© AFPIl était une fois un scarabée appelé pique-prune qui vivait tranquillement au bord d'une route. L'insecte se nourrissait de bois mort, qu'il décomposait et transformait en terreau. Cela permettait aussi au sol de garder sa fertilité. Les écologistes protégaient ce coléoptère car il déclenchait des mécanismes biologiques mettant en cause des centaines d'espèces végétales. Très vite, les écolos firent de pique-prune leur cheval de bataille.
Un jour de l'an 1996, un entomologiste amateur repère la bestiole sur le tracé de l'autoroute A28, gigantesque voie qui devait relier les villes d'Alençon, Le Mans et Tours. Un an plus tard, Cofiroute sollicite le Muséum d'histoire naturelle sur les conséquences d'un tel projet sur trois petites bêtes protégées : le pique-prune mais aussi le lucarne cerf volant et le grand capricorne.
Cinq ans de réflexion après, le Muséum conclut que le remembrement de terres qui accompagne la construction de l'autoroute a beaucoup d'impact sur le pique-prune. Le musée autorise donc la société à reprendre les travaux à condition de réaliser certains aménagements.
Un if de 400 ans abattu
Cofiroute doit revoir sa copie : des voies d'accès et un échangeur sont déplacés et le remembrement modifié pour préserver des haies, indispensables non seulement au pique-prune, mais aussi aux autres insectes et aux oiseaux.
Pas de moral dans cette fable, mais un constat : la protection de l'environnement a rarement gain de cause dans un projet d'aménagement. Tout récemment, un if de 400 ans a été abattu en Dordogne sur le tracé de l'A89, malgré un combat d'un an et demi du photographe spécialiste des arbres vénérables, Jérôme Hutin. Les Autoroutes du sud de la France ont jugé son déplacement trop coûteux et aléatoire et ont refusé de modifier le tracé après avoir acquis les terrains correspondants. Concernant le pique-prune, l'histoire ne dit pas s'il vécut heureux et longtemps et eut beaucoup de petits scarabées...
(Un scarabée pique-prune/ photo AFP)
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