Sumatra, point noir humanitaire

Par Matthieu DURAND, le 04 janvier 2005 à 07h00 , mis à jour le 06 janvier 2005 à 15h22

C'est dans l’île de Sumatra, et notamment la région d’Aceh, que l’aide est la plus difficile à organiser. Les enfants sont particulièrement vulnérables. Explications de Willem Standaert, coordonnateur de l’Unicef en Indonésie.

DésolationCinq jours après la catastrophe, certaines régions sinistrées offrent toujours un spectacle de désolation, comme à Aceh, en Indonésie (image : LCI).

tf1.fr : Jan Egeland, le coordonnateur de l'aide d'urgence de l'ONU, a déclaré lundi qu’il y avait un "retard" de l’aide à Sumatra et Aceh. Pour quelles raisons ?

Willem Standaert : La zone sur la côte Nord-Ouest de Sumatra est difficile d’accès car les routes et les ponts sont détruits. Les accès par la mer sont aussi difficiles car la plupart des bateaux ont été détruits. On est en train de pallier à cette situation grâce aux hélicoptères américains et malaisiens. Quant à Banda Aceh, l’aide est arrivée tardivement car l’aéroport est congestionné, comme celui de Medan [une grande ville de l’île, NDLR]. La majorité de l’aide est amenée par camions, depuis Medan. La situation est donc en voie d’amélioration.

tf1.fr : En quoi l’aide de première urgence consiste-t-elle ?

W. S. : La toute première urgence, c’est d’amener des kits médicaux pour soigner les blessés. Sur place, soit les gens ont péri dans la catastrophe ou des suites de leurs blessures, faute de soins, soit les personnes ont survécu et souffrent de blessures légères. Après cette première aide, ce qui est important, c’est la prévention des maladies : diarrhée, rougeole, malaria… Il faut également permettre l’accès de la population à l’eau potable. En Indonésie, la plupart de la population consomme toujours l’eau en bouteilles. Mais il faut aussi de l’eau pour se laver ou cuisiner. 50% du système de distribution d’eau a été remis en place et les militaires australiens travaillent à l’installation de purificateurs d’eau.

Normalement, nous travaillons sur le terrain en relation avec un partenaire gouvernemental. Or, pour l’instant, nous n’avons aucun contrepartie officielle car il y a eu énormément de pertes humaines chez les fonctionnaires. Tous les membres locaux du ministère de la Santé sont morts. Les fonctionnaires qui ont survécu sont tellement traumatisés qu’ils ne sont plus opérationnels et qu’ils ont été évacués. C’est aussi le cas pour les deux membres d’Unicef qui étaient sur place. C’est un problème réel (lire l'encadré ci-dessous).

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tf1.fr : Il existe des mouvements séparatistes à Aceh, en lutte contre les autorités indonésiennes. L’organisation des secours en a-t-elle pâti ?

W. S. : Il y a plus ou moins un cessez-le-feu des deux côtés. A notre connaissance, il n’y a pas eu d’incidents majeurs. Il y a bien eu des rumeurs de tirs d’armes mais rien n’a été confirmé.

tf1.fr : Quel rôle a été attribué à l’Unicef ?

W. S. : Au niveau de l’ONU, le travail a été divisé selon les agences. L’Unicef coordonne les programmes liés à la protection de l’enfance, l’éducation et l’eau.

tf1.fr : Au moins une victime sur trois est un enfant, selon des estimations de l’Unicef. Quelle est leur situation à Aceh ?

W. S. : Le ministère indonésien des Affaires sociales a déclaré être submergé par des demandes d’adoption. Nous sommes donc intervenus pour donner une ligne directrice, à savoir ne pas permettre les adoptions et ne pas regrouper les enfants dans des orphelinats éloignés mais au contraire, les faire rester dans leur région d’origine. L'objectif est d'éviter les abus et les trafics, tels qu’ils se sont produits lors du conflit au Timor Oriental, en Indonésie. La politique de l’Unicef consiste à toujours chercher une solution dans la famille de l’enfant. Des centres communautaires sont ainsi créés pour les enfants séparés de leur famille. Par ailleurs, un système de monitoring [surveillance, NDLR] a été mis en place dans les aéroports afin que tous les enfants qui y transitent soient enregistrés.

Le personnel hospitalier manque à l'appel

Médecins et infirmières ont disparu des hôpitaux de Banda Aceh depuis que le tsunami a ravagé la ville indonésienne. Dix jours après le désastre, ce sont des chirurgiens australiens qui opèrent les victimes aux "blessures terriblement infectées", quitte à les amputer. "La communauté internationale envoie certainement des médecins, mais ce qui manque surtout, c'est le personnel infirmier", insiste le Dr Paul Shumack, l'un des cinq médecins australiens sur place. La plupart des médecins et infirmières "ont disparu dans le désastre ou bien n'ont pas repris le travail parce qu'ils recherchent leurs proches", raconte le neurochirurgien Sahat Edison, venu du sud de Sumatra, qui coordonne à présent le fonctionnement de l'hôpital militaire. Des volontaires ont accouru du reste de l'Indonésie, de Malaisie, de Singapour, de Chine ou encore du Japon et, déjà, la vie de l'hôpital semble réorganisée. (AFP)

photo : LCI

Par Matthieu DURAND le 04 janvier 2005 à 07:00
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