© INTERNEtf1.fr : La ratification par la Russie en novembre dernierdu protocole de Kyoto a permis à ce traité qui fixe les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de devenir effectif ce mercredi matin, à 6 heures. Quel est votre sentiment ?
Laetitia de Marez : Nous sommes à l’an 1 de la lutte contre le réchauffement climatique. C’est un premier pas dans la bonne direction malgré les imperfections et les insuffisances du traité. Il faut dire qu’il a été enfanté dans la douleur, après beaucoup d’années de négociations. Mais avec pour objectif une réduction de 5,2% par rapport à 1990 des émissions de gaz à effet de serre dans les pays industrialisés à l’échéance 2012, on reste dans le symbolique.
Selon des études scientifiques, si on voulait limiter le réchauffement climatique à un niveau tolérable, soit +2°C, c’est de 80% qu’ils devraient réduire leurs émissions. A Greenpeace, nous regardons au-delà de 2012 et nous voudrions que les Etats commencent à négocier pour réduire les émissions de 30% d’ici à 2020 et de 75% d’ici à 2050.
tf1.fr : Les Etats-Unis n’ont pas ratifié le protocole, la Chine et l’Inde l’ont ratifié mais ne sont pas tenus de diminuer leurs émissions de CO2. Cela ne réduit-il pas la portée du traité ?
L. de M. : Dans une première période, les pays en voie de développement n’ont que l’obligation de répercuter leurs émissions à l’ONU. Car le principe fondamental de Kyoto, c’est que les pays industrialisés sont historiquement responsables du phénomène [réchauffement climatique, NDLR] donc il est juste qu’ils commencent à baisser leurs émissions. Dans les périodes futures, il faut que la Chine, l’Inde ou le Brésil maîtrisent leurs émissions et ne répètent pas les erreurs du Nord, notamment en développant les énergies renouvelables. Cela est possible si les pays du Nord font des transferts de technologies vers ceux du Sud et s’ils leur apportent des aides financières. La solidarité est aussi un principe de Kyoto.
tf1.fr : Et les Etats-Unis ?
L. de M. : Ils sont responsables d’un quart des émissions mondiales de CO2. Il faut trouver une voie pour leur permettre de se raccrocher au wagon. Mais depuis le début du second mandat de George W. Bush, il n’y a eu aucune inflexion dans le discours américain sur le climat. Dans le pays, une dizaine d’Etats ont toutefois développé des initiatives [pour lutter contre le réchauffement climatique, NDLR], notamment des bourses de CO2. L’administration fédérale américaine est donc prise en étau entre ces Etats et la communauté internationale.
tf1.fr : Où en est la lutte contre le réchauffement climatique en France ?
L. de M. : Le premier programme national de lutte contre le changement climatique contenait des mesures ambitieuses, comme les taxes sur les émissions de gaz à effet de serre. Ce programme a été refondu en 2004 dans le Plan Climat qui s’est vidé de sa substance au fur et à mesure des arbitrages ministériels.
Concernant le secteur des transports, qui est le premier émetteur de CO2, le principe de bonus/malus sur les véhicules polluants a été remis aux calendes grecques. Pour le marché européen des permis d’émissions de CO2, chaque Etat a décidé de combien de quotas il allait gratifier les entreprises. Or, la France a été très laxiste. Quant aux énergies renouvelables, elles sont toujours considérées comme des compléments au nucléaire alors que l’Allemagne en tire des dividendes et des emplois : plus de 100.000 créations d’emplois sur toute la filière. Une bonne chose toutefois : les étiquettes de consommation d’énergie, que l’on trouve déjà sur les réfrigérateurs, seront étendues à l’ensemble des appareils électriques, aux véhicules et aux logements.
Kyoto entre en vigueur mais la France est mal partie. On se demande même si elle va réussir à atteindre ses objectifs peu ambitieux, à savoir stabiliser en 2012 les émissions de CO2 au niveau de 1990. Il faut que le gouvernement mette le turbo !
Chirac : aller plus loin que Kyoto |
photo : archives TF1
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