Nature : pendant les débats, l'extinction continue

le 24 janvier 2005 à 07h00 , mis à jour le 24 janvier 2005 à 11h09

Une conférence internationale sur la biodiversité s'est ouverte lundi à Paris. Près de 16.000 espèces sont menacées de disparition. La France est pointée du doigt pour ses incohérences.

Bonne nouvelleBonne nouvelle dans ce sombre tableau : "les mesures de conservation ont déjà donné des résultats positifs et un quart des espèces d'oiseaux menacés en ont bénéficié" (photo d'un Loris tardigradus : A. Nekaris, UICN). © Anna Nekaris UICN

Alors que la Terre connaît sa sixième grande crise d’extinction depuis l’apparition de la vie (lire l’encadré ci-dessous), une conférence internationale sur "Biodiversité, science et gouvernance" s’est ouverte lundi au siège de l’Unesco, à Paris. Jusqu’à vendredi prochain, 1.200 chercheurs, responsables politiques et écologistes venus d’une trentaine de pays débattront sur notre patrimoine naturel et réfléchiront aux manières de le préserver.

"C'est une des leçons du tsunami", a souligné lors de la séance d'ouverture le directeur général du Programme des nations unies pour l'environnement, Klaus Toepfer. "Les mangroves, les récifs coralliens peuvent jouer un rôle tampon contre les catastrophes naturelles", a-t-il indiqué.

Extinction programmée

Le développement des activités humaines se traduit par une altération accélérée de la nature (lire l'encadré ci-dessous). Le rythme d'extinction actuel est 100 à 1.000 fois supérieur au rythme naturel. "Certaines espèces vont s'adapter très vite, celles qui profitent de nous et qui nous exploitent, les maladies et autres cochonneries, et d'autres qui sont en concurrence avec nous comme les grands mammifères sont en première ligne pour une extinction programmée", explique Robert Barbault, directeur du département Ecologie du Muséum d'histoire naturelle.

Face à cette hécatombe, "la communauté scientifique est fragmentée et n'a pas les moyens de mener les recherches", estime Michel Loreau, président du conseil scientifique de la conférence. La Convention sur la biodiversité, signée en 1992, n'impose pas de cadre contraignant. D’ailleurs, la conférence de Paris, organisée en dehors du cadre officiel de négociation des Nations Unies, ne peut rien adopter formellement. Elle pourrait appeler à la constitution d'un groupe d'experts mondial de la biodiversité, sur le modèle de celui du climat.

La France montrée du doigt

La tenue de cette conférence avait été proposée par Jacques Chirac au sommet du G8 à Evian, en juin 2003. Or, la France, "qui est extraordinairement bonne pour donner des leçons aux autres", n'a toujours pas de parc national en Guyane, ni de réserve pour ses coraux en Nouvelle Calédonie, déplore Nicolas Hulot. La Ligue de protection des oiseaux (LPO) rappelle, quant à elle, que la Commission européenne a désigné la France au début du mois comme l’un des mauvais élèves de l’UE en matière de protection de la nature. Sur les 100.000 chercheurs français, moins de 5.000 travaillent sur la biodiversité.

L'extinction en chiffres

A la différence des cinq crises précédentes qui se sont étalées sur des milliers, voire des millions d'années, la crise actuelle "se compte en dizaines d'années ou en siècles, mettant la capacité d'adaptation des espèces à rude épreuve", selon Robert Barbault. La dernière crise a vu disparaître les dinosaures, il y a 65 millions d'années.

  • Au moins 15.589 espèces, animales et végétales, sont confrontées à un risque d'extinction, notamment un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit, un amphibien sur trois et près de la moitié des tortues d'eau douce ("Liste rouge" de l'UICN)
  • Depuis 1500, 784 espèces animales et végétales sont considérées éteintes et 60 supplémentaires ne survivent qu'en captivité ou en culture
  • L'homme n'a décrit que 1,75 million d'espèces sur un total estimé entre 10 et 30 millions
  • Pour chaque plante tropicale qui disparaît, environ 30 espèces associées disparaissent. Pour chaque arbre tropical, ce sont 400 espèces qui disparaissent
  • Les trois quarts de la population mondiale se soignent grâce aux plantes, et 70% de nos médicaments sont dérivés de plantes (Nicole Moreau, CNRS)

d'après l'AFP

photo : A. Negaris, UICN

le 24 janvier 2005 à 07:00
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