© INTERNELongtemps la bête noire de la communauté internationale, le bouillant Muammar al-Kadhafi, 62 ans, serait aujourd’hui parfaitement “fréquentable”, au point que l’embargo commercial qui pesait sur la Libye a été levé il y a deux ans. Aujourd’hui, le “guide de la révolution” peut s’offrir un petit plaisir : un télescope de 2 m flambant neuf.
Mystère et tabou
Car il se trouve que l’homme est astronome amateur : il arpente le désert plusieurs fois l’an pour observer le ciel et ne manque aucun rendez-vous céleste. À l’automne 2003, il a rassemblé autour de lui les quelques astronomes professionnels de son pays (que l’on dit évidemment moins compétents que lui en matière d’astronomie…) pour observer, toujours dans le désert, le passage de Mars à l’opposition. Par ailleurs, il s’intéresse de près aux calculs effectués pour déterminer la date du ramadan (qui, en Libye, démarre un jour plus tôt que partout ailleurs) et son gouvernement organise tous les ans, sous la houlette du Libyan Center for Remote Sensing and Space Science (LCRSSS, un peu l’équivalent de notre CNES) des journées dédiées à l’espace et à l’astronomie. À cette occasion, sont conviés astronomes étrangers, constructeurs de télescopes (telle la Sagem) et fournisseurs d’images satellites (Spot et Landsat).
“Kadhafi s’entoure de mystère, raconte Guillaume Blanchard, ingénieur de la société d’optique belge Amos. Il est très difficile d’obtenir des renseignements sur sa personnalité et sur sa passion pour l’astronomie. On ne parle pas du guide, c’est tabou.” Une rumeur toutefois : l’homme serait impatient, il aurait un jour réclamé la construction dudit télescope dans les 2 heures… “Kadhafi veut surtout montrer que la Libye peut exercer dans la région un leadership scientifique”, explique Roland Geyl, directeur adjoint de Sagem-Reosc, la société chargée de construire l’instrument. Et, à près de 10 millions d’euros, il ne s’agit pas d’un télescope d’amateur.
Télescope sur 4 x 4
Le gouvernement libyen vient justement de régler la note pour la construction de l’instrument. Mais à ce stade, un problème épineux se pose : où installer l’engin ? Réponse logique d’un astronome lambda : à l’endroit où le seeing (la qualité de l’atmosphère) est le meilleur,
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Pour empêcher pareille hérésie, une bonne dose de tact sera nécessaire. En attendant, une campagne de prospection a démarré avec un bien étrange engin : un télescope de 40 cm sous une coupole, monté sur un véhicule 4 x 4, avec lequel il arpente le pays pour évaluer la qualité du ciel. Si ce drôle de télescope mobile est avant tout un instrument scientifique, il n’en est pas moins également le nouveau “joujou” de Kadhafi. Le guide n’a qu’à claquer des doigts pour qu’il soit immédiatement mis à sa disposition…
Aujourd’hui, plusieurs sites de construction sont déjà pressentis. Notamment un pic à 2 200 m d’altitude, près de la frontière tchadienne. Mais cette région, sujette à des tensions politiques, est truffée de mines. Quoi qu’il en soit, où que le télescope atterrisse, sa première lumière n’est pas envisagée avant trois ans.
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photo : AFP
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