
Promesse tenue ! Le ministre de l’Ecologie avait dit qu’il annoncerait rapidement une décision après la mort le 1er novembre de la dernière ourse pyrénéenne, Cannelle, sous les balles d'un chasseur. C’est ce qu’il a fait jeudi en direct dans le journal de 13 heures de France 2. "J'ai décidé de doubler dans les trois ans le nombre d'ours dans les Pyrénées", a-t-il déclaré. "Il s'agit de porter la population actuelle (14 à 18 ours) à "une trentaine d'ours dans les 3 ans", a précisé Serge Lepeltier. "Et pour cela, réintroduction dès cette année de 5 ours femelles, et en 2006 selon l'évolution naturelle - j'espère que d'ici là, nous aurons des naissances d'oursons - réintroduction de 5 ours, moins si nous avons des naissances, et même chose en 2007", a encore indiqué le ministre.
Prudent, le ministre a évoqué une "importante concertation" avant la mise en oeuvre de la décision prise. Les modalités de cette réintroduction (origine des ours, lieux des réintroductions) seront décidées "avant fin juin", à l'issue d'un "important processus de concertation et de dialogue", a précisé le ministre."J'ai des contacts avec l'Espagne, avec la Slovénie, avec la Croatie, mais dans tous les cas, la réintroduction se fera en collaboration avec l'Espagne, parce que les Pyrénées sont à la fois sur la France et sur l'Espagne".
Réactions contrastées
Sans surprise, éleveurs et associations de défense des ours ont réagi de façon diamétralement opposées à l'annonce du ministre. "C'est pire que ce à quoi on pouvait s'attendre", a déclaré Jean-Marc Prim, responsable de la FDSEA des Pyrénées-Atlantiques et éleveur dans la commune de montagne Lestelle-Bétharam. Cet ancien berger critique une "décision politique qui nie l'agriculture". Les éleveurs reprochent aux ours de faire des dégâts importants dans les troupeaux de moutons sur les pâturages d'altitude. Jean-Marc Prim appelle le gouvernement à accompagner cette décision de mesures importantes pour la protection des troupeaux en estive avec de "gros moyens économiques".
Le président de l'association de défense Fiep-Groupe ours Pyrénées, Gérard Caussimont, s'est déclaré pour sa part satisfait de la "politique de restauration de l'ours" dans les Pyrénées. Même constat à FERUS, une association de défense des ours : "Après des années d'immobilisme, les pouvoirs publics se décident enfin à agir pour sauver une de nos espèces phares, déclare-t-elle dans un communiqué. Alors qu'on n'a jamais autant parlé de biodiversité sans faire grand chose pour stopper son érosion, voilà enfin du concret".
La population actuelle comprend 14 à 18 ours, dont seulement quatre ou cinq femelles abritées dans les Pyrénées centrales. Dans les Pyrénées Atlantiques, où Cannelle a été abattue, il ne reste que quatre mâles, y compris son ourson. Les experts de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage estiment qu'il faudrait introduire 8 à 12 ours pour installer durablement l'ours dans les Pyrénées.
Photo : Cannelle (archives)
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