Dans les traces de la Crète minoenne

Par Matthieu DURAND, le 11 août 2005 à 07h00 , mis à jour le 16 août 2005 à 09h45

Dernier rendez-vous de notre voyage en Grèce antique avec l'Ecole française d'Athènes. L'archéologue Isabelle Bradfer-Burdet explique comment elle a "fouillé" sur le site de Malia, en Crète.

Ecole française d'Athènes Malia Crète L'équipe à l'oeuvre. © Ecole française d'Athènes

Cela fait six ans qu’Isabelle Bradfer-Burdet travaille sur le site archéologique de Malia, en Crète. Après avoir consacré sa thèse à l'iconographie crétoise, elle a participé à plusieurs fouilles menées par l’Ecole française d’Athènes (EfA), dont la dernière campagne a pris fin à la mi-juillet.

tf1.fr : Quelles sont les grandes étapes d’un chantier de fouilles archéologiques ?

Isabelle Bradfer-Burdet : Il faut d’abord définir les objectifs, c’est-à-dire savoir quels types d’informations on recherche. Pour ce chantier de Malia, il s’agissait de réussir à définir l’organisation et l’occupation de la ville à une époque charnière, au début du Bronze récent, vers 1.600 avant notre ère. Des fouilles anciennes avaient été déjà menées à Malia mais pas récemment : les archéologues avaient trouvé de la céramique d’un côté, des bâtiments de l’autre mais il n’y avait pas de lien entre eux. Nous voulions, cette année, trouver un bâtiment, du matériel, et restaurer la stratigraphie - la succession des couches archéologiques. Nous avons donc fouillé un terrain situé près du palais de Malia.

CLIQUEZ ICI pour découvrir
quelques photos des fouilles
menées en 2005 (crédit : EfA)
La deuxième grande étape consiste à réunir l’équipe. Nous avons fait appel à des ouvriers, des étudiants, des archéologues confirmés, des experts dont une carpologue — une spécialiste des graines — et un restaurateur, soit au total, 17 personnes. Une fois sur place, nous avons implanté le carroyage, c’est-à-dire que nous avons délimité l’espace à fouiller en carrés. Notre intervention a duré six semaines, en tout.

tf1.fr : Avez-vous atteint les objectifs que vous vous étiez fixés ?

I. B.-B. : Oui, nous avons mis au jour un grand bâtiment ouvert sur la rue. Ce qui laisse supposer qu’il s’agit d’un bâtiment public plutôt que privé. Comme il est situé près du palais de Malia, il s’agit peut-être d’un lieu où s'exercait le pouvoir. La présence de la carpologue nous a permis de travailler sur l’infiniment petit afin de mieux connaître la vie quotidienne à cette époque. Sa mission consistait notamment à "filtrer" des échantillons de terre par la technique de flottation afin d’y déceler la présence éventuelle d’artefacts et d’objets naturels : charbon, insectes, os de petits rongeurs mais aussi restes de poissons et de coquillages, qui nous renseigneront sur le régime alimentaire des habitants.

VIDEO : Cliquez ici pour découvrir
le quartier Mu, à Malia, présenté par
Isabelle Bradfer-Burdet.

Extrait du film Dans les ruines de
Malia
de Jean-François Dars et
Anne Papillault (CNRS Images).

Nous avons aussi retrouvé un sceau dans un remblai. Il est en pierre noire, gravé sur une seule face et transpercé de part en part. La gravure représente un quadrupède avec une tête très étrange. Les sceaux étaient en général utilisés pour marquer le passage de quelqu’un ou la propriété mais nous n’avons trouvé aucune empreinte liée à notre découverte.

tf1.fr : Le chantier est terminé. Sur quoi travaillez-vous actuellement ?

I. B.-B. : La prochaine campagne de fouilles à Malia se déroulera dans deux ans. Dans l’intervalle, avec les différents membres de l’équipe, nous allons synthétiser toutes les informations que nous avons réunies afin d’essayer de mieux comprendre la stratigraphie de la zone fouillée. Il y a un gros travail de comparaison à faire avec les résultats des fouilles passées : il faut ouvrir des livres, compulser des plans, étudier la céramique…

La terre de Minos

C’est autour de 1900 que le Britannique Arthur Evans entreprend des fouilles de grande envergure à Cnossos, un village au sud d’Héraklion. Il découvre un immense bâtiment constitué des pièces de réception, de salles pour entreposer la nourriture et le vin, une très grande cour. Evans invente alors le monde minoen en s’inspirant du récit d’Homère, selon lequel la dynastie de Minos régnait alors sur la grande île. La civilisation minoenne a fleuri pendant l’âge du Bronze (entre 2500 et 1450 avant J.-C.). Elle entretenait des relations commerciales avec le continent grec, l’Egypte et le Proche-Orient. La cause de sa disparition a fait couler beaucoup d’encre mais n’est pas encore élucidée.

Cliquez ici pour accéder à notre dossier
consacré à l'Ecole française d'Athènes

photo : les archéologues de l'EfA à l'oeuvre, en juillet dernier (EfA)

Par Matthieu DURAND le 11 août 2005 à 07:00
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