© Ecole française d'Athènes/N. SigalasL’éclatante blancheur des marbres hellènes, tels qu’on les admire aujourd’hui dans les musées, n’est qu’illusion. Depuis les grandes fouilles de la fin du XIXe siècle, les archéologues savent que les artistes et architectes de la Grèce antique recouvraient leurs œuvres de peinture et de dorure. Mais cette polychromie des statues fraîchement exhumées n’était pas toujours apparente à l’œil nu. Et bien souvent, les archéologues et les restaurateurs ont nettoyé en toute bonne foi les restes de couleurs brunies par le temps qu’ils prenaient pour des traces de saleté !
![]() |
| Analyse d'une statue par fluorescence X (photo : P. Collet/EfA). |
Fluorescence
Première phase de l’opération : l’examen des statues. Outre la macrophotographie, l’équipe a recouru à la fluorescence d’ultraviolets. Cette technique "donne une ‘cartographie de surface’ de l’œuvre en mettant en évidence certains matériaux organiques et des pigments qui entrent dans la composition de la peinture, grâce à leurs couleurs de fluorescence", explique à tf1.fr Brigitte Bourgeois, conservateur du patrimoine au C2RMF et coresponsable du projet. La photographie en rayonnement infrarouge fait, quant à elle, ressortir les esquisses préparatoires au charbon. Premier enseignement : à Délos, la peinture était appliquée à main libre sur les statues, sans tracés préalables.
![]() |
| Le bord rectiligne d'une feuille d'or sur la ceinture d'une Tychè (divinité) en terre cuite (photo : C2RMF/EfA). |
"Nuances très subtiles"
L’étude complète de chaque œuvre, examen plus analyse, a pris du temps - cinq à dix jours en moyenne – mais les résultats ont été à la hauteur des espérances. La technologie a fait apparaître trois types de statues déliennes : des statues peintes mais sans dorure ; des statues entièrement dorées à la feuille d’or (une découverte pour l’équipe) et enfin, des statues chrysochromes, c’est-à-dire peintes sur les parties drapées et dorées sur les parties nues. "Les peintures n’étaient pas du coloriage ; toutes les couleurs étaient représentées, avec des nuances très subtiles, y compris dans les parties nues", déclare, admiratif, Philippe Jockey, professeur d’histoire et civilisation grecques à l’Université d’Aix-Marseille I et coresponsable du programme. "Ce que visaient les artistes à cette époque, c’est un grand réalisme", souligne-t-il en évoquant la trace d’un éclat doré mise en évidence dans l’œil d’une statue.
"Il nous reste à présent à essayer de comprendre comment les couleurs étaient appliquées", indique Philippe Jockey. Une démarche qui passera par la reconstitution par ordinateur de statues en 3D mais aussi par l’expérimentation, en tentant de reproduire des gestes effectués il y a un peu plus de 2.000 ans. Pour autant, le programme n’a pas vocation à repeindre la Vénus de Milo, juste à préserver un patrimoine irremplaçable qui disparaît jour après jour. Le directeur du musée d’Athènes l’a bien compris : lorsqu’il a découvert les couleurs cachées de ses statues, il a fait arrêter immédiatement tous les travaux de nettoyage en cours. Une initiative à suivre.
CLIQUEZ ICI pour accéder à notre dossier
consacré à l'Ecole française d'Athènes
Rendez-vous jeudi prochain pour découvrir
les fouilles de l'EfA à Malia, en Crète
photo : le Diadumène tel qu'il a été découvert à Délos en 1894 (à gauche) et dans un essai de restitution, doré à la feuille (à droite) (N. Sigalas/EfA)
Retour MYTF1


Chargement en cours...




