© e-TF1550.000 tonnes de solvants neufs sont utilisés chaque année en France, des produits chimiques "incontournables" pour leurs propriétés mais dont "aucun n'est inoffensif", selon le premier état des lieux dressé jeudi par l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS).
44% de ces solvants sont utilisés pour les peintures, vernis et encres, 17% dans la parfumerie et les cosmétiques, et 13% pour l'agriculture (pesticides). Appréciés pour leurs pouvoirs diluants, dissolvants et détachants, ils sont incorporés dans des milliers de produits: détergents, colles, peintures, vernis, encres, huiles essentielles, pharmacie. Certains solvants ont été remplacés ces dernières années par des produits de substitution, du fait de leur impact particulièrement nocif pour l'environnement ou la santé. C'est le cas pour les solvants halogénés qui attaquent la couche d'ozone ou les éthers de glycol "reprotoxiques", dangereux pour la reproduction. Ces derniers ne sont presque plus utilisés mais ils ne sont toutefois pas interdits.
Le caractère dangereux des solvants a été largement mis en lumière par le cas de salariés comme Claire Naud, une ancienne ouvrière sérigraphiste qui poursuit devant la justice son entreprise, qu'elle accuse de l'avoir exposée aux éthers de glycol pendant sa grossesse. Sa fille est née avec de graves malformations. "On a tendance à focaliser sur certaines substances, qui ne sont pas forcément les plus utilisées ou les plus dangereuses", relève Jérôme Triolet, chef du projet "solvants" à l'INRS. Plusieurs solvants très toxiques comme le perchloroéthylène (utilisé par les pressings), le trichloroéthylène (cancérigène de niveau 2) ou le dichlorométhane sont encore produits à plusieurs milliers de tonnes. Ce solvant lourd peut être mortel, lorsqu'il s'accumule en milieu très confiné. Son interdiction est envisagée par le ministère de la Santé.
"Mal informé"
Le nombre de salariés exposés aux solvants va croissant : entre 1994 et 2003, il est passé de 12,3% à 14,7%, principalement dans l'industrie et la construction (peintures, colles…). Le grand public est aussi concerné, "et il est généralement le plus mal informé", a relevé jeudi Michèle Froment-Védrine, directrice générale de l'Agence française de sécurité sanitaire environnementale. "Prenez par exemple une femme enceinte : a-t-elle travaillé au contact de solvants ? Peut-elle sans danger repeindre la chambre pour le futur bébé ?"
Dans ce domaine, comme dans celui des produits chimiques en général, beaucoup reste à faire pour connaître les effets des expositions, surtout à faible dose. Un premier pas sera franchi l'an prochain avec la publication sur Internet par l'INRS d'une base de donnée sur les solvants, Solvex, avec 300.000 données d'exposition recueillies depuis 1987.
photo : archives
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