© AFP PHOTO JEAN-PHILIPPE KSIAZEK Certains le suspectaient, le craignaient même : le ministère de l'Agriculture a confirmé vendredi un cas d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) chez une chèvre d'élevage. Il s'agit d'une "première" mondiale. Les analyses ont été réalisées par un panel de scientifiques désigné par la Commission européenne.
Sur la base de tests français, le ministère avait annoncé le 28 octobre que la présence d'un agent infectieux présentant des similitudes avec l'agent de l'ESB avait été détecté sur une chèvre abattue dans le Gard en 2002. La Commission européenne ne recommande aucun changement dans les habitudes de consommation des produits d'origine caprine. Elle va proposer aux experts des Etats membres de renforcer le programme de surveillance de la tremblante chez les caprins.
Farines animales
La possibilité du passage de l'agent de l'ESB - dangereux pour l'homme - aux races ovines et caprines a été démontrée en laboratoire. Mais, jusqu'à ce jour, il n'y avait aucun cas avéré d'une contamination sur le terrain. Les scientifiques jugaient néanmoins cette hypothèse plausible. Principalement parce qu'ovins et caprins sont, depuis des lunes, atteints d'une maladie dégénérative très proche de l'ESB, connue sous le nom de tremblante. On suspecte même l'agent infectieux de cette maladie, inoffensive pour l'homme, d'être passé du mouton à la vache pour devenir l'ESB. Alors pourquoi n'aurait-il pas fait le chemin inverse, après mutation ?
Par ailleurs, jusqu'au début des années 90, des moutons et des brebis ont été nourris avec des farines de viandes et d'os de mammifères. Or, ce type d'alimentation est le vecteur suspecté de la maladie chez les bovins. Il est vrai que la pratique est aujourd'hui interdite à l'échelle européenne pour tous les animaux d'élevage.
D'inquiétantes hypothèses
La confirmation de la contamination de la chèvre soulève de nombreuses questions. En premier lieu, celle de l'étendue de la contamination dans le cheptel européen. "Il s'agit d'un cas isolé dans un troupeau de 300 têtes dont aucune n'était contaminée", insistait-on la semaine dernière à la Direction générale en charge de la Santé et de la protection des consommateurs : "D'une seule chèvre dans toute l'Europe, sans que les moutons soient concernés". L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), dans une note parue en novembre (voir la note en cliquant ici), estime que les cas chez les caprins sont probablement "rares" mais reconnaît ne disposer que d'"indications très partielles".
Autre question : si les chèvres peuvent être atteintes, le prion est-il transmissible à l'homme comme il l'est depuis le bovin ? Certains scientifiques rappellent qu'inoculé à forte dose en laboratoire à des caprins et des ovins, l'agent infectieux se retrouve dans les tissus lymphoïdes et dans le sang, donc dans la viande et peut-être - mais cela n'est pas démontré - dans le lait. Il s'agit d'une différence fondamentale avec les bovins, pour lesquels il suffit de retirer certains organes à risque, telles la moelle épinière ou la cervelle, pour en garantir l'innocuité.
Doubler les tests ?
Une fois encore, les pouvoirs publics, français et européens, vont devoir prendre des décisions difficiles, écartelés entre le principe de précaution pour la santé publique et le danger de mettre à l'index la filière caprine et, par ricochet, ovine. Le tout sans certitude scientifique. Ils n'ont pas attendu les doutes sur cette chèvre pour agir. Depuis 1993, mais surtout ces dernières années, les autorités européennes ont adopté une série de mesures préventives allant de l'analyse d'échantillons dans les cheptels menés à l'abattoir au retrait systématique de certains organes jugés à risque, tels la rate, le crâne, les amygdales, la moelle ou une partie de l'intestin, l'iléon.
La France dispose d'un arsenal réglementaire équivalent. Par ailleurs, depuis quelques années, les moutons génétiquement plus résistants à la tremblante ont été privilégiés pour les cheptels français. On peut espérer qu'ils résistent mieux aussi à une éventuelle ESB. Du côté de la Fédération nationale des éleveurs de chèvres, contactée la semaine dernière, on insistait sur le fait que "les conditions d'élevage n'étaient pas mises en cause". Un acteur de la filière estimait qu'un système de certification systématique des troupeaux serait inopportun : trop lent à mettre en place, il jetterait une suspicion inutile des consommateurs sur les animaux en attente de certification.
Pour aller plus loin |
Photo : chèvre dans la paille (AFP/JEAN-PHILIPPE KSIAZEK)
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