© INTERNE"De l’eau pour la vie". Tel est le thème de la Journée mondiale de l’eau, qui se tient ce mardi. L’occasion de faire le point sur cette ressource précieuse avec Jean Albergel, hydrologue et directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).
tf1.fr : Quels sont les principaux enjeux liés à l’eau ?
Jean Albergel : L’eau n’est pas bien répartie dans le monde, surtout l’eau douce et de bonne qualité. Tous continents confondus, chaque habitant dispose annuellement de 7.600 m3 de ressources en eau renouvelables — c’est-à-dire issues de l’eau de pluie. L’ONU estime qu’en dessous de 500 m3 par habitant et par an, il s’agit d’un frein pour le développement. On estime qu’en 2025, tous les pays du pourtour sud-méditerranéen atteindront ce seuil. Y compris l’Egypte malgré le Nil, et le Maroc malgré le "château d’eau" que représente l’Atlas. Il y a aussi la façon dont on gère et on distribue cette ressource. Dans les pays secs, 80% de l’eau est utilisée pour l’agriculture…
Dans les pays dits riches en eau, le problème est moins lié à la quantité qu’à la qualité de l’eau : en France, c’est le problème des nitrates dans les nappes phréatiques et des pesticides dans les eaux de ruissellement. Quant aux problèmes sanitaires, ils peuvent très bien se poser dans des pays qui ne manquent pas d’eau mais où les infrastructures sont insuffisantes ou en mauvais état.
tf1.fr : Les enjeux peuvent également être géopolitiques. On pense à la situation au Moyen-Orient…
J. A. : L’eau peut être source de conflits mais aussi de dialogues. 1999 fut une année de sécheresse exceptionnelle au Moyen-Orient ; je constate qu’à cette période, les accords de paix [israélo-palestiniens, NDLR] ont également battu de l’aile. A l’inverse, l’agence de gestion de l’eau du Mékong, qui réunit les pays de la zone, a toujours fonctionné, y compris pendant la guerre entre le Vietnam et le Cambodge. Idem au début des années 90, pendant le conflit entre la Mauritanie et le Sénégal, il y a toujours eu conciliation et dialogue concernant la gestion du fleuve Sénégal, qui sépare les deux pays.
Les rivières nées dans les pays pluvieux et qui arrosent des pays plus secs constituent évidemment des sujets sensibles. Exemple : le Tigre et l’Euphrate, qui traversent l’Irak et la Syrie, prennent leur source en Turquie. Le droit international n’est d’ailleurs pas très convaincant sur cette question.
tf1.fr : Quelles solutions existent pour préserver l’eau ou lutter contre les pénuries ?
J. A. : Il est possible de dessaler les eaux saumâtres — qui contiennent 5 à 10 grammes de sel par litre contre 33 grammes par litres pour l’eau de mer. Cela ne coûte pas plus cher que la purification de l’eau douce. A Djerba, en Tunisie, l’eau douce vient d’un captage salé. Autre solution : l’utilisation des eaux fossiles, qui se renouvellent très lentement, parfois au-delà de 1.000 ans. Le retraitement des eaux usées permet, comme en Israël et en Jordanie, d’utiliser la ressource deux fois avant son rejet.
Mais avant de penser à augmenter les ressources, il faut économiser et mieux gérer la demande en eau. Dans l’agriculture, il n’est peut-être pas besoin de planter du maïs dans les zones qui manquent d’eau. Il existe aussi des techniques d’irrigation qui consomment moins d’eau que d’autres, comme le goutte à goutte. Au domicile, on peut installer des toilettes à double chasse et dans certains immeubles, il est possible de récupérer les eaux usagées de douche pour les réutiliser pour les toilettes.
Les Verts se baignent dans la Seine |
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| Yann Wehrling et deux autres membres des Verts barbotant dans la Seine (photo : LCI) |
Jacques Chirac a pour sa part adressé un message aux participants de la conférence euro-africaine sur la gestion de l'eau, qui se tient à Paris. Selon le chef de l’Etat, "la solution de la question de l'eau en Afrique est aujourd'hui à notre portée" mais "les ressources font encore défaut" et une "nouvelle mobilisation de la communauté internationale est indispensable".
photo : médiathèque de la Comission européenne
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