OGM : du maïs expérimental par erreur sur le marché

Par Matthieu DURAND (avec AFP), le 25 mars 2005 à 17h49 , mis à jour le 25 mars 2005 à 20h35

Pendant quatre ans, le groupe suisse Syngenta a livré par erreur des semences de maïs génétiquement modifié qui n'avait pas été autorisé par les autorités américaines. Une absence de traçabilité dénoncée par un expert français.

[Expiré] maïs OGM épi culture agriculture céréale (syngenta/DR) © INTERNE

Le groupe suisse Syngenta, leader mondial de l'agrochimie, a avoué en début de semaine avoir vendu aux Etats-Unis par erreur un type de maïs génétiquement modifié qui n'avait pas reçu l'autorisation des autorités américaines. Ce sont ainsi 150 km2 de champs qui ont été ensemencés pendant quatre ans avec une plante expérimentale, indique le site Internet de la revue Nature. Soit 0,01% du total de maïs planté aux Etats-Unis à la même période, a minimisé l’entreprise. Reste que, selon certains experts, cette affaire pose de "sérieuses questions sur le soin avec lequel les firmes de biotechnologie contrôlent leurs activités", note la revue scientifique.

Lorsque Syngenta a découvert l’erreur en décembre 2004, il a averti les autorités américaines, jusqu’à la Maison Blanche. Car d’autres pays ont importé accidentellement des semences contenant du Bt10 mais la firme helvète a refusé d’en communiquer la liste. Elle a expliqué que la protéine Bt — qui agit comme pesticide dans le maïs génétiquement modifié — de la lignée incriminée (Bt10) est identique à celle de la lignée Bt11. Laquelle a notamment été autorisée aux Etats-Unis en 1996 et dans l'Union européenne en 1998.

Le groupe affirme par ailleurs que l'Agence américaine pour l'environnement comme le ministère de l'Agriculture "ont conclu que les exigences en matière de sécurité alimentaires étaient respectées, et que cela ne posait aucun problème tant pour la santé humaine que pour l'environnement". L'ensemble des plantations et des stocks de semences contenant cet élément génétique a été identifié puis détruit, ou isolé en vue d'une destruction prochaine, a encore précisé Syngenta.

Des test "occultés"

La traçabilité des OGM est un sujet sensible sur lequel s’écharpent les Etats-Unis et l’UE. Elle est inexistante outre-atlantique alors qu’elle est obligatoire sur le Vieux continent… sauf pour les OGM expérimentaux. Selon Gilles-Eric Seralini, expert en OGM auprès de l’UE et membre du Comité de recherche et d'information indépendantes sur le génie génétique (Criigen), cette "énorme lacune réglementaire" répond à une logique purement économique : les études sur les éventuels risques des OGM coûtent trop cher et porteraient atteinte à la rentabilité des produits.

Résultat : "Les OGM contiennent des pesticides jamais testés sur des cellules humaines", s’insurge le spécialiste. Il rappelle à ce titre que les OGM ont été autorisés en 1998 alors que les tests sur des rats pendant trois mois — période permettant d’identifier d’éventuels effets sur la santé des rongeurs — n’ont été réalisés qu’en 2000. Des effets "significatifs" ont d’ailleurs été relevés, y compris par certaines firmes de biotechnologie, assure le professeur Seralini, "mais ils ont été occultés pour des arguments bidon". D’où la nécessité de réaliser de nouvelles études pour valider les résultats. "Il faut aussi demander la publication des [premiers] tests, qui sont actuellement placés sous secret industriel ou secret défense, insiste-t-il. Ils doivent être ouverts à la controverse scientifique." Mais les firmes de biotechnologie, qui bénéficient du soutien tacite des autorités, ne l’entendent pas de cette oreille.

photo : Syngenta (DR)

Par Matthieu DURAND (avec AFP) le 25 mars 2005 à 17:49
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