Alitées pendant deux mois pour la recherche spatiale

Par M. D., le 19 mai 2005 à 17h47 , mis à jour le 20 mai 2005 à 20h12

Douze Européennes, dont cinq Françaises, ont passé soixante jours allongées, les pieds relevés de six degrés par rapport à la tête. L'expérience, réalisée à Toulouse, visait à mieux comprendre les effets de l'apesanteur sur l'organisme féminin.

claudie haigneré espace ISS AFP © INTERNE

Elles sont douze Européennes à avoir passé soixante jours alitées à Toulouse. Destinée à étudier les effets physiologiques de l’apesanteur sur l’organisme, cette expérience scientifique, menée à l’Institut de médecine et de physiologie spatiales (Medes), est "la première d'aussi longue durée en Europe et la première avec des femmes", ont précisé jeudi le Centre national d’études spatiales (Cnes) et l’Agence spatiale européenne (Esa).

Retombées spatiales et terrestres

Pendant deux mois, ces volontaires, âgées de 25 à 40 ans et originaires de sept pays européens, sont restées allongées avec une inclinaison de six degrés, les pieds légèrement surélevés par rapport à la tête. Une position qui provoque "des phénomènes similaires à ceux que rencontrent les astronautes" lors de séjours spatiaux de longue durée, ont expliqué les organsisations. A savoir, principalement : "une perte de masse musculaire et de capacité à l’effort suivie d’une diminution de la masse osseuse". Les retombées scientifiques d’un tel programme concernent bien sûr les astronautes mais aussi les malades sur Terre, notamment ceux hospitalisés pendant une longue durée. Autres applications attendues : des traitements des "effets de l’inactivité physique sur la santé".

Les journées des alitées étaient ponctuées par des examens, des exercices physiques, des entretiens de suivi psychologique et une séance très appréciée de massage. Egalement prévues, des périodes de loisirs consacrées à la lecture, la télévision et Internet "mais aussi [à des] cours d’espagnol, de portugais ou d’informatique". Les visites étaient interdites mais les douze femmes étaient en contact quotidiennement avec leurs proches. "Toutes ont été également surprises de ne pas ressentir davantage de mal de dos ou de migraines, voire de fatigue psychologique", ont noté les agences spatiales française et européenne.

"Au service du monde"

Si deux expériences similaires ont déjà été menées avec des cobayes masculins en 2001 et 2002, "les conséquences des séjours en apesanteur sur l'organisme féminin sont encore mal connues", ont souligné le Cnes et l’Esa. Il faut dire que sur les 51 astronautes ayant passé plus de six mois dans l’espace, trois seulement étaient des femmes. D’où l’enthousiasme des participantes, "impliquées très tôt dans les protocoles scientifiques", selon les instituts spatiaux. "C’est remarquable de penser que ce que nous accomplissons aujourd’hui n’avait encore jamais été réalisé", a déclaré Isabelle, une des cinq Françaises ayant participé à l’aventure.

"Un jour, des femmes iront sur Mars et de savoir que ce sera un petit peu grâce à nous, ça nous donne la sensation de faire un peu partie de la mission", ont relevé pour leur part Monica la Tchèque et Laurence la Française. "Isolées du monde mais au service du monde, c’est une véritable école de tolérance et d’ouverture", a reconnu Delphine, une Française professeur de piano. Celles qui voudraient suivre son exemple et partager cette expérience originale peuvent s’inscrire à la deuxième session, prévue à l’automne prochain.

photo : Claudie Haigneré dans la Station spatiale internationale en octobre 2001 (AFP)

Par M. D. le 19 mai 2005 à 17:47
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