Tchernobyl : "aucun cancer supplémentaire" en France

Par M. D. avec AFP, le 19 avril 2005 à 16h51 , mis à jour le 19 avril 2005 à 19h47

La catastrophe de Tchernobyl n'est à l'origine "d'aucun cancer supplémentaire de la thyroïde en France". C'est ce qu'affirme mardi un groupe d'experts français du nucléaire.

tchernobyl 11 © INTERNE

"Tous les spécialistes s'accordent pour considérer que les retombées de l'accident de Tchernobyl n'ont causé aucun cancer supplémentaire de la thyroïde en France". Le professeur Yvon Grall, ancien chef du service de médecine nucléaire de l'hôpital Lariboisière à Paris, est catégorique. Il s'exprimait mardi au nom de la Société française d'énergie nucléaire (Sfen), une association regroupant des spécialistes (scientifiques, ingénieurs, médecins) travaillant pour la plupart dans le nucléaire et qui milite pour la promotion de cette énergie.

"On peut estimer regrettable que d'authentiques malades, souffrant physiquement et psychologiquement de cancers thyroïdiens, aient été poussés à porter plainte contre l'Etat avant même qu'une enquête sérieuse ait été menée et que tous les arguments scientifiques aient été débattus", a-t-il ajouté. La juge Marie-Odile Bertella-Geffroy est en charge d'une information judiciaire depuis juillet 2001, à la suite d'une plainte de l'association française des malades de la thyroïde (AFMT). L'association accuse notamment les services officiels d'avoir minimisé l'importance de la contamination après l'accident de la centrale nucléaire ukrainienne, en avril 1986, et empêché ainsi que des mesures élémentaires de protection soient prises.

Des causes multiples

Les cancers de la thyroïde, a rappelé le professeur Grall, peuvent avoir des causes multiples (hérédité, environnement, radiation...), impossibles à déceler en dehors des études épidémiologiques. Selon la Sfen, le nombre de cancers thyroïdiens est en nette progression (+7% par an) mais cette augmentation "a commencé bien avant Tchernobyl (depuis 1975), sans changement de pente depuis l'accident". Une augmentation "sans rapport avec la contamination du territoire français", selon le spécialiste. Lequel relève un quadruplement des cas dans une région peu contaminée comme le Calvados, alors qu'il y a eu un simple doublement en Champagne-Ardennes, "région pourtant plus touchée par les retombées radioactives".

Cette augmentation tient essentiellement "aux progrès du dépistage", et notamment à l'essor de l'échographie, selon le médecin. "Pour dépister un cancer, il fallait qu'il fasse à peu près 1 cm de diamètre, alors qu'on peut aujourd'hui déceler une tumeur à partir de 2 mm", souligne-t-il. D'autres pays qui n'ont pas été affectés par les retombées de Tchernobyl, comme les Etats-Unis, connaissent le même phénomène. La SFEN reconnaît toutefois qu'il n'existe sur ces cancers que des études épidémiologiques partielles, en Champagne-Ardennes et en Franche-Comté notamment, ainsi que quelques chiffres globaux, et regrette l'absence de registre national des cancers.

"Discours idéologique"

Contacté par tf1.fr, Roland Desbordes, président de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) évoque un "discours idéologique et non scientifique et médical". Citant les experts mandatés par la juge Bertella-Geffroy, il déclare que "nous pouvons envisager de manière très sérieuse un impact sanitaire de Tchernobyl en France" tout en admettant que sans étude nationale, "on ne pourra jamais lier un cancer individuel à Tchernobyl, il y aura toujours un doute". "En France, s'insurge-t-il, c'est à la victime de prouver qu'elle est victime, jamais au pollueur."

Quant à l'augmentation des cancers de la thyroïde, "elle a été constante aux Etats-Unis et elle est correlée aux essais nucléaires aériens des années soixante", affirme le président de la Criirad. En France, souligne-t-il, cette augmentation existe bien depuis 1975 mais il y a eu "une flambée à partir de 1986", année de l'accident de Tchernobyl. Le juge Bertella-Geffroy avait entrepris une étude épidémiologique en Corse, faute d'argent et de volonté politique pour la mener à l'échelle nationale, explique Roland Desbordes. Une étude bloquée, selon lui, par le manque de collaboration des "grands pontes de la médecine". Aussi l'organisme a-t-il signé un partenariat avec les médecins libéraux de l'île pour lancer une "étude indépendante". "Depuis 19 ans que la Criirad existe, insiste Roland Desbordes, pas une seule personne ne nous a attaqué sur le plan scientifique." Et de conclure : "Nous acceptons la rêgle du jeu de la critique mais sur le plan scientifique, pas sur le plan idéologique". 

Par M. D. avec AFP le 19 avril 2005 à 16:51
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