane-5 (archives)
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