Quand la technologie donne des couleurs aux statues antiques

Par Matthieu DURAND, le 07 juillet 2005 à 07h00 , mis à jour le 07 juillet 2005 à 09h50

Une équipe franco-grecque a "déshabillé" des statues hellénistiques à l'aide de technologies de pointe. Objectif : détecter les traces de peinture et de dorure qui recouvraient le marbre.

Ecole française d'Athènes EfA statues diadumène © Ecole française d'Athènes/N. Sigalas

L’éclatante blancheur des marbres hellènes, tels qu’on les admire aujourd’hui dans les musées, n’est qu’illusion. Depuis les grandes fouilles de la fin du XIXe siècle, les archéologues savent que les artistes et architectes de la Grèce antique recouvraient leurs œuvres de peinture et de dorure. Mais cette polychromie des statues fraîchement exhumées n’était pas toujours apparente à l’œil nu. Et bien souvent, les archéologues et les restaurateurs ont nettoyé en toute bonne foi les restes de couleurs brunies par le temps qu’ils prenaient pour des traces de saleté !

Analyse d'une statue par fluorescence X
(photo : P. Collet/EfA).
L’Ecole française d’Athènes (EfA) s’est ainsi associée au Centre de recherches et de restauration des musées de France (C2RMF) et à des chercheurs grecs pour sauvegarder ces vestiges de vestiges avant qu’ils ne disparaissent irrémédiablement. Le programme concerne une centaine de statues datant des IIe et Ier siècles avant notre ère et provenant de l'île de Délos, dans les Cyclades. Impossible de les étudier en laboratoire puisqu’elles sont exposées dans le musée de l’île et, pour une dizaine d’entre elles, au musée national d’Athènes. Il n’était pas question non plus d’effectuer des prélèvements ou de porter atteinte aux œuvres. Les chercheurs ont donc privilégie des technologies de pointe, à la fois non destructives et mobiles, pour pouvoir travailler dans les musées, au milieu des visiteurs.

Fluorescence

Première phase de l’opération : l’examen des statues. Outre la macrophotographie, l’équipe a recouru à la fluorescence d’ultraviolets. Cette technique "donne une ‘cartographie de surface’ de l’œuvre en mettant en évidence certains matériaux organiques et des pigments qui entrent dans la composition de la peinture, grâce à leurs couleurs de fluorescence", explique à tf1.fr Brigitte Bourgeois, conservateur du patrimoine au C2RMF et coresponsable du projet. La photographie en rayonnement infrarouge fait, quant à elle, ressortir les esquisses préparatoires au charbon. Premier enseignement : à Délos, la peinture était appliquée à main libre sur les statues, sans tracés préalables.

Le bord rectiligne d'une feuille d'or sur
la ceinture d'une Tychè (divinité) en terre
cuite (photo : C2RMF/EfA).
Autre outil utilisé : le vidéomicroscope, qui grossit jusqu’à 175 fois et offre l’avantage de numériser les images. "Il peut faire apparaître un détail, comme un grain de terre sur lequel réside un reste d’or, précise la conservatrice, ainsi que les couches superposées de matières. Par exemple, pour une statue dorée, on verra la première couche de préparation blanche, puis la couche d’ocre jaune puis la feuille d’or." La deuxième étape de l’opération a consisté à analyser les résidus de peinture ou de dorure à l’aide de la spectrométrie de fluorescence X, qui fait ressortir les éléments chimiques de la statue grâce aux rayons X.

"Nuances très subtiles"

L’étude complète de chaque œuvre, examen plus analyse, a pris du temps - cinq à dix jours en moyenne – mais les résultats ont été à la hauteur des espérances. La technologie a fait apparaître trois types de statues déliennes : des statues peintes mais sans dorure ; des statues entièrement dorées à la feuille d’or (une découverte pour l’équipe) et enfin, des statues chrysochromes, c’est-à-dire peintes sur les parties drapées et dorées sur les parties nues. "Les peintures n’étaient pas du coloriage ; toutes les couleurs étaient représentées, avec des nuances très subtiles, y compris dans les parties nues", déclare, admiratif, Philippe Jockey, professeur d’histoire et civilisation grecques à l’Université d’Aix-Marseille I et coresponsable du programme. "Ce que visaient les artistes à cette époque, c’est un grand réalisme", souligne-t-il en évoquant la trace d’un éclat doré mise en évidence dans l’œil d’une statue.

"Il nous reste à présent à essayer de comprendre comment les couleurs étaient appliquées", indique Philippe Jockey. Une démarche qui passera par la reconstitution par ordinateur de statues en 3D mais aussi par l’expérimentation, en tentant de reproduire des gestes effectués il y a un peu plus de 2.000 ans. Pour autant, le programme n’a pas vocation à repeindre la Vénus de Milo, juste à préserver un patrimoine irremplaçable qui disparaît jour après jour. Le directeur du musée d’Athènes l’a bien compris : lorsqu’il a découvert les couleurs cachées de ses statues, il a fait arrêter immédiatement tous les travaux de nettoyage en cours. Une initiative à suivre.

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consacré à l'Ecole française d'Athènes

Rendez-vous jeudi prochain pour découvrir
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photo : le Diadumène tel qu'il a été découvert à Délos en 1894 (à gauche) et dans un essai de restitution, doré à la feuille (à droite) (N. Sigalas/EfA)

Par Matthieu DURAND le 07 juillet 2005 à 07:00
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2 Commentaires

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  • Fabrice, le 07/08/2005 à 05h40

    Franchement je préfère l'architecture greco-romaine au horrible building et batiment en béton sans âme d'aujourd'hui.

  • R., le 04/08/2005 à 15h40

    Un exemple de plus qui nous change complètement la façon de voir l'Antiquité, souvent sobre. Pas seulement les statues mais aussi les édifices (grecs, romains, égyptiens...) étaient ornés de peintures. Les maisons, les temples, les thermes, les forums... Surprenant !

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