© CNRS ImagesDelphes "a le mystère, la grandeur et l’effroi du divin". Directeur de l’Ecole française d’Athènes (EfA) de 1890 à 1903, Théophile Homolle a su décrire en quelques mots l’effet puissant que chaque visiteur peut ressentir en ce haut lieu de l’Antiquité (1). Pour Homolle, l’émotion est d’autant plus intense qu’il a le privilège de participer à la "redécouverte" du sanctuaire d’Apollon où la Pythie rendait ses oracles. Le chantier mené entre 1892 et 1902 par les archéologues de l’EfA est même à ce point gigantesque, ardu et riche en trouvailles qu’il est passé à la postérité sous les termes de "Grande fouille".
La première difficulté que l’EfA doit surmonter à la fin du XIXe siècle est d’obtenir de l’Etat grec l’autorisation de creuser sur le site. Elle n’intervient qu’au terme d’une dispute scientifico-diplomatique qui oppose Français et Allemands – avec une brève participation des Américains. Débute alors une entreprise homérique puisque Delphes est enfoui sous 4 à 6 mètres de sédiments sur lesquels a été bâti le village de Kastri. "La conquête du mur polygonal [qui soutient la terrasse du temple, NDLR] exigera trois fois plus de temps et ne coûtera pas moins d’assauts, de labeurs et de ruses que celle du mur de Troie", déclare alors le "général en chef" Homolle (2).
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| CLIQUEZ ICI pour découvrir quelques images des fouilles de l'EfA depuis le XIXe siècle (photo : EfA) |
Trésors de Delphes
Pour évacuer les déblais, deux kilomètres de voie ferrée sont installés. Rien qu’en 1895, "en six mois de fouilles, 160.000 wagonnets Decauville ont été évacués des lieux", explique l’actuel directeur de l’EfA, Dominique Mulliez (3). Le sanctuaire d’Apollon et ses "annexes", le gymnase et le stade, ainsi que le sanctuaire d’Athéna sur le site voisin de Marmaria sont exhumés. Tout comme de nombreux objets et sculptures, dont quelques chefs d’œuvre, tel l’Aurige, une statue en bronze représentant un conducteur de char. Et pourtant, les archéologues français sont frustrés : ils n’ont rien trouvé du dispositif qui aurait permis de comprendre comment la Pythie rendait ses oracles.
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| VIDEO : Déchiffrer les inscriptions Présentation des techniques de charbonnage et d'estampage par le directeur de l'EfA, Dominique Mulliez, à Delphes. Extrait du film Au pied du mur de Jean-François Dars et Anne Papillault (CNRS Images). |
Depuis 1902, il n’y a plus eu de fouilles de grande ampleur à Delphes mais des chantiers ponctuels. Pour des raisons financières évidentes mais surtout parce que la masse de données tirées de la "Grande fouille", dans les domaines de l’épigraphie, de l’architecture, de la topographie ou de la sculpture, a mobilisé les équipes de l’EfA jusqu’à ce jour (cliquez ici pour accéder à notre dossier consacré à l'EfA). "Aujourd’hui, nous nous intéressons à nouveau à certains dossiers dont nous pensions avoir fait le tour, souligne à tf1.fr Dominique Mulliez, car les techniques, les moyens d’investigation et les questionnements ont changé." L’Histoire est un éternel recommencement, dit-on, son étude aussi.
(1) L’écrivain américain Henry Miller écrira plus tard qu’à Delphes, "l’atmosphère est surhumaine, enivrante à en devenir fou" (Le colosse de Maroussi)
(2) La Grèce antique, archéologie d’une découverte de Roland et Françoise Etienne, Découvertes Gallimard
(3) Au pied du mur, documentaire de Jean-François Dars et Anne Papillault, CNRS Images
Rendez-vous jeudi 14 juillet pour découvrir
quelques uns des trésors exhumés par l'EfA
photo extraite d'Au pied du mur (CNRS Images)
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