© Ministère de l'Agriculture, LNPVtf1.fr : A quoi est due cette prolifération de chenilles dans la région montpelliéraine ?
Michel Martinez : Il s’agit d’un phénomène naturel qui intervient de façon plus ou moins cyclique, tous les huit à quatorze ans, et qui dure deux à trois ans. Cette prolifération de bombyx disparates (Lymantria dispar) est liée à la dynamique de population de cette espèce de papillons mais aussi de ses parasites et prédateurs. La première année d’infestation dans la région montpelliéraine remonte à 2004 : en juillet-août, les papillons ont déposé sur l’écorce des arbres des œufs qui ont éclôt vers le 1er mai 2005.
Ce qui est plus exceptionnel cette année, ce sont les pontes qui ont été très peu abîmées par les insectes ou les conditions météo. D’où un pourcentage d’éclosion de l’ordre de 97%, contre 30 à 40% en général. Par ailleurs, d’habitude, les chenilles se laissent transporter sur des dizaines, voire une centaine de mètres ; là, il y a eu un vent très puissant qui a dispersé les chenilles sur plusieurs kilomètres, y compris au cœur de Montpellier et jusque dans le Gard. On en retrouve sur les balcons au 3e étage, sur le linge, sur les végétaux, sur les routes…
tf1.fr : Quels dégâts cette chenille provoque-t-elle ?
M. M. : Cette chenille est polyphage, c’est-à-dire qu’elle s’attaque à plusieurs espèces végétales, principalement aux arbres, surtout le chêne, et aux arbustes, plus particulièrement aux jeunes feuilles, aux bourgeons et aux fruits en formation. Cette année, c’est aussi nouveau, on les retrouve partout, y compris sur des plantes basses, comme les rosiers et les tomates.
Les chenilles, qui mesurent 4 à 5 mm actuellement, risquent de faire des dégâts du fait de leur dispersion. Surtout, elles vont mesurer environ 7 cm en fin de développement, c’est-à-dire dans six à huit semaines ; les dégâts seront alors plus importants. La défoliation, qui se déroule sur plusieurs années, va aussi poser problème car d’autres insectes "ravageurs" apparaissent sur les arbres "faibles".
tf1.fr : Y a-t-il un risque pour les humains ?
M. M. : Certaines routes sont rendues glissantes par la présence massive de chenilles et plus tard, de papillons, ce qui peut être dangereux. Sinon, il s’agit d’une espèce non urticante mais, du fait de sa prolifération, un certain nombre de personnes, dont des enfants, ont développé des réactions allergiques à la présence des poils de chenille. D’où des plaques, rougeurs, irritations mais sans incidence grave. Là encore, c’est un phénomène un peu nouveau.
Un papillon Bombyx disparate appelé aussi spongieuse car la femelle dépose ses oeufs en plaque et les recouvre de ses poils marron qui leur donnent l'aspect d'une petite éponge (photo : ministère de l'Agriculture, LNPV).
tf1.fr : Faut-il traiter les zones envahies ?
M. M. : En temps normal, ce phénomène se produit dans des zones de garrigues et il est recommandé de ne rien faire. Quant au traitement, il existe deux produits, dont un biologique — il s’agit d’une bactérie. Elle n’est pas nocive pour l’homme mais elle s’attaque à tout type de chenilles, cela provoquerait donc une catastrophe écologique si on l’utilisait sur toutes les zones envahies. Les agriculteurs ont certainement intégré ce produit dans les traitements qu’ils effectuent en ce moment. Restent les particuliers qui ont acheté n’importe quoi contre cette bête-là : ils vont rompre l’équilibre écologique qui existe au sien de leurs plantations et cela va leur poser des problèmes pendant quelques années.
photo : une chenille Bombyx disparate (ministère de l'Agriculture, LNPV).
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