Le "tiers sauvage", c'est le tiers des rivages de France que le Conservatoire du Littoral souhaite à terme préserver. Ici, la plage de Saleccia, en Corse. © Aldo Soares/Conservatoire du Littoraltf1.fr : Quel regard portez-vous sur les 30 premières années d'existence du Conservatoire du littoral ?
Emmanuel Lopez : Le succès du Conservatoire remet en cause beaucoup d’idées reçues. D’abord celle qui veut que les élus locaux soient nécessairement du côté de l’urbanisation : le Conservatoire travaille avec les élus pour acquérir et gérer des terrains et nous avons pu monter avec eux des projets ambitieux et à long terme. Deuxième idée reçue battue en brèche : nous parvenons à préserver des paysages, des milieux naturels tout en accueillant un public nombreux. Enfin, bien avant que l’on parle du développement durable, le Conservatoire du littoral s’est attaché à favoriser l’installation, ou la réinstallation, sur ses sites d’éleveurs ou de sauniers, comme sur l’île de Ré, car ces activités traditionnelles sont non seulement compatibles avec la protection des paysages mais, parfois, elles sont la condition même d’une biodiversité intéressante (sur ce sujet lire : "L’exceptionnelle biodiversité du littoral").
Pour moi le meilleur souvenir des 30 dernières années, c’est cette volonté, exprimée dès la création du Conservatoire en 1975, de protéger le littoral de manière décloisonnée, en impliquant tous les acteurs — Etat, élus locaux, entrepreneurs, protecteurs de l’environnement, particuliers… (sur ce sujet, lire : "Le littoral, le maire et l'écologiste") —, et en privilégiant une approche qui associe nature et culture.
tf1.fr : La protection du littoral oppose souvent élus locaux, qui veulent développer leur commune, et défenseurs de l’environnement, soucieux de protéger les espaces naturels. Comment intervenez-vous dans ce débat ?
E. L. : Le Conservatoire est un établissement public très spécialisé sans pouvoir de contrainte et qui ne se substitue pas aux administrations existantes. Nous avons donc eu beaucoup de liberté, ce qui nous a permis de défendre une vision de l’intérêt général sur des petits bouts de territoires avec des approches nouvelles. Le Conservatoire arbitre donc non pas en réglementant mais en achetant des sites et en les aménageant. Tout ça ne va évidemment pas sans tension : dans un cas sur dix, nous agissons par expropriation.
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tf1.fr : Etes-vous inquiet des pressions qui pèsent sur le littoral ?
E. L. : Je reste vigilant. Les pressions sont immenses et connaissent de nouveaux développements. Aucune région française n’y échappe. Il est évident que le Conservatoire joue un rôle utile mais c’est aussi parce que le dispositif législatif et réglementaire préserve une partie du territoire national. Si la France a supplanté l’Espagne et l’Italie auprès des touristes étrangers, je suis convaincu que cela tient à une meilleure image de son littoral. La pression constante pour banaliser la réglementation sur le littoral risque d’entraîner une urbanisation accélérée des espaces naturels qui subsistent. A situation exceptionnelle, il faut donc un dispositif exceptionnel.
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Le Conservatoire du littoral en chiffres |
- propriétes : 73.585 hectares de terrains regroupés en plus de 300 ensembles naturels
- domaine autorisé (susceptible d’être acheté) : 242.216 hectares
- coût total des acquisitions : 334,240 millions d’euros
- coût moyen d’une acquisition : 0,45 €/m2
- budget annuel : 30 millions d’euros, dont 25 millions consacrés à l'acquisition et à l'aménagement des sites
- frequentation des sites du Conservatoire : 30 millions de visites en 2003.
photo : le désert des Agriate, en Corse (Aldo Soares/Conservatoire du littoral)
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