Dans les Salins des Pesquiers, à Hyères, les colonies de flamants roses peuvent compter 1.500 individus.
© Conservatoire du Littoral"Derrière les plus de 300 sites dits naturels qui appartiennent au Conservatoire du littoral, se cache une diversité fantastique d’habitats – dunes, estuaires, vasières… - et une diversité extraordinaire d’espèces". Lorsqu’il s’agit d’évoquer la richesse naturelle des rivages de France, Jean-Claude Lefeuvre devient intarissable. Depuis le conseil scientifique du Conservatoire, qu’il préside, ce professeur émérite au muséum national d’histoire naturelle dispose d’un observatoire incomparable sur la faune et la flore du littoral. Un milieu pas comme les autres, qui "joue le rôle d’interface entre la mer et le continent", explique le biologiste.
Capital menacé
Il en résulte une biodiversité exceptionnelle qui a été évaluée pour la première fois en 1998, lors d’un "inventaire de la flore et des vertébrés rares du littoral" (cliquez ici pour découvrir quelques espèces en images). Les terrains du Conservatoire abritent ainsi 45 des 130 espèces de mammifères répertoriés en France et plus de 50 espèces d’oiseaux menacés, comme l’aigle de Bonelli ou le butor étoilé. Dans ces "espaces terrestres soumis aux embruns maritimes", prospèrent également des espèces endémiques, c’est-à-dire que l’on ne trouve nulle part ailleurs, tels le narcisse des Glénans, qui fleurit sur certaines îles de cet archipel breton, ou la corbeille d’or des sables, une plante qui ne se plaît que sur une très petite partie de la côte sud de l’Aquitaine. D’autres plantes plus communes, que l’on trouve encore à l’état sauvage le long de nos côtes, ont quant à elles été domestiquées par l’homme ; c’est le cas du chou, du céleri et de la betterave.
Ce capital naturel unique encourt pourtant des menaces "plus importantes qu’on ne pense", souligne Jean-Claude Lefeuvre. A savoir, principalement : urbanisation, surfréquentation, pollution, incendies. "Les espaces du littoral sont de plus en plus rares et donc de plus en plus attractifs", résume le professeur. Autre "gros problème", selon lui, l’introduction d’espèces exotiques : "La griffe de sorcière, qui est une plante ornementale avec de grosses feuilles gorgées d’eau, peuple les falaises de Port-Cros au détriment de la flore autochtone et de la faune qui y est associée". C’est au conseil scientifique du Conservatoire d’évaluer ces périls et de proposer des politiques de gestion compatibles avec la présence de l’homme. Car les sites du Conservatoire, à de rares exceptions près, ne sont pas des sanctuaires interdits aux activités humaines, qu’elles soient récréatives ou économiques.
Services rendus
Mais avant de protéger telle plante, d’entretenir ou de restaurer tel terrain, il faut prendre le temps d’en étudier les conséquences. Un cas célèbre est justement celui du narcisse des Glénans, qui poussait sur des îlots où paissaient de paisibles moutons. Lorsqu’un élu local a découvert la rareté de la fleur, il a cherché à la protéger, notamment des plaisanciers prompts à s’en faire des bouquets. Des enclos ont été installés, à l’intérieur desquels ronces et fougères ont proliféré, menaçant la survie du narcisse ! La réintroduction de moutons des Glénans, une race endémique, a finalement permis de sauver la fleur.
"Il y a pleins de services rendus à l’homme par les espaces naturels", insiste enfin Jean-Claude Lefeuvre. Et de citer les marais salés, "délaissés par tout le monde" et qui pourtant stockent et transforment naturellement les polluants. Dans la Baie du mont Saint-Michel, les marais salés abritent la pucinelli, une plante appréciée des moutons, des oies bernaches et des canards siffleurs, tandis que l’obione fait le bonheur des crustacés, et donc des poissons qui mangent ces derniers, et constitue l’unique aliment des huîtres et des moules. Un même site parvient ainsi à contenter agriculteurs, pêcheurs, mytilliculteurs, ostréiculteurs, amoureux des oiseaux et chasseurs ! C’est cet équilibre fragile que le Conservatoire du littoral entend préserver sur chacun de ses terrains.
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Conservatoire du littoral
photo : Conservatoire du littoral
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