Collision "spectacle" dans l'espace

Par Matthieu DURAND, le 04 juillet 2005 à 07h00 , mis à jour le 04 juillet 2005 à 11h30

Le projectile largué dimanche par la sonde américaine Deep Impact a percuté lundi matin la comète Tempel 1. Une "première spatiale" dont les enseignements scientifiques seront limités, selon l'astrophysicien Patrick Michel.

Deep impact comète Tempel 1 NASA sonde © Pat Rawlings, NASA, JPL, University of Maryland

Le projectile de 370 kg largué dimanche par la sonde américaine Deep Impact a percuté lundi matin la comète Tempel 1 à 37.000 km à l'heure. Une image prise par la sonde restée à 500 km de la comète montre un cône inversé sortant de la comète, le nuage provoqué par le choc. Celui-ci, équivalent à l'explosion de 4,5 tonnes de TNT, a dû créer un cratère dans le noyau de cette comète, projetant dans l'espace des tonnes de particules. Analyse de la mission par Patrick Michel, astrophysicien à l’Observatoire de la Côte d’Azur.

tf1.fr : La mission Deep Impact est une première. Qu’en attendez-vous ?

Patrick Michel : Pour moi, c’est une première plus commerciale que scientifique. Tout est basé sur l’aspect spectaculaire, comme les Américains savent si bien le faire. C’est dommage de faire seulement un impact sur la comète et que le module de survol ne bénéficie pas d’instruments de meilleure qualité. Les quantités physiques mesurées sont également insuffisantes. Mais, bon, au moins les Américains avancent avec le public et c’est merveilleux quelque part. Et puis, susciter l’intérêt du contribuable, c’est très important car la science vit de l’argent du contribuable.

tf1.fr : En quoi connaître la composition d’une comète permettra de mieux connaître l’origine du système solaire ?

P. M. : Les comètes sont les seuls objets qui ont gardé à l’intérieur d’eux-mêmes la "mémoire" de la composition du système solaire à son origine. Il faut s’imaginer le système solaire comme une omelette. Et bien les œufs, ce sont les comètes et les astéroïdes. Si on obtient des mesures, c’est le seul intérêt de cette mission.

tf1.fr : La mission doit également permettre de mieux connaître les comètes et d’étudier leur "réaction" si nous décidions de dévier leur trajectoire pour éviter une collision…

P. M. : Je ne suis pas d’accord avec ça. Quand on cherche à étudier les scénarios de dérivation, mieux vaut se concentrer sur les objets qui pourraient plus probablement entrer en collision avec la Terre : ce sont les astéroïdes. Or leur composition n’est pas la même que celle des comètes. La Nasa a précisé que l’impact du projectile équivaudra à celui d’un moustique lancé sur un Boeing. De toute façon, il n’y a pas d’instruments pour mesurer l’éventuelle déviation de la comète. Tempel 1 est vraiment le mauvais candidat pour ce type de mission.

Et pourtant, quoiqu’il arrive, on apprendra certainement quelque chose de Deep Impact. D’abord, comme me l’a dit un des responsables américains de la mission, on saura s’il est facile de rentrer en impact avec un objet [céleste, NDLR]. Par ailleurs, on ne sait pas aujourd’hui quel sera la taille du cratère provoqué par le projectile : pour certains scientifiques, il fera deux mètres carrés ; pour d’autres, la taille d’un stade de football. Si on parvient à voir le cratère [grâce à la caméra embarquée sur le projectile, NDLR] — ce qui n’est pas sûr à cause de la poussière due à l’impact —, on pourra au moins confronter nos calculs et, éventuellement, valider nos théories [sur les effets d’un impact provoqué sur un astéroïde, NDLR].

tf1.fr : Où en sont les travaux sur les risques de collision avec des astéroïdes ?

P. M. : Jamais, au grand jamais, le risque d’impact n’a été pris au sérieux par la communauté scientifique. Sur mon échelle de vie, je ne pense pas et je n’espère pas que cela arrivera. C’est un risque à très faible probabilité mais à forte conséquence. Et pourtant, c’est le seul risque naturel que l’on peut prédire et éviter si on met les moyens. Heureusement ce problème est pris au sérieux là où il faut. L’Agence spatiale européenne (ESA) fait des études de conception sur un test d’impact et de déviation d’un astéroïde. Le problème, face à cette menace, c’est que l’on ne sait pas qui contacter. Il faut mettre en place une cellule de crise mais qui va l’organiser ? L’ONU ? Certains pays ? Et qui va financer la mission de déviation ? Même au niveau politique, nous ne sommes pas au point. Si un astéroïde arrive vers la Terre dans cinq ou dix ans, on est foutu.

