© Pat Rawlings, NASA, JPL, University of MarylandLe projectile de 370 kg largué dimanche par la sonde américaine Deep Impact a percuté lundi matin la comète Tempel 1 à 37.000 km à l'heure. Une image prise par la sonde restée à 500 km de la comète montre un cône inversé sortant de la comète, le nuage provoqué par le choc. Celui-ci, équivalent à l'explosion de 4,5 tonnes de TNT, a dû créer un cratère dans le noyau de cette comète, projetant dans l'espace des tonnes de particules. Analyse de la mission par Patrick Michel, astrophysicien à l’Observatoire de la Côte d’Azur.
tf1.fr : La mission Deep Impact est une première. Qu’en attendez-vous ?
Patrick Michel : Pour moi, c’est une première plus commerciale que scientifique. Tout est basé sur l’aspect spectaculaire, comme les Américains savent si bien le faire. C’est dommage de faire seulement un impact sur la comète et que le module de survol ne bénéficie pas d’instruments de meilleure qualité. Les quantités physiques mesurées sont également insuffisantes. Mais, bon, au moins les Américains avancent avec le public et c’est merveilleux quelque part. Et puis, susciter l’intérêt du contribuable, c’est très important car la science vit de l’argent du contribuable.
tf1.fr : En quoi connaître la composition d’une comète permettra de mieux connaître l’origine du système solaire ?
P. M. : Les comètes sont les seuls objets qui ont gardé à l’intérieur d’eux-mêmes la "mémoire" de la composition du système solaire à son origine. Il faut s’imaginer le système solaire comme une omelette. Et bien les œufs, ce sont les comètes et les astéroïdes. Si on obtient des mesures, c’est le seul intérêt de cette mission.
tf1.fr : La mission doit également permettre de mieux connaître les comètes et d’étudier leur "réaction" si nous décidions de dévier leur trajectoire pour éviter une collision…
P. M. : Je ne suis pas d’accord avec ça. Quand on cherche à étudier les scénarios de dérivation, mieux vaut se concentrer sur les objets qui pourraient plus probablement entrer en collision avec la Terre : ce sont les astéroïdes. Or leur composition n’est pas la même que celle des comètes. La Nasa a précisé que l’impact du projectile équivaudra à celui d’un moustique lancé sur un Boeing. De toute façon, il n’y a pas d’instruments pour mesurer l’éventuelle déviation de la comète. Tempel 1 est vraiment le mauvais candidat pour ce type de mission.
Et pourtant, quoiqu’il arrive, on apprendra certainement quelque chose de Deep Impact. D’abord, comme me l’a dit un des responsables américains de la mission, on saura s’il est facile de rentrer en impact avec un objet [céleste, NDLR]. Par ailleurs, on ne sait pas aujourd’hui quel sera la taille du cratère provoqué par le projectile : pour certains scientifiques, il fera deux mètres carrés ; pour d’autres, la taille d’un stade de football. Si on parvient à voir le cratère [grâce à la caméra embarquée sur le projectile, NDLR] — ce qui n’est pas sûr à cause de la poussière due à l’impact —, on pourra au moins confronter nos calculs et, éventuellement, valider nos théories [sur les effets d’un impact provoqué sur un astéroïde, NDLR].
tf1.fr : Où en sont les travaux sur les risques de collision avec des astéroïdes ?
P. M. : Jamais, au grand jamais, le risque d’impact n’a été pris au sérieux par la communauté scientifique. Sur mon échelle de vie, je ne pense pas et je n’espère pas que cela arrivera. C’est un risque à très faible probabilité mais à forte conséquence. Et pourtant, c’est le seul risque naturel que l’on peut prédire et éviter si on met les moyens. Heureusement ce problème est pris au sérieux là où il faut. L’Agence spatiale européenne (ESA) fait des études de conception sur un test d’impact et de déviation d’un astéroïde. Le problème, face à cette menace, c’est que l’on ne sait pas qui contacter. Il faut mettre en place une cellule de crise mais qui va l’organiser ? L’ONU ? Certains pays ? Et qui va financer la mission de déviation ? Même au niveau politique, nous ne sommes pas au point. Si un astéroïde arrive vers la Terre dans cinq ou dix ans, on est foutu.
L’astéroïde 2004MN4 passera entre la Terre et la Lune en 2029 mais pour son deuxième passage, en 2036, l’issue est tellement incertaine qu’un impact avec la Terre est probable. Et bien, on aurait les moyens de faire quelque chose dès maintenant, dans des budgets raisonnables.
photo : vue d'artiste (P. Rawlings/Nasa, JPL, University of Maryland)
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