Des espoirs importants, mais aussi de grosses craintes, pesaient sur le décollage de la navette Discovery, deux ans après le crash de Columbia. © NASACe n'est que partie remise. Le lancement de la navette spatiale Discovery, prévu mercredi, a été reporté. Le patron de la Nasa a estimé qu'il n'y aurait pas de nouvelle tentative avant lundi prochain, sans garantir que le tir interviendrait à cette date. La Nasa a pris cette décision en raison d'un problème technique sur l'alimentation en comburant de la navette : "un mauvais fonctionnement d'un capteur sur une alimentation en hydrogène qui aurait pu priver la navette de sa pleine puissance pendant sa phase d'ascension", a expliqué le porte-parole de la Nasa, George Diller.
L'agence spatiale n'a pas encore déterminé la durée du report qui pourrait être de plusieurs jours en fonction de la complexité des réparations. L'équipage de Discovery, qui venait de s'installer dans la navette, va maintenant regagner ses quartiers. L'annulation du lancement a été décidée environ deux heures avant le lancement prévu. Il devait s'agir du premier vol de la navette depuis la catastrophe de Columbia en 2003. La Nasa devrait prendre plusieurs heures pour évaluer la gravité de la panne. Elle devrait ensuite fournir des détails sur la durée du report.
"Des risques"
Les responsables de la Nasa affichaient pourtant leur confiance depuis lundi, se félicitant du parfait déroulement des préparatifs. "Nous sommes prêts à reprendre les vols", avait déclaré Wayne Hale, directeur adjoint du programme de la navette. Il estimait que l’agence spatiale américaine avait "atteint un niveau acceptable de risque", tout en admettant que "le vol spatial comporte des risques".
Petite sueur froide toutefois, mardi : un revêtement de plastique s'est détaché de l'un des deux hublots situés sur le toit du cockpit de la navette, faisant une chute d'une vingtaine de mètres sur des tuiles blanches de la partie supérieure de l'un des deux moteurs de navigation orbitale. La Nasa avait annoncé peu de temps après avoir pu réparer les légers dommages provoqués par cette chute.
Sept astronautes
L’équipage de Discovery est composé de sept astronautes, dont la commandant de bord Eileen Collins et le Japonais Soichi Noguchi. Cette 114e mission, qui devrait durer 11 jours, a pour objectif d’approvisionner l’ISS et de participer à son entretien. Elle devrait être aussi l’occasion d’évaluer les équipements et les modifications apportées pour améliorer la sécurité de la navette, notamment sur le réservoir externe de l’engin, à l’origine de l’accident de Columbia.
Plus d’une centaine de caméras et d’appareils photos, installés sur le pas de tir, à bord de deux avions et sur la navette elle-même, devraient permettre de suivre le déroulement du lancement et de vérifier si des morceaux de mousse isolante ou de glace se détachent et viennent heurter la protection thermique de l’appareil. Pendant l’arrimage de Discovery à l’ISS, les deux astronautes à bord de la station, le Russe Sergei Krikalev et l'Américain John Phillips, devraient prendre des photos du bouclier thermique, sous le ventre de la navette.
Hommage à Columbia
Pour être placée sur une orbite lui permettant de rejoindre l'ISS, Discovery ne peut être lancée qu'entre le 13 et le 31 juillet. Si elle devait rater son rendez-vous, la prochaine fenêtre irait du 9 au 24 septembre. Mardi, le patron de la Nasa, Michael Griffin, avait admis qu'il existait "peut-être quelque chose (au sein de la navette) que nous ne connaissons pas et qui va nous frapper". Il avait aussi rendu hommage aux astronautes de Columbia en déclarant: "On ne se remet jamais des erreurs commises. Les leçons apprises par ceux qui volent sont écrites dans le sang d'autres gens".
Avec cette panne de capteur provoquant le report immédiat du lancement, la Nasa n'a voulu prendre aucun risque. Le déroulement parfait de cette mission est en effet essentiel à la poursuite du programme spatial américain.
Si les Etats-Unis devaient perdre un nouvel équipage et son orbiteur, il ne leur resteraient plus que deux navettes, un nombre insuffisant pour assurer les rotations et la maintenance technique, ce qui priverait de fait les Américains d'un accès habité à l'espace. Un nouvel accident aurait aussi un effet dévastateur sur l'opinion et le soutien du Congrès et de la Maison Blanche à la Nasa, qui n'a désormais plus droit à l'erreur.
(Crédit image : Nasa/DR)
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