Lapérouse : l'expédition 2005, un "incontestable succès"

Par Matthieu DURAND (avec AFP), le 25 mai 2005 à 17h11 , mis à jour le 25 mai 2005 à 18h34

L'équipe civile et militaire, qui est partie mi-avril sur les traces de l'explorateur Lapérouse, a livré mercredi les premiers résultats de sa mission de recherches. Les découvertes ont été importantes même si "le mystère demeure".

Vanikoro expédition LapérouseL'île Vanikoro vue du ciel. © Philippe Schaff

C’est à l’état-major de la Marine nationale, à Paris, que l’équipe de l’expédition Vanikoro 2005 a présenté les premiers résultats des recherches qu’elle a menées pendant près d’un mois sur les traces de Lapérouse, dans l’île Vanikoro, dans le Pacifique Sud. Un portrait du capitaine français, disparu en mer en 1788 (lire l’encadré ci-dessous), trônait d’ailleurs dans le salon où s’était réuni l’équipage pluridisciplinaire, civil et militaire, fraîchement débarqué de Nouméa.

L’expédition, la 7e organisée depuis 1981, a été "un incontestable succès", a déclaré l'amiral Jean-Louis Battet, chef d'état-major de la Marine. "Le voile se lève un petit peu", a confirmé Alain Conan, président de l’association Salomon, qui s’intéresse depuis une trentaine d’années à l’expédition Lapérouse. La découverte d’un sextant, sur lequel est gravé le nom "Mercier" et qui figurait dans l’inventaire de la Boussole, le navire de Lapérouse, a permis d’identifier l’épave "à 99%", selon Alain Conan (lire l’article : L’épave de Lapérouse aurait été retrouvée).

"Signatures"

Au cours des six précédentes missions de recherche, deux épaves ont été retrouvées à proximité de Vanikoro : celle située sur le site de la Fausse-Passe serait l’Astrolabe et celle sur le site de la faille la Boussole, à bord de laquelle devrait se trouver le corps de Lapérouse. L’arrière de ce navire, qui doit contenir les objets appartenant au capitaine et à ses officiers, se trouve probablement au fond de la faille, selon les chercheurs. Une zone difficile d’accès pour les plongeurs, où la mer est agitée et prend souvent une couleur laiteuse.

Pendant vingt jours, les plongeurs, civils et militaires, ont foré les fonds marins, dans des conditions météorologiques très difficiles. Plus de 730 heures passées sous l’eau, d’où ils ont retiré, outre le sextant, 460 objets dont une garde d’épée, un pied de chandelier, un sablier et un canon de 800 kilos. Leur étude, menée en Nouvelle-Calédonie, pourrait faire apparaître une "nouvelle signature" et donc de précieuses informations, a souligné Alain Conan. Les "extrémités" d’un corps ont par ailleurs été retrouvées. L’individu a été "totalement désarticulé", a précisé Michel L’Hour, archéologue sous-marin, ce qui témoigne d’un "naufrage extrêmement violent et très rapide".

"Le mystère demeure"

L’équipage de la Boussole aurait péri dans le drame, exceptés quatre rescapés. Ont-ils rejoints à terre les survivants de l’Astrolabe, qui ont vécu plusieurs mois à Vanikoro ? Et que sont devenus ces derniers : sont-ils morts sur l’île ou ont-ils construit une embarcation de secours qui se serait échouée en mer ? Beaucoup de questions restent posées. Alexandre François, ethnolinguiste au CNRS, a interrogé la population de Vanikoro. Le naufrage de l’expédition Lapérouse fait l’objet d’une "tradition orale transmise de génération en génération", a-t-il pointé.

"Le mystère Lapérouse demeure", a résumé l’amiral Battet, évoquant d’autres possibles missions de recherches. En attendant de trouver un mécène pour retourner à Vanikoro, Alain Conan a précisé qu’il faut désormais "faire parler les objets" découverts, assurer leur conservation, les cataloguer. Une grande exposition au Musée de la Marine, à Paris, est par ailleurs prévue en 2007. "Aujourd’hui, a-t-il conclu, le rêve n’est pas complètement terminé."

Portés disparus

La Boussole et l'Astrolabe, sous commandement du capitaine de vaisseau Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse, avaient été envoyés par Louis XVI pour explorer le monde, avec à leur bord 220 marins, artistes et savants. Partis le 1er août 1785 de Brest, les deux navires furent portés disparus peu après leur départ, le 15 mars 1788, de la baie de Sydney, en Australie.

photo : l'île de Vanikoro (P. Schaff)

Par Matthieu DURAND (avec AFP) le 25 mai 2005 à 17:11
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