Polémique sur les aides opératoires

Par M.D. et F.L. avec AFP, le 23 août 2005 à 18h19 , mis à jour le 23 août 2005 à 18h31

Le ministère de la Santé a décidé de régulariser la situation des personnes exerçant auprès des chirurgiens libéraux comme aides opératoires, sans disposer de titres requis. Une initiative qui suscite la colère des infirmières de blocs opératoires. Un recours en annulation doit être déposé devant le Conseil d'Etat.

Chirurgiens équipés de lunettes Nomad © INTERNE

Un décret d'application à la loi de financement de la sécurité sociale du 20 décembre 2004, et paru au Journal officiel du 11 août, a mis en ébullition le monde de la chirurgie. En vertu de ce texte, le 13 octobre prochain, 300 à 400 aides opératoires instrumentistes "bénévoles" ou salariées, assistant depuis plusieurs années des chirurgiens exerçant en cliniques privées, devraient pouvoir passer un examen "de vérification des connaissances" afin d'être autorisés à continuer à travailler. Ce n'est pas une première : en 2003, un examen similaire avait permis de régulariser quelque 2.600 salariés, selon le ministère de la Santé, qui affirme que cette deuxième série d'épreuves sera "la dernière, et concerne les aides-opératoire bénévoles ou celles n'entrant pas dans le champ du concours de 2003, comme les aides en endoscopie".

Cette mesure réjouit les intéressés. Caroline M., qui aide depuis 1985 son mari chirurgien ophtalmologiste en Touraine, témoigne : "j'estime que je suis une aide précieuse, car je connais parfaitement les instruments qu'il utilise pour sa spécialité. On ne touche absolument pas au patient. Nous ne sommes là que pour passer les instruments". Cette femme de 50 ans, veut elle aussi "valider ses acquis de l'expérience" pour continuer à assister son mari, et va s'inscrire au concours.

"Combat d’arrière-garde"

Mais pour Martine Reiss, présidente de l'Association des enseignants et des écoles d'infirmiers de bloc opératoire (AEEIBO), ce décret permet "aux secrétaires et épouses de médecins, spécialistes et chirurgiens de participer activement aux actes dans les blocs sans la qualification d'infirmière". L’AEEIBO et une association d'infirmiers de bloc opératoire, l’UNAIBODE, ont annoncé mardi leur intention de déposer un recours en annulation devant le Conseil d'Etat.

Le décret "instaure de véritables épreuves de contrôle et de vérification des compétences acquises par des personnes n'ayant pas pu passer antérieurement ce contrôle car travaillant à titre bénévole", estime au contraire le Syndicats des médecins libéraux (SML). "C'était une très ancienne tradition de faire appel à des bénévoles qui sont souvent les conjoints (des chirurgiens, NDLR) et qui de par leurs longues années de pratique ont acquis des connaissances réelles et un savoir-faire indiscutable. Mais, évidemment, en aucun cas, l'aide opératoire bénévole ne se substitue au personnel médical", explique le SML. Roger Rua, secrétaire général du SML, fait ainsi valoir que pour pouvoir passer ces épreuves, ces personnes doivent justifier "d'au moins 6 années d'expérience en 1999, soit au moins 12 années aujourd'hui. Il ne s'agit pas du cuisinier du coin qui vient avec son couteau !"

Le docteur Cuq, président de l’Union des chirurgiens de France, dénonce pour sa part le "combat d’arrière-garde (mené par l’AEEIBO et l’UNAIBODE, NDLR) qui risque de faire passer au second plan le problème essentiel : la pénurie de chirurgiens, d’infirmières et d’infirmières spécialisées". Ces aides ne sont pas bénévoles, précise-t-il à tf1.fr, car ils sont salariés par le chirurgien ou l’établissement. "Ils ne participent à aucun geste décisif et font ce que font les étudiants dans les hôpitaux", souligne Philippe Cuq. Et d’affirmer : "Du fait de la pénurie d’infirmières spécialisées, sans les aides opératoires, les blocs opératoires s’arrêteraient de travailler".

photo : archives TF1

Par M.D. et F.L. avec AFP le 23 août 2005 à 18:19
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5 Commentaires

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  • Axelle DAMAURAY, le 25/08/2005 à 01h07

    Cette situation est très grave ! En effet, " ce personnel " n'est pas compétent pour effectuer ce genre de manipulation. C'est très grave, car ce sont des vies humaines qui sont en jeu. Au nom de l'économie, on prend d'énormes risques pour la population. En cas d'accident grave, comment prouver la responsabilité de tout le personnel du bloc opératoire ? Je vous avoue qu'ayant déjà subie de graves opérations ( cancer ) je ne suis plus du tout rassurée maintenant ! Mais, face au profit que valent nos vies ! dites-le moi ....

  • Loulou, le 24/08/2005 à 17h48

    Quelle est belle l'exception française! A quand le retour du barbier-chirurgien? Loulou de Bourges

  • Georges, le 24/08/2005 à 10h36

    Quel scandale! voilà comment la france qui clame haut et fort à qui veut l'entendre qu'elle possède le meilleur système de santé du monde, tente de régler ses problèmes de personnel, d'argent et de formation qu'elle rencontre et qui résultent d'un manque total d'anticipation et de décision de ses dirigeants. Le problème de pénurie des infirmières spécialisées ou non était prévisible depuis la réduction des places offertes en école. Devant maintenant gérer les conséquences de cette politique inconsciente, l'état va régulariser des personnes qui exerçaient et qui exercent encore des gestes opératoires en toute illégalité. Bien sûr quand ces personnes sont liées de très prêt à des praticiens qui constituent une grande part de votre électorat et qui dispose d'un pouvoir énorme, on peut comprendre ce genre de procédure car ne nous trompons pas, si ces "bénévoles" existent, c'est que des chirurgiens toujours plus avides d'argent (car c'est bien là l'objectif)n'ont pas souhaité investir dans la formation. Il y a 20 ans la pénurie d'infirmière n'existait pas!!! Aujourd'hui pour une infirmière qu'elle soit dans le public ou le privé, se spécialiser c'est faire un sacