© INTERNELes odeurs nauséabondes provenant de l'équarissage, des raffineries ou bien de l'élevage constituent le deuxième motif de plainte de riverains. Mais elles sont encore mal réglementées, voire ignorées. L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) se penche sur la question à l’occasion de deux journées techniques, mardi et mercredi.
"Nous avons moins avancé sur les odeurs que sur d'autres sujets comme le bruit", a reconnu le directeur de la prévention des pollutions et des risques au ministère de l'Ecologie Thierry Trouvé. Exemple : la réglementation prévoit que le préfet qui autorise les installations dangereuses (62.600 installations classées soumises à autorisation) "fixe le cas échéant" des valeurs limites pour les odeurs. "C'est du droit mou", s'exclame Benoit Busson, juriste à France Nature Environnement. Il réclame un arrêté spécial "odeurs" pour les installations classées, comme il en existe un pour le bruit. Un secteur aussi "odorant" que l'élevage, n'est pas du tout réglementé, remarque-t-il.
"Débit d'odeur"
Plusieurs dizaines de milliers de sites émettent des odeurs nauséabondes en France, selon l'Ademe : élevages, usine d'équarrissage, raffineries, industries chimiques, stations d'épuration, usines de traitement de déchets etc. Les nuisances peuvent être insupportables, allant jusqu'à provoquer des vomissements chez des enfants, comme ce fut le cas autour de l'usine d'équarrissage Saria de Saint-Denis (condamnée en mai 2004 à 100.000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Bobigny). Le cas emblématique de cette usine, où des carcasses d'animaux pourrissaient à l'air libre en zone urbaine, a probablement accéléré l'adoption d'un arrêté spécifique sur l'équarrissage (12 février 2003).
L'arrêté soumet les équarrissages à des mesures de "débit d'odeur", qui prennent en compte les conditions locales de dispersion (force et direction du vent). La concentration d'odeur ne doit pas dépasser 5 unités d'odeurs par m3 plus de 175 heures par an pour les usines existantes. L'arrêté pourrait essaimer à d'autres secteurs. "Le ministère de l'Ecologie est conscient que la réglementation est incomplète", a indiqué Françoise Ricordel, du bureau de la pollution atmosphérique.
Une question de nez
La mesure de l'odeur est subjective. Pour bien faire, il faudrait combiner les analyses de molécules en laboratoire, les mesures de terrain par un "jury" de nez formés, l'évaluation de la gêne auprès des riverains, et éventuellement recourir aux "nez électroniques". Plusieurs jurys de nez fonctionnent déjà en France, en Normandie, en Provence-Alpes-Côte-d'Azur et dans l'agglomération lyonnaise. Les jurys peuvent être formés de volontaires, émaner d'associations ou de l'entreprise elle-même.
Les "nez électroniques", qui couplent une barrette de capteurs de gaz à une intelligence artificielle (électronique), ont l'avantage de fonctionner en continu, contrairement aux "nez humains". Mais ils restent moins compétents et surtout ignorent le "ressenti" des populations, essentiel pour les odeurs comme pour le bruit.
photo : une raffinerie (archives TF1)
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