"Nous n'en avons pas fini avec les épidémies"

Par Matthieu DURAND, le 16 février 2005 à 17h30 , mis à jour le 16 février 2005 à 17h50

Les parlementaires français préparent un rapport sur le risque épidémique. A l'occasion d'auditions publiques, Philippe Douste-Blazy a évoqué mercredi le difficile combat contre les infections et le dispositif français dans ce domaine.

pneumopathie pneumonie atypique SRAS patiente Hong Kong AFP © INTERNE

SRAS, grippe aviaire, légionellose, anthrax, grippe… Qu’il soit naturel ou d’origine terroriste, le risque épidémique est au cœur des préoccupations des citoyens et des décideurs. Dans le cadre de la rédaction d’un rapport parlementaire sur la question (1), des auditions publiques d’experts se sont tenues mercredi. Philippe Douste-Blazy, ministre de la Santé, en a profité pour rappeler les grands axes de la politique sanitaire française.

"Malgré les progrès en matières d’hygiène, de vaccination et d’antibiothérapie, nous n’en avons pas fini avec les épidémies", a-t-il déclaré. Par son "caractère soudain, imprévisible et pandémique", le risque épidémique est "redoutable et redouté", a-t-il souligné. Elevages intensifs, déforestation, voyages aériens multiplient notamment les risques d’émergence et de diffusion des maladies infectieuses, a rappelé le ministre. Selon lui, devant une telle menace, l’humilité est de rigueur : "l’épidémie de SRAS a été contrôlée tout simplement grâce à l’isolement des patients" tandis que "vingt ans après la découverte du virus, le préservatif reste la meilleure arme contre le sida".

"Pas de risque zéro"

La "réponse" au risque épidémique se déroule en plusieurs "étapes", a précisé Philippe Douste-Blazy. Il s’agit d’abord d’"éviter l’introduction d’infections dans la population humaine" puisque "2/3 des infections humaines sont d’origine animale". Il faut aussi pouvoir détecter de manière précoce les infections émergentes — c’est le rôle de l’Institut national de veille sanitaire. Pour "préparer la riposte" à l’offensive infectieuse, la direction générale de la Santé se charge pour sa part d’élaborer des "plans de réponses". Il en existe actuellement trois contre la variole, le SRAS et la grippe aviaire.

La prise en charge des patients s’appuie sur un réseau d’hôpitaux de référence, équipés en chambres d’isolement et en laboratoires de haute sécurité. "Les stocks de médicaments sont essentiels", a indiqué le ministre. La France dispose notamment de 13 millions de doses de vaccins contre la grippe et 70 millions de doses contre la variole. "Se préparer aux risques infectieux, c’est préparer les personnels de santé et la population" à travers l’éducation et l’information, a poursuivi Philippe Douste-Blazy. Et de conclure en insistant sur trois points : "Le risque zéro n’existe pas. Toute arme anti-infectieuse comporte des bénéfices et des risques. Les mesures de prévention simples sont souvent les plus efficaces".

Prévention, vaccins et bioterrorisme

Nombreux sont les experts à avoir relever que les infections n’ont pas de frontières et que les dispositifs contre les épidémies doivent être mis en place aux niveaux régionaux, nationaux et mondial. Le professeur Philippe Kourilsky, directeur général de l’Institut Pasteur, a défendu les mesures de prévention devant le principe de précaution, souvent très consommateur de ressources publiques pour des effets limités. Denis Hoch, président de Sanofi Pasteur MSD, a pour sa part attiré l’attention sur les difficultés de l’industrie pharmaceutique : le développement d’un vaccin dure cinq ans et sa production près de dix mois. D’où la nécessité d’anticiper les besoins. Il a aussi souligné que la législation sur les OGM freine l'innovation des laboratoires dans le domaine des vaccins.
Le médecin-général Jean-Etienne Touzé, du service de santé des Armées, a quant à lui indiqué que le risque bioterroriste est "plausible" mais moins important que les risques d’attaques chimiques ou nucléaires. Il a appelé à améliorer la réactivité vis-à-vis des nouveaux agents pathogènes et à renforcer la recherche, trop éclatée en France, dans le cadre d’"infectiopôles" unissant chercheurs publics et privés, militaires et civils.

(1) A l’initiative de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), ce rapport devrait être présenté le 10 mai prochain.

photo : AFP

Par Matthieu DURAND le 16 février 2005 à 17:30
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Sciences
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience