Hormone de croissance : l'Inserm soupçonné de manipulation

le 03 mars 2005 à 10h35 , mis à jour le 03 mars 2005 à 10h51

Des victimes de l'hormone de croissance accusent l'Inserm d'avoir "manipulé" un rapport qui lui avait été commandé sur la maladie de Creutzfeld-Jakob, dans le but de dédouaner les principaux mis en cause dans cette affaire, dont un agent de l'institut.

famille hormone croissance © INTERNE

L’Inserm, prestigieux institut de recherche, aurait-il utilisé sa notoriété et celle de sommités scientifiques pour tenter de dédouaner des acteurs de la fabrication de l'hormone de croissance ? L’association des victimes de l’hormone de croissance (AVCH) en est convaincue. Les résultats d'une enquête judiciaire ouverte sur ce rapport, et récemment versés au dossier, "ont confirmé nos craintes", a expliqué, Jeanne Goerrian, présidente de l'association, partie civile dans ce dossier. La direction de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale n'a pas souhaité réagir à ces propos avant d'avoir pris connaissance des résultats de l'enquête judiciaire.

Ignorance ou négligence ?

Une centaine de personnes sont décédées après avoir contracté la maladie de Creutzfeld-Jakob, apparemment à la suite de la prise de lots contaminés d'hormones. Douze personnes, médecins, prescripteurs, anciens responsables de France Hypophyse ou de l'Institut Pasteur, ont été mis en examen dans ce dossier. Présenté comme une commande de Bernard Kouchner, alors ministre de la Santé, le rapport de l'Inserm réalisé en 2002, concluait que "ce tragique accident" était "le résultat de l'ignorance et non de la négligence". Ce document a été versé au dossier d'instruction à l'automne 2004 par le directeur de l'Inserm, Christian Brechot.

Scandalisées par l'apparition de ce rapport à décharge, sollicité par aucune des parties du dossier, les associations de victimes ont saisi la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy "pour faire la lumière sur les circonstances dans lesquelles ce rapport avait été commandé et réalisé pour en apprécier la crédibilité". La magistrate a ordonné une enquête sur les circonstances dans lesquelles l'étude de l'Inserm a été menée.

Vers un procès

Selon Bernard Fau, l'un des avocats des parties civiles, cette mission d'ordre général aurait "été dévoyée en entreprise de dédouanement". L'Inserm aurait orienté le travail des experts en leur demandant notamment si la contamination pouvait être considérée comme "un exemple d'aléa thérapeutique". Il les aurait également invités "à se poser la question de la responsabilité pénale de différents acteurs dans le processus de réalisation du produit, dont un agent de l'Inserm travaillant à l'institut Pasteur", rapporte Mme Goerrian. "Des pièces du dossier d'instruction ont été remises aux experts qui ont questionné à deux reprises le professeur Fernand Dray (l'agent de l'Inserm), patron du laboratoire qui traitait les hormones, mis en examen dans ce dossier", et personne d'autre, ajoute la présidente de l'AVHC qui se demande comment on peut être à la fois "juge et partie".

L'association des victimes a indiqué qu'elle entendait maintenant saisir la justice sur d'éventuels liens entre Fernand Dray et les membres du comité. Fin janvier, la cour d'appel de Paris a confirmé les poursuites "pour tromperie" dans le dossier des hormones ouvrant la voie à un éventuel procès des responsables présumés du drame.

Photo : recueillement de familles de victimes (archives)

le 03 mars 2005 à 10:35
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