© INTERNELa Semaine d’information sur la santé mentale (Sism) débute ce lundi en France. Cet événement a été lancé il y a quinze ans par les psychiatres français à l’attention du grand public et de leurs partenaires politiques, médicaux et sociaux. Explications du docteur Patrick Alary, secrétaire général de la Fédération d’aide à la santé mentale-Croix Marine et psychiatre à l’hôpital de Saint-Lô, dans la Manche.
tf1.fr : Quel est la situation de la santé mentale en France aujourd’hui ?
Patrick Alary : Au cours des cinquante dernières années, les psychiatres ont fait beaucoup de travail dans la cité, en allant sur le terrain et en s’occupant de malades hors des établissements spécialisés. Depuis dix ans, alors que le nombre de patients a augmenté — de 40% sur le secteur de Saint-Lô, par exemple — les moyens matériels et en hommes ont diminué. Dans les services psychiatriques de certains hôpitaux, le nombre de lits a été divisé par deux. Par ailleurs, à cause du numerus clausus, dans les dix ans à venir, le nombre de psychiatres en France va passer de 13.000 à 7.500. Tout cela alors que la demande de soins est de plus en plus importante, souvent plus pour des problèmes de société (difficultés conjugales, crises d’adolescents…) que de maladies mentales à proprement parler.
tf1.fr : Les psychiatres sont de plus en plus sollicités. En font-ils trop ?
P. A. : C’est une question centrale. Avant, les professionnels de la psychiatrie étaient centrés sur la maladie. En s’ouvrant davantage sur la société, avec le développement de la psychanalyse et la dédramatisation des problèmes psychologiques mais aussi la disparition de relais humains dans la société, comme les prêtres, les psychiatres se sont retrouvés convoqués pour tout type de pathologie et de problèmes sociaux. Il y a des psys dans les services de cancérologie, à la télévision, dans la justice… Nous intervenons aussi lors de crises, qu’il s’agisse d’une catastrophe comme le tsunami en Asie ou à la suite d’un braquage de banque.
tf1.fr : Les troubles mentaux sont-ils davantage répandus de nos jours qu’il y a dix ou vingt ans ?
P. A. : Je n’ai pas le sentiment de voir davantage de personnes atteintes de maladies mentales qu’il y a 30 ans. Au total, 1,5 million de personnes sont suivies en France. Il y a bien sûr des situations difficiles, douloureuses, graves, comme l’attestent l’actualité récente et la tragédie de Pau [où un ancien patient a tué deux soignantes, NDLR] mais la plupart des équipes savent les prendre en charge et bien en charge. C’est comme les avions : de temps en temps, il y en a qui tombent mais la quasi-totalité atterrit normalement à l’aéroport.
En revanche, ce qui a beaucoup évolué, c’est tout ce qui tourne autour de l’alcoolisme et surtout de la toxicomanie, notamment la montée de la violence. Je suis allé récemment à Paris et j’ai vu dans le métro un certain nombre de personnes qui étaient un peu "justes", qui n’étaient pas là où elles auraient dû être.
tf1.fr : Le thème de cette Semaine d’information sur la santé mentale est la prévention. Comment intervient-elle ?
P. A. : La prévention intervient dès l’enfance pour repérer les germes de pathologies le plus tôt possible, et à l’âge adulte où, parmi toutes les souffrances variées, il faut détecter celles qui sont une maladie ou qui sont susceptibles de dégénérer. Nous travaillons en réseau avec les médecins généralistes et les services sociaux. Il y a donc de plus en plus d’interlocuteurs qui peuvent intervenir à nos côtés. C’est important car, selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au cours de son existence, une personne sur trois a eu, a ou aura un problème d’ordre psychiatrique.
photo : archives TF1
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