
La découverte de 351 fœtus conservés dans la chambre mortuaire de l’hôpital parisien Saint-Vincent-de-Paul a suscité de nombreuses réactions. A l’émotion des politiques, au premier desquels Xavier Bertrand, ministre de la Santé, qui a révélé l’affaire mardi, succède l’analyse plus mesurée des professionnels de la santé.
"Je suis très surpris par l'ampleur qu'a prise cette histoire, ce n'est pas un scoop dans la mesure où ça doit être le cas dans les 22 hôpitaux universitaires", a déclaré Guy-Marie Cousin, secrétaire général du Syndicat des gynécologues obstétriciens (Syngof). Il a précisé en revanche que de tels cas ne doivent pas se produire "dans les hôpitaux généraux et les cliniques" et que "ces corps ne devraient pas être conservés dans une chambre mortuaire". "Quand les parents ne réclament pas le corps, au-delà de 10 jours, c'est à l'hôpital de le prendre en charge, qui peut l'utiliser à des fins de recherche, sauf s'ils précisent qu'ils ne le donnent pas à la science", a précisé le docteur Cousin.
Poursuivre la recherche
"Conserver les dépouilles à des fins d’autopsie ou pour la recherche constituait autrefois une pratique répandue", avant l’adoption des lois de bioéthique, en 1994, affirme pour sa part dans Le Parisien le généticien Axel Kahn, membre de l’Académie des sciences. "Saint-Vincent-de-Paul est un hôpital spécialisé notamment dans les maladies génétiques pour enfants", explique-t-il, et "il est probable que l’établissement avait besoin de tissus prélevés sur les dépouilles pour étudier la cause du décès, ou les conservait plus longtemps pour des études scientifiques".
"Les autopsies et les recherches sur des dépouilles de fœtus étaient très courantes avant 1994", à la demande des médecins et des parents, confirme dans le quotidien le professeur Claude Got, anatomo-pathologiste. "Même les tissus conservés dans du formol peuvent servir", jusqu’à dix ou vingt ans plus tard, pointe-t-il. Aussi plaide-t-il pour la poursuite des autopsies et de la recherche, "bien entendu, dans le cadre légal". Le docteur Cousin a toutefois déploré que "les conditions réglementaires soient assez floues, ce qui fait qu'elles ne sont pas bien respectées partout".
Période de dix jours
Président du Comité national consultatif d'éthique, le professeur Didier Sicard rappelle que le fœtus ne dispose pas de statut juridique. Les enfants mort-nés avant 22 semaines de grossesse ou pesant moins de 500 grammes sont ainsi considérés comme des pièces anatomiques. Des recherches génétiques peuvent être effectuées sur ces embryons pendant dix jours afin de déterminer les causes du décès, selon Le Parisien. Pour les enfants nés après 22 semaines ou pesant plus de 500 grammes, l’autorisation des parents est nécessaire pour pratiquer une autopsie. "Les médecins qui pratiquent les autopsies sont débordés, affirme Guye-Marie Cousin à tf1.fr. Dans ma région, le délai est plutôt de six mois."
"Lorsqu'un enfant est mort-né, si le corps n'est pas réclamé dans un délai de dix jours par ses parents, il doit être incinéré à la charge de l'hôpital, en vertu d'une circulaire de 2001", indique le ministère de la Santé. Pour les hôpitaux de l’AP-HP, dont dépend Saint-Vincent-de-Paul, les cendres sont ensuite dispersées au cimetière de Thiais, dans un carré surnommé "le carré des anges".
"Accélération" du statut juridique |
photo : TF1
Retour MYTF1
Chargement en cours...





