
Après trois ans de bras de fer au sein de l'Union européenne puis entre Européens et Japonais, les partenaires du projet Iter ont signé mardi matin à Moscou une déclaration commune par laquelle ils choisissent la France, avec son site de Cadarache (Bouches-du-Rhône), pour accueillir le réacteur expérimental de fusion nucléaire Iter. Participaient à la cérémonie de signature des représentants de l'Union européenne (UE), de Russie, de Chine, du Japon, des Etats-Unis et de Corée du sud.
4000 emplois à la clé
Jacques Chirac s'est aussitôt "félicité" du choix de Cadarache. Selon le chef de l'Etat, qui se rendra jeudi sur le site d'implantation, c'est "un grand succès pour la France, pour l'Europe et pour l'ensemble des partenaires d'Iter". La venue d'Iter "constitue un formidable levier de développement pour l'ensemble de la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur avec d'importantes retombées économiques, scientifiques, sociales et culturelles", a estimé Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire UMP de Marseille. Le Premier ministre Dominique de Villepin a assuré pour sa part que "la France mettra tout en oeuvre pour accueillir ce projet dans les meilleures conditions" et qu'"Iter permettra la création de 4.000 emplois qui contribueront à valoriser notre potentiel de recherche et d'union". Entre 2005 et 2015, durant les 10 années de construction du réacteur, mille emplois directs et 1.400 emplois induits sont attendus, selon des études à l'initiative de la préfecture de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Huit cents emplois directs et 2.400 emplois induits devraient être créés pendant les vingt années d'exploitation du réacteur (2015-2035).
Le Japon s'est de son côté aussi dit satisfait car il a su "préserver ses intérêts nationaux". Pratiquement jusqu'au dernier jour, le Japon a défendu le site de Rokkasho-mura, dans le nord de l'archipel, soutenu par les Etats-Unis et la Corée du Sud. La France, quant à elle, bénéficiait du soutien de l'UE, la Russie et la Chine. "Selon l'accord conclu entre la France et l'Europe, nous pouvons obtenir 20% des commandes, en échange de 10% des coûts totaux de construction", a affirmé Toichi Sakata, directeur général du bureau R&D du ministère des Sciences et Technologies japonais.
"Dangereux" car situé dans une zone sismique, "coûteux" et "non créateur d'emplois", les écologistes ont quant à eux réaffirmé leur hostilité à l'implantation d'Iter sur le site de Cadarache (cf papier : une erreur stratégique).
Fusion nucléaire
Promesse d'obtenir un jour une énergie propre et illimitée pour les uns, délire technologique qui va engloutir quelque 10 milliards d'euros sur trente ans pour ses adversaires, Iter abritera pendant plusieurs décennies un programme international de recherche sur la fusion nucléaire contrôlée. Solution de rechange à la fission nucléaire utilisée dans les centrales actuelles pour produire de l'énergie, la fusion thermonucléaire contrôlée a l'ambition de reproduire ce qui se passe au cœur du Soleil.
Pendant des années, les scientifiques ont tenté sans succès jusqu'ici d'obtenir ce processus par lequel les noyaux de deux atomes de deutérium (isotope lourd de l'hydrogène) se fondent pour former du tritium (autre isotope, léger celui-ci, de l'hydrogène), en dégageant une grande quantité d'énergie. Malgré plus de trente ans d'efforts, ce processus est loin d'être maîtrisé et il faudra plusieurs décennies d'expériences avant de déboucher un jour, probablement pas avant le siècle prochain, sur une production commerciale d'électricité.
Photo : maquette du site de Cadarache (AFP)
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