© INTERNELe risque que la grippe aviaire se transmette un jour d'homme à homme, faisant des dizaines de millions de morts dans le monde, reste "probable". La France doit prendre des décisions "de façon urgente" pour y faire face. Ce cri d'alarme a été lancé par deux spécialistes français, les professeurs Jean-Philippe Derenne et François Bricaire (de l'hôpital Pitié-Salpêtrière, à Paris) dans le Journal du Dimanche. En cas de mutation du virus, provoquant une pandémie mondiale, "on estime entre 9 et 24 millions le nombre de cas de grippe humaine en France si les mesures préventives ne sont pas prises", écrivent les deux pneumologues. Or, "s'il n'est pas absolument prouvé que la grippe aviaire va muter et se transmettre d'homme à homme, tous les experts considèrent qu'il s'agit d'un événement probable et qui devrait survenir à relativement brève échéance".
Ce cri d'alarme n'est pas le premier : plusieurs experts mondiaux tirent depuis plusieurs mois la sonnette d'alarme sur l'état d'impréparation de la plupart des pays devant ce risque sanitaire sans précédent. Une pandémie de grippe pourrait rendre malade 20% de la population mondiale. En quelques mois, près de 30 millions de personnes auraient besoin d'être hospitalisées, un quart d'entre elles mourraient, selon les scénarios évoqués par certains spécialistes. Mais dès samedi soir, Philippe Douste-Blazy a réagi aux déclarations des deux pneumologues français. La France est "le premier pays européen à avoir parfaitement préparé une éventuelle épidémie de grippe aviaire", a affirmé le ministre de la Santé.
Des stocks d'anti-viraux insuffisants ?
En France, la population qui devrait être traitée préventivement (personnels de santé, de sécurité, de secours, de certains transports ou services) est estimée aux alentours de 4 millions. Le Tamiflu, un anti-viral à la fois préventif et curatif, fait partie de l'arsenal prévu. Comme l'a rappelé Philippe Douste-Blazy, la France a commandé "en octobre 2004, aux laboratoires Roche, 13 millions de traitements de Tamiflu, chaque traitement étant constitué de 10 comprimés". Cinq millions de traitements sont déjà en stock dans notre pays et la quasi-totalité des stocks sera constituée avant la fin 2005. La totalité le sera avant mars 2006. Selon Philippe Douste-Blazy, "la France est un des rares pays avec les Etats-Unis, la Canada, le Japon et l'Australie, à avoir constitué de tels stocks, permettant un traitement précoce d'éventuels malades atteints de grippe aviaire durant la pandémie".
Mais dans leur cri d'alarme, les deux médecins soulèvent précisément "la question de la disponibilité des moyens (curatifs et préventifs), de l'ampleur des stocks nécessaires et de la capacité à les produire en grande quantité en cas de besoin". Selon eux, "à la dose d'un comprimé par jour pendant trois mois, il faut environ 360 millions de comprimés". Or les stocks commandés par la France sont de 130 millions. Par ailleurs, avertissent les deux experts, ces chiffres ne tiennent pas compte de l'utilisation du Tamiflu en curatif pour les malades déjà atteints.
"En ce qui concerne les autres moyens (masques, gants), la situation est encore plus inadaptée aux risques avec des stocks qui, dans le meilleur des cas, couvrent les besoins de quelques jours en milieu hospitalier", selon les deux pneumologues. "'Des décisions politiques doivent être prises au plus haut niveau de façon urgente (...). De la manière dont nous saurons anticiper cet événement et lui faire face, dépendra l'ampleur de ce qui pourrait être une catastrophe sanitaire sans précédent", concluent-ils.
Photo d'ouverture : archives
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