L’astéroïde 2004MN4 passera entre la Terre et la Lune en 2029 mais pour son deuxième passage, en 2036, l’issue est tellement incertaine qu’un impact avec la Terre est probable. Et bien, on aurait les moyens de faire quelque chose dès maintenant, dans des budgets raisonnables.

photo : vue d'artiste (P. Rawlings/Nasa, JPL, University of Maryland)

Par Matthieu DURAND le 04 juillet 2005 à 07:00
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20 Commentaires

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  • Marylène, le 05/07/2005 à 10h14

    Et pendant ce temps là y'en a qui crèvent de faim ou peu s'en faut, je le sait je travaille dans un CCAS. Ce mois-ci les demandes de colis alimentaire ont triplé. Quand l'argent va-t-il être dépensé à bon escient ?

  • Jean, le 05/07/2005 à 00h00

    Où voyez-vous des explosifs, monsieur Cyrille de Saumur ? :)

  • Jean, le 04/07/2005 à 23h58

    Outre les résultats scientifiques, une opération de ce genre est capitale pour obtenir l'intéressement du public, et par-là même le financement de la recherche. Et cela, les Américains savent le faire. Voyez l'agence spatiale européenne: elle possède une sonde en orbite autour de la planète Mars (Mars Express), et voilà un mois que plus aucune photo n'a été publiée par l'ESA. Et ensuite on s'étonnera que les crédits soient rabotés...

  • Sebastien, le 04/07/2005 à 20h11

    La France est resté un grand pays... En ce qui concerne le nombre de raleurs au metre carre sans doute. Je ne suis pas Québecois, mais un de ces raleurs qui a décidé de vivre dans un pays ou l'on ne fait qu'admirer de tels exploits technologiques sans faire de la démagogie de comptoir.

  • Cyrille, le 04/07/2005 à 16h30

    Sauf que là, le moustique contient des explosifs ! Ce n'est pas un moustique ordinaire !

  • Christian, le 04/07/2005 à 14h53

    Bravo pour l'idée et pour sa réalisation. Les américains depuis qu'ils ont marché sur la lune ne cessent de nous émerveiller; je n'oublie pas les russes avec leurs station mir. j'espere que l'entraide internationale nécessaire à la "conquete de l'esace" compte tenu des difficultés financieres et techniques va rapprocher les peuples dans ce qu'ils ont de meilleur.

  • Jean, le 04/07/2005 à 13h44

    Penser que Deep Impact peut fragmenter la comète relève de la plus haute fantaisie. La masse de Tempel-1 est estimée entre 12 et 31 milliards de tonnes. A côté de cela, l'impacteur de 372 kg en représente entre la 32 et la 83 milliardième partie. Si on considère les 400 tonnes d'un Boeing 747, cela donne un projectile de 0,0125 à 0,0312 grammes qui vient en frapper le pare-brise. Et jamais, du moins à ma connaissance, un Boeing 747 n'a été fendu en deux par un moustique... :-)

  • Alain, le 04/07/2005 à 10h47

    La science est une perpétuelle recherche; de plus l'astrophysique n'est pas une science exacte. Donc il faut des Deep Impact pour sonder les mystères du cosmos. Mais arrêtons cet anti-américanisme débile qui frise la jalousie !! Au lieu de nous regarder le nombril avec notre politique de bas étage, faisons une Europe forte, scientifiquement aussi, et collaborons avec les Américains, les Russes et bientôt les Chinois. L'homme a besoin de connaissances ne serait-ce que pour lui-même et comme l'a dit un internaute, arrêtons de râler ou de polémiquer bêtement.

  • Eric, le 04/07/2005 à 10h26

    Percuter une comète avec un projectile aussi petit ne la fera jamais dévier. Un simple calcul de quantité de mouvement le dit. Et même si elle dévie très légèrement, rien ne prouve que la déviation éloigne la trajectoire. Quant à ceux qui croient détruire une comète ou un astéroïde avec une bombe atomique, je leur rapelle qu'une bombe ne fonctionne que dans un milieu (gaz ou liquide). Faire exploser une bombe dans le vide ne sert à rien, surtout si froid. Les seuls moyen raisonnables sont la destruction par 'fonte' (concentration des rayons solaires) de la surface d'une comète et la déviation soit par création d'un jet de gaz (fonte également) ou dépose d'un moteur-fusée sur la surface (astéroïde métallique ou pierreux).

  • Fabien CANU, le 04/07/2005 à 10h22

    Aux raleurs maladifs et perpétuels, y en a marre de vos remarques. C'est fou, j'ai jamais vu autant de raleurs sur tout et n'importe quoi! C'est évènements quoi que vous en pensiez permettent d'avancer, de faire avancer la recherche. Grâce à ces "opérations" spectacle, l'espace attire, la recherche attire, on développe de nouveaux outils pour ce genre de programme, et peut être que ces outils sauveront plus de gens un jour qu'ils ne l'auraient fait si l'argent utilisé pour ce genre de projet était utilisé à des fins humanitaires par exemple. Les français sont des boeufs, y à marre des raleurs. Si le programme appolon n'avait jamais vu le jour vous taperiez sans doute vos remarques stériles sur machines à écrire! Ps: avis aux étrangers, rassurez vous nous ne sommes pas tous (les français) des raleurs

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