Tsunami : le risque existe aussi en Méditerranée

Par Sophie LAUTIER et Cyril TOUAUX (AFP), le 29 décembre 2004 à 10h54 , mis à jour le 29 décembre 2004 à 11h06

Traversée de failles, la Méditerranée a déjà connu des raz-de-marée meurtriers. Le phénomène pourrait se reproduire, expliquent les experts.

Turquie vue

Le risque de tsunami existe en Méditerranée. "A partir du moment où l'on a une activité sismique et un plan d'eau, le risque de tsunami existe et il n'est pas négligeable", explique Michel Villeneuve, géologue français à l'Université de Provence.

En Méditerranée, "le moteur sismique est la zone de subduction entre la plaque africaine et la plaque eurasienne, qui se situe sous l'Atlas nord-africain, du Maroc jusqu'en Tunisie et se prolonge en mer jusqu'au nord de la Sicile", précise le géologue. En Grèce, il existe une faille "semblable à celle de Sumatra, qui va de la mer ionienne jusqu'à Rhodes", selon le sismologue grec Vassilis Papazahos. Elle fut à l'origine en 365 d'un tsunami qui a fait des dizaines de milliers de morts jusqu'en Sicile et en Egypte.

Menace en Turquie

En 2000 ans, près d'une vingtaine de tsunamis ont ainsi été recensés en Méditerranée, dont certains meurtriers comme en 551 le long de la côte libano-syrienne, en Egypte au 4e et 14e siècles ou à Messine (Italie) en 1908, "ce qui ne fait quand même pas beaucoup", estime Paul Tapponnier, géologue à l'Institut Physique du Globe de Paris (IPG). La mer de Marmara, en Turquie, pourrait "probablement" être le prochain théâtre d'un tsunami, "plus petit qu'en Asie, mais la grande densité de population pourrait le rendre meurtrier", pronostique Paul Tapponnier.

Selon les experts, 80% des tsunamis sont observés dans le Pacifique, 10% dans l'Océan Indien et entre 5 et 10% en Méditerranée où l'intensité est en moyenne "plus faible", tempère Philippe Lognonné, directeur du département de géophysique spatiale et planétaire à l'IPG. A cela deux raisons : en Méditerranée, la magnitude moyenne des séismes est moins importante et le plan d'eau est plus petit, ce qui ne permet pas à la vague de prendre une ampleur telle que celle observée en Asie.

Pas de système d’alerte

Mais, en théorie, un tsunami touchant les côtes françaises au niveau de la plaine de la Camargue "un scénario à ne pas exclure, pourrait aller jusqu'à la ville d'Arles", à 25 km des côtes, prévient Michel Villeneuve. Le dernier "petit" tsunami, généré par le tremblement de terre de Boumerdes (Algérie) en mai 2003, avait touché, sans faire de victimes, les Baléares et les côtes françaises où le niveau d'eau était momentanément descendu d'1,50 m par endroits.

Alors que le Pacifique est doté d'un système d'alerte auquel participent 26 pays, ni la Méditerranée, ni l'Océan Indien n'en possèdent. "Ce qui vient de se passer en Asie va peut-être nous amener à réfléchir, même si ce n'est pas une priorité pour les pays et on ne peut que le regretter", estime Paul Tapponnier. "Ce qui compliquerait l'alerte, c'est que la Méditerranée ne faisant que 1.000 km de large, un tsunami la traverse en un peu plus d'une heure", explique Patrick Simon, chef du bureau des risques naturels au ministère français de l'Environnement, faisant valoir que la France a lancé une étude pour "cerner la fréquence d'occurrence de risque de tsunami".

photo : la Turquie pourrait subir un tsunami (DR)

Par Sophie LAUTIER et Cyril TOUAUX (AFP) le 29 décembre 2004 à 10:54
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