
Dès le lendemain de la catastrophe qui s’est produite au large de Sumatra, le 26 décembre dernier, les scientifiques ont été amenés à commenter le phénomène "à chaud". Philippe Lognonné, directeur du département Géophysique spatiale et planétaire à l’Institut de physique du globe (IPG) de Paris, s’est ainsi exprimé dans plusieurs médias. Avec dix jours de recul, il précise l’impact du puissant séisme.
tf1.fr : Plusieurs experts ont annoncé la semaine dernière que le séisme a été d’une telle violence qu’il a fait vaciller la Terre. Ce "vacillement" a-t-il pu être mesuré avec précision ?
Philippe Lognonné : La variation de la position du pôle — on ne sait pas encore lequel — se compte en centimètres. La durée du jour a par ailleurs bougé de quelques microsecondes à quelques dizaines de microsecondes. Pour replacer ces variations dans leur contexte, il faut savoir que chaque année, la position du pôle varie d’un mètre et que la durée du jour varie d’un milliseconde. Autre information : sous l’effet du frottement des océans à la base de la Terre et du frottement des matériaux terrestres, la Terre ralentit de 2,5 millisecondes par siècle. Le vacillement provoqué par le séisme n’est donc pas vraiment un événement en soi. Dans les années soixante, un séisme au Chili avait provoqué le même phénomène mais, à l’époque, les scientifiques n’avaient pas les moyens de le mesurer.
tf1.fr : Des îles ont également été déplacées. Quelle est l’ampleur exacte du phénomène ? Y aura-t-il, comme il a parfois été dit, un impact sur la cartographie locale ou les systèmes GPS ?
P. L. : Les îles se sont déplacées latéralement de quelques mètres et jusqu’à 20 mètres au-dessus de la faille. Une fraction de ces 20 m s’est traduite par un déplacement vertical de quelques mètres. Mais peu de cartes sont précises à un mètre près. Quant au GPS, c’est un système de satellites qui tournent autour de la Terre et dont le point de référence est le centre de masse de la Terre et non sa surface. Donc, sur ce point, l’impact du séisme est nul.
tf1.fr : D’un point de vue scientifique, quels sont les premiers enseignements de ce séisme ?
P. L. : Le séisme a dégagé une énorme énergie. A Paris par exemple, le sol a vibré à la vitesse de 1 mm par seconde mais pendant 20 à 200 secondes, c’est pourquoi il n’a été ressenti par personne. Le sol est revenu à son état d’avant ; il n’y a pas eu de déformation des objets. Les ondes libérées par le séisme vont être enregistrées par les réseaux de sismomètres mondiaux encore pendant plusieurs semaines. Les réseaux ne sont pas brouillés mais ils enregistrent désormais un petit bruit de fond. La Terre va ainsi résonner comme une cloche. En étudiant les sons de cette cloche, nous allons pouvoir étudier la structure très profonde de la Terre.
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