Du matériel disparaît à la centrale de Gravelines

Par Franck LEFEBVRE, le 11 mai 2005 à 18h02 , mis à jour le 12 mai 2005 à 00h20

Deux barres métalliques faiblement radioactives sont introuvables depuis samedi à la centrale nucléaire de Gravelines. L'Autorité de sûreté nucléaire a été prévenue.

directeur_adjoint_gravelines

Comment du matériel irradié a-t-il pu être égaré au sein même d'une centrale nucléaire ? C'est la question, gênante, qui se pose depuis samedi dernier à Gravelines. L'incident a été révélé mercredi dans un communiqué par le réseau Sortir du nucléaire. A la centrale de Gravelines, on insiste sur le fait que le matériel concerné ne peut en aucun cas représenter un danger. Sans s'expliquer pour autant quelle erreur de procédure a pu conduire à cette disparition. Les recherches se poursuivent encore à l'heure actuelle.

L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a été prévenue. L'incident a été classé au niveau 1 sur une échelle de 0 à 7 - correspondant à un risque faible. Selon les services de communication de la centrale, joints par tf1.fr, ce matériel introuvable se présente sous la forme de deux "sondes" en métal, d'une longueur de 1,5 m sur 4 cm d'épaisseur. Elles contiennent 22 mg de Neptunium 237 et sont faiblement radioactives. "Ce sont des barres qui nous servent d’éprouvette", décrit Roland  Vierne, le directeur-adjoint de la centrale, également joint par tf1.fr. "Ces  barreaux métalliques sont plongés dans la cuve du réacteur pour subir les effets de la radioactivité, de façon à nous permettre d'analyser leur comportement face aux radiations."

Quelles seraient les possibles conséquences pour un être humain qui serait placé au contact de ces barres ? "Aucune", affirme Roland  Vierne. "S'il restait une année entière à proximité, il subirait une radioactivité correspondant au tiers du maximum autorisé". Pas de risque pour la santé ou l'environnement, apparemment, si ces fameuses barres étaient retrouvées quelque part en-dehors de la centrale. Pourrait-on en faire mauvais usage ? Roland  Vierne est tout aussi catégorique : "Non. Ce n'est pas du matériel qui peut présenter un quelconque intérêt". La seule explication possible à cette disparition serait donc l'erreur ou la négligence.

Pas de danger, mais des questions

C'est bien là que se situe le problème. Les différents matériels que l'on peut trouver dans une centrale sont stockés dans des locaux spécifiques selon leur degré de radioactivité. En raison de leur faible dangerosité, les barres disparues étaient conservées dans des locaux plus proches de ceux destinés à l'outillage que de ceux destinés au matériel de pointe. Reste qu'à tout niveau, les procédures pour le transport des matériels sont drastiques. "Nous identifions tous les mouvements sur le site", rappelle Roland  Vierne. Pourtant, samedi dernier, les fameuses barres n'ont pu être retrouvées dans leur local.

Le personnel de la centrale travaille à l'heure actuelle sur deux scénarios possibles. Première hypothèse : les barres n'ont pas quitté la centrale et ont simplement été déplacées par erreur. Elles sont stockées dans un conteneur, de 2 m sur 20 cm, qui laisse filtrer la radioactivité. Or, "lors de toute sortie du site, le personnel comme les matériels subissent des contrôles et passent sous un portique détecteur", rappelle Roland  Vierne. Toute sortie par erreur aurait donc été signalée. Deuxième hypothèse : "le conteneur aurait été considéré comme un rebut, à tort, et évacué dans la filière de recyclage. Si c’est le cas, il a été conditionné dans un emballage tel que la radioactivité n’est pas décelable. Et il serait donc au centre de traitement."

"Ce qui nous pose problème, ce n'est pas ces deux barres, il ne s'agit pas de matériel très radioactif", concède Stéphane Lhomme, du réseau Sortir du Nucléaire, joint par tf1.fr. "Mais sur le principe, le fait même qu'une telle chose puisse arriver est très inquiétant. Nous y voyons une conséquence directe des restrictions budgétaires dans les centrales nucléaires depuis 2002, avec des restrictions d'embauches et des reports d'opérations de maintenance, qui ont d'ailleurs été dénoncées par la CGT-Energie. En prime, les centrales nucléaires en France sont vieillissantes : ce n'est vraiment pas le moment de réduire les budgets pour leur entretien !"

Photo d'ouverture : le directeur adjoint de la centrale de Gravelines, Roland Vierne - DR

Par Franck LEFEBVRE le 11 mai 2005 à 18:02
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