Sri Lanka, 2 janvier – Une semaine après le raz-de-marée, l'Asie du Sud-Est panse ses plaies. La catastrophe a tué plus de 300 000 personnes, dont la très grande majorité en Indonésie. La Thaïlande, l'Inde et le Sri Lanka ont aussi payé un lourd tribut. Et tous ces pays doivent également faire face à une catastrophe humanitaire sans précédent, avec des centaines de milliers de réfugiés sans-abri. DR © LCIPour les médecins des pays meurtris par le raz-de-marée en Asie, mais aussi pour les centaines de spécialistes venus du monde entier, dont des dizaines de psychiatres et psychologues, l'urgence est souvent de soulager la détresse morale et psychologique de personnes qui ont vécu un cauchemar, se sont sauvées de façon quasi-miraculeuse, et ont parfois perdu toute leur famille. La présidente du Sri Lanka a lancé cet appel : "notre pays a besoin d'une aide dans le domaine psychiatrique. Les gens sont traumatisés".
Certains spécialistes ont établi un parallèle avec les traumatismes des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Mais cette fois-ci, le cataclysme a touché une région pauvre où les services de soutien psychologique sont limités. "Nous sommes en train de former une équipe mais il est évident que dix personnes ne peuvent pas venir en aide à des millions. Nous devons travailler avec les services de santé de chaque pays", souligne Harsaran Pandey, porte-parole de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en Asie du Sud.
Des "flashbacks" très violents
Les premiers symptômes du stress mental sont le choc, la torpeur et un sentiment d'irréalité qui peuvent durer quelques jours, explique le psychiatre malaisien Lim Chee Min. Puis viennent la peur et l'anxiété, une inquiétude constante, des crises d'angoisse et des cauchemars sur la mort et l'agonie. Selon les psychologues, les survivants souffrent souvent de "flashbacks" très violents, le bruit d'une vague ou d'une sirène d'urgence leur faisant revivre le désastre. Mohamad Fikri Rahim, 11 ans, se trouvait dans l'île malaisienne de Penang quand il a été avalé par le raz-de-marée "aussi haut qu'un cocotier et noirci de boue", raconte sa mère Rahibah Osman. Depuis, il pleure et crie dans son sommeil "Non, non".
La Suédoise Karin Svaerd, 37 ans, a aussi vécu une angoisse épouvantable, sur l'île de Phuket en Thaïlande, qui la marquera à jamais. "Je leur criais de courir mais ils ne pouvaient pas m'entendre", a-t-elle déclaré au journal Expressen, décrivant son désespoir de voir ses trois fils, son frère et son beau-frère nager sous l'eau avec masque et tuba, sans se rendre compte qu'ils étaient en danger. "J'ai crié : courez, courez", a-t-elle confié. Mais sa voix a été couverte par le bruit du raz-de-marée. "J'ai dû faire 150 mètres avant qu'ils ne commencent à courir. Ils ont ensuite vu la vague eux aussi". La famille entière a été prise dans la vague et s'est retrouvée au fond de l'eau. Mais les uns après les autres, chance extraordinaire, ils ont réussi à se relever et à accéder à des lieux plus élevés.
Selon Sandy McFarlane, responsable du département de psychiatrie à l'hôpital Queen Elizabeth d'Adelaïde, dans le sud de l'Australie, les rescapés devront vivre avec le souvenir du cataclysme pour le restant de leur vie, sous une forme ou une autre. "Ils sont hantés par des images et des souvenirs de ce qui s'est passé. Ils sont piégés par ces expériences dans une sorte de chaîne temporelle dont ils éprouvent de la difficulté à sortir", souligne la spécialiste.
Photo d’ouverture : une petite rescapée sri-lankaise - DR
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