Cancer : le rôle des pesticides à l'étude

Par M. D. avec AFP, le 30 mars 2005 à 16h26 , mis à jour le 30 mars 2005 à 16h37

La Mutualité sociale agricole enverra cette année un questionnaire de santé à 600.000 agriculteurs. Objectif : mieux connaître leur exposition aux pesticides et leur risque éventuel de développer un cancer.

Destruction de champs de Soja aux OGM © INTERNE

Ce sera la première enquête d'envergure en France sur le lien entre pesticides et cancer. La Mutualité sociale agricole (MSA) a annoncé mercredi qu’elle adressera un questionnaire en 2005 à 600.000 agriculteurs actifs et retraités de 12 départements, qui ont l'avantage de disposer d'un registre des cancers : Calvados, Doubs, Bas Rhin, Haut Rhin, Isère, Loire Atlantique, Manche, Tarn, Vendée, Gironde, Côte d'Or. "Nous espérons suivre pendant plusieurs années 80.000 personnes", a expliqué Jean-Pierre Grillet, médecin chef de la MSA.

Les agriculteurs sont la population professionnelle la plus exposée aux produits phytosanitaires, les "pesticides", qui regroupent trois familles : insecticides, herbicides et fongicides. Ces produits sont pour certains très toxiques, occasionnant des intoxications aiguës à haute dose, mais aussi des risques à plus long terme (cancers, reproduction). Aucune étude d'envergure n'existe en France sur les risques de cancers liés à l'utilisation de ces produits.

Les agriculteurs ont une mortalité par cancer moins élevée que l'ensemble de la population (ils fument moins) mais en revanche, ils courent un risque plus élevé de développer des cancers rares. Les premiers résultats de l'enquête sont attendus en 2007 ou 2008. La France est le deuxième utilisateur mondial de pesticides après les Etats-Unis et le premier européen, avec une consommation moyenne de 100.000 tonnes par an.

Intoxications recensées

La MSA a publié également mercredi les résultats de son enquête sur les intoxications aiguës recensées par le réseau de toxicovigilance "Phyt'Attitude" en 2002 et 2003. Sur 238 signalements, les deux tiers sont imputables aux phytosanitaires. La viticulture et l'arboriculture sont sur-représentées dans les signalements. Les troubles vont d'irritations, rougeurs, brûlures à des nausées, vomissements, céphalées. L'hospitalisation a été nécessaire dans 22% des cas. Pour faciliter les signalements, la MSA a mis en place en février 2004 un numéro vert : 0 800 887 887.

Cancer : vers un exode des chercheurs européens ?

Selon une enquête du Forum européen des directeurs de recherche sur le cancer (ECRMF), les Etats membres de l’Union européenne dépensent en moyenne 2,56 euros par personne en recherche sur le cancer, soit sept fois moins que les Etats-Unis. Par ailleurs, les chercheurs du Vieux Continent travaillent davantage sur la "biologie" du cancer que sur les traitements et stratégies de prévention alors qu’Outre-Atlantique, les fonds sont équitablement répartis entre biologie et soins. Si l’UE ne comble pas son retard sur les Etats-Unis, avertit l’ECRMF, elle pourrait connaître un exode de ses chercheurs, attirés par de meilleures conditions de travail aux Etats-Unis. Un phénomène qui affecterait la qualité des soins et services destinés aux malades européens.

Par M. D. avec AFP le 30 mars 2005 à 16:26
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