Mort du "père" de la fusée Ariane

le 06 février 2005 à 20h10 , mis à jour le 06 février 2005 à 23h21

Hubert Curien, ancien ministre de la Recherche est mort dimanche. Il avait été l'un des principaux artisans de la politique spatiale française et du programme Ariane.

[Expiré] [Expiré] hubert_curien © AFP - JEAN-PIERRE MULLER

L'ancien ministre de la Recherche Hubert Curien, 80 ans, est décédé dimanche matin dans sa résidence secondaire de Loury, dans le Loiret. Ce spécialiste de minéralogie, qui fut plusieurs années à la tête du ministère de la Recherche, a été un des "pères" de la fusée Ariane et un promoteur acharné de l'Europe scientifique.

Né le 30 octobre 1924 à Cornimont, dans les Vosges, normalien, agrégé de physique, spécialiste de la minéralogie, Hubert Curien s'est orienté vers la cristallographie sur les conseils d'Yves Rocard, père de l'ancien Premier ministre Michel Rocard, qui dirigeait le laboratoire de physique de l'Ecole normale supérieure. Il a entamé après guerre une carrière de professeur à la Faculté des sciences de Paris où il continuera, afin de ne pas perdre les liens avec l'enseignement, à assurer son cours de cristallographie après avoir accédé à des fonctions de responsable et d'organisateur de la recherche.

Assurer la place de la France dans l'espace

Entré en 1966 au CNRS comme directeur scientifique, il en est devenu directeur général de 1969 à 1973. Nommé président du Centre National d'Etudes Spatiales (CNES) en 1976, il a assuré à ce poste la responsabilité de la politiques spatiale française, en sachant maintenir une coopération étroite, tant avec les Américains que les Soviétiques. C'est avec ces derniers, qu'avait par exemple été organisé le vol du premier spationautes français en 1982, Jean-Loup Chrétien. Devenu parallèlement premier président de l'Agence Spatiale Européenne (ESA) de 1979 à 1984, il a été un des principaux défenseurs du programme "Ariane" et a su convaincre les autres membres de cette agence de la nécessité de donner à l'Europe, avec ce lanceur, les moyens de garder sa place entre les deux grands de l'espace. Promoteur de l'Europe scientifique, il a aussi été l'un des créateurs de la Fondation européenne de la science, basée à Strasbourg, dont il a été le premier président (1979-84). Il fut aussi un défenseur acharné du programme technologique Eureka, lancé par François Mitterrand.

Ministre de la Recherche et de la Technologie (1984-1986) dans le gouvernement de Laurent Fabius, il avait à nouveau été nommé à ce poste, puis ministre de la Recherche et de l'Espace entre 1988 et mars 1993. Président du conseil du laboratoire européen de physique des particules (CERN) de janvier 1994 à décembre 1996, il avait assuré la présidence de la Fondation de France en 1998-2000, avant d'être élu président pour deux ans de l'Académie des sciences (2001-2003) dont il était membre depuis 1993.

De caractère affable, gendre de l'académicien décédé Georges Dumézil, Hubert Curien qui avait tout au long de sa vie multiplié les responsabilités à la tête de nombreux organismes scientifiques, était encore membre du Haut conseil pour la recherche et pour la coopération scientifique et technologique. Grand officier de la Légion d'Honneur, commandeur de l'Ordre national du mérite et titulaire de la médaille militaire, Hubert Curien était "un homme d'Etat, mais aussi un homme d'écoute et de dialogue", a déclaré dimanche dans un communiqué le ministre délégué à la Recherche François d'Aubert, saluant son action au service de la recherche, de la France et de l'Europe.

Photo d'ouverture : L'ancien ministre de la Recherche, Hubert Curien - AFP - JEAN-PIERRE MULLER

le 06 février 2005 à 20:10
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