
Frédéric Marillier, chargé du dossier nucléaire à Greenpeace-France :
"A Greenpeace, nous nous insurgeons contre l’engouement que suscite le projet Iter en France. Les enjeux énergétiques sont très importants : dans les 50 ans qui viennent, les pays industrialisés, dont la France, se sont engagés à réduire par quatre leurs émissions de gaz à effets de serre. Or, avec Iter, on nous promet le Soleil… donc la Lune. Ce n’est qu’un projet de recherche. S’il se concrétise, la fusion ne sera pas utilisée de manière industrielle avant 2080. Encore une fois, la France a fait des choix clairs et mis des moyens très importants — financiers et humains — en faveur du nucléaire mais ils ne répondent ni aux enjeux actuels, ni à l’urgence. C’est un erreur stratégique.
Avec ce projet, on nous refait le coup de l’énergie propre et absolue. Or, Iter va créer des déchets radioactifs. Il présente également des risques d’accident et de prolifération d’armes de destructions massives. La bombe H utilise le principe de réaction de fusion [au cœur du projet Iter, NDLR].
On peut aussi s’étonner du choix de Cadarache pour accueillir Iter : le site est vieillissant et se trouve dans une des régions où les risques sismiques sont les plus importants en France. D’ailleurs, aujourd’hui, certaines installations nucléaires du site sont fermées à cause du risque sismique. Enfin, la construction d’Iter aura un impact direct sur la région : le réacteur ne va pas produire de l’électricité mais en consommer beaucoup. On peut donc s’attendre à la multiplication des lignes à haute tension sur place. Normalement, ce projet va donner lieu à un débat national et à une enquête publics. Les gens vont se rendre compte qu’ils ont été trompés".
- Les Verts ont regretté mardi la décision de construire Iter à Cadarache, y voyant une manière de "légitimer" la politique énergétique française, tournée vers le nucléaire.Inquiétudes des Verts, enthousiasme du CEA
- Michel Chatelier, du CEA, dont il est responsable du département de recherches sur la fusion, a parlé pour sa part de véritable "conquête spatiale de l'énergie". Pour lui, "dans les années 60, on a connu une épopée similaire avec de grands défis et les résultats qu'on connaît. La fusion, au tournant du siècle, s'inscrit dans un défi énergétique très motivant".
photo : la maquette du projet Iter à Cadarche (TF1)
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