Jules Verne, romancier des sciences

Par Matthieu DURAND, le 24 mars 2005 à 12h43 , mis à jour le 24 mars 2005 à 22h25

Il y a cent ans, disparaissait Jules Verne. Pour tf1.fr, Philippe de La Cotardière analyse le rapport étroit que l'écrivain entretenait avec la science. Et tord le cou à quelques idées reçues.

jules verne © Adam Salomon, 1887, Bibliothèque Amiens Métropole

Dans un ouvrage très complet et richement illustré, Jules Verne, de la science à l’imaginaire (1), Philippe de La Cotardière et plusieurs spécialistes décryptent l’œuvre de l’écrivain et son rapport aux sciences et aux progrès techniques. Plongée dans une univers toujours aussi magique.

tf1.fr : Aventures, voyages et inventions extraordinaires sont au cœur de l’œuvre de Jules Verne. D’où vient sa fascination pour la science ?

Philippe de La Cotardière : Il faut se replacer dans son époque, laquelle est extrêmement riche sur le plan des inventions. C’est aussi une période-clé pour la diffusion des sciences. Il existe alors un enthousiasme pour la science et les techniques. L’autre élément important, c’est la rencontre [en 1862, NDLR] de Verne avec Pierre-Jules Hetzel, son éditeur pendant 40 ans. Au départ, Verne a écrit des pièces de théâtre et des chansons ; il ne sait pas dans quelle voie il va s’engager. Hetzel lui fixe une feuille de route : écrire des romans d’aventures pour l’éducation de la jeunesse qui composent une encyclopédie des connaissances.

Jules Verne a dit qu’il n’a jamais été particulièrement intéressé par les sciences. Il n’a pas fait d’études scientifiques, mais de droit, ni d’expérimentations. C’est un romancier qui se documente énormément. Il lit toute la presse et des revues spécialisées, à l’affût de nouvelles théories ou inventions et il rédige des fiches. Quand il écrit un roman, le fil conducteur est toujours l’aventure et le voyage puis il instille des informations scientifiques et techniques. Il est l’inventeur d’un nouveau genre de vulgarisation.

tf1.fr : Jules Verne est perçu comme un apôtre de la science bienfaitrice. Dans votre livre, vous nuancez cette affirmation…

P. L. C. : Dans une première période, qui débute en 1863 avec son premier roman Cinq semaines en ballon, il est extrêmement optimiste sur les progrès de la science. Il est alors en phase avec le courant de l’époque, notamment les expositions universelles. A partir de Michel Strogoff (1875), il devient un peu plus critique vis-à-vis de l’usage que l’homme peut faire du progrès. Pour lui, si l’homme est asservi par la technique, si le progrès technique n’est pas concomitant avec un progrès moral, l’homme court à sa perte. Mais Verne ne perdra jamais foi dans le génie créatif de l’homme. Ainsi, dans L’Ile mystérieuse (1874), des hommes dépourvus de tout parviennent à reconstituer une petite société. Il y a toutefois une exception : Paris au XXe siècle, son deuxième roman, une œuvre très pessimiste qui a été refusée par Hetzel. Elle n’a été publié que longtemps après la mort de Verne.

tf1.fr : Jules Verne était-il le précurseur que l’on dit dans le domaine scientifique ?

P. L. C. : Il a souvent réfuté le parallèle avec les écrivains de science-fiction de son époque, notamment H. G. Wells à qui on le comparait souvent. Jules Verne extrapole toujours de manière raisonnée des connaissances de son temps. Il n’imagine pas des procédés ou des matériaux qui n’existent pas. Des prototypes de sous-marins avaient été testés depuis un siècle et d’ailleurs, le Nautilus a été baptisé du nom d’un engin conçu par un Américain et présenté à Napoléon sur la Seine. En revanche, il a imaginé que le Nautilus utilise l’électricité comme mode de propulsion et d’énergie — ce qui se passe dans les sous-marins modernes avec l’énergie nucléaire. Quant à ses machines volantes, elles fonctionnent avec un système d’hélice, comme l’imaginaient les ingénieurs de l’époque. Or, dans la réalité, ce sont les avions qui ont précédé les hélicoptères.

tf1.fr : Jules Verne a séduit et inspiré des générations de lecteurs. Pensez-vous que l’engouement soit toujours aussi fort aujourd’hui ?

P. L. C. : Grâce aux célébrations actuelles, on va redécouvrir Jules Verne. Cela va redonner un coup de fouet à son œuvre. C’est hallucinant mais l’écrivain français le plus lu au monde n’est pas dans le programme scolaire ! Espérons que ces commémorations mettront fin à un ostracisme dont Jules Verne a d’ailleurs beaucoup souffert au cours de sa vie.

(1) Jules Verne, de la science à l’imaginaire, ouvrage collectif sous la direction de Philippe de la Cotardière, éditions Larousse, 192 pages, 35 euros. Préface de Michel Serres.

photo : A. Salomon (1887), collection bibliothèques d'Amiens Métropole

Par Matthieu DURAND le 24 mars 2005 à 12:43
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