Séisme : "Pas réellement une réplique"

Par Matthieu DURAND, le 29 mars 2005 à 18h15 , mis à jour le 30 mars 2005 à 11h48

Le tremblement de terre, qui a frappé l'île indonésienne dans la nuit de lundi, n'est pas une réplique de celui du 26 décembre mais il en est une conséquence. Explications du géophysicien Philippe Lognonné, de l'Institut physique du globe de Paris.

Puissant séisme en Indonésie au large de Sumatra

tf1.fr : Le séisme qui s’est produit au large de Sumatra dans la nuit de lundi à mardi est-il une réplique de celui du 26 décembre ?

Philippe Lognonné : Ce n’est pas réellement une réplique : le séisme a eu lieu à un peu moins de 200 km de l’épicentre du précédent séisme. Quand un séisme se produit sur une grande faille, il s’en suit une concentration de forces, qu’on appelle contraintes, qui va fragiliser la faille à ses extrémités. Cette fragilisation peut conduire à un nouveau séisme, comme ce fut le cas la nuit dernière à Sumatra.

tf1.fr : A quelles pressions est soumise la faille qui traverse cette région de l’Océan Indien ?

P. L. : La plaque de l’Océan Indien plonge sous l’Indonésie [l’île de Sumatra , NDLR]. A cet endroit, une faille, large de milliers de kilomètres, avance de quelques 5 cm par an. Régulièrement, son avancement est bloquée par des aspérités de taille variable — il peut s’agir par exemple d’un volcan sous-marin. Mais rien n’arrête l’avancement d’une plaque. A un moment donné, celle-ci va donc se casser [au contact des aspérités, NDLR] et avancer par morceaux. C’est comme une sorte de dominos : un domino — un morceau de plaque — tombe mais pas assez fort pour faire tomber celui d’à côté. Il suffira d’un rien pour que ce dernier tombe à son tour.

Dans la nuit de lundi, un morceau de la faille s’est déplacé de manière à peu près semblable au déplacement du 26 décembre 2004. Le déplacement vertical est en revanche un peu moins important.

tf1.fr : Peut-on prévoir ces avancements de plaque ?

P. L. : On ne peut pas faire de prédiction mais définir des échelles de risques. Les radars SAR, ou radars à synthèse d’aperture, mesurent depuis l’espace les déplacements de la croûte terrestre et permettent d’identifier les zones où augmentent les contraintes sur la faille. Mais en décembre dernier, la communauté scientifique n’a pas pu utiliser ces outils spatiaux car la rupture s’est produite au fond de l’eau.

tf1.fr : Le risque de séisme est-il plus important dans la zone de l’Océan Indien qu’ailleurs ?

P. L. : Chaque année, on dénombre dans le monde une dizaine de séismes de magnitude 7 et un ou deux de magnitude 8 ou plus. La région de Sumatra et de l’Océan Indien est une zone à risque connue depuis longtemps. Par zone à risque, on entend une zone de frontière de plaques, où les mouvements tectoniques sont importants et où le temps de récurrence, c’est-à-dire le temps entre deux séismes, est très long. Car plus le délai est long, plus les contraintes s’accumulent et plus la magnitude du séisme sera élevée. En Indonésie, le temps de récurrence dépasse les 100 ans.

photo : carte TF1

Par Matthieu DURAND le 29 mars 2005 à 18:15
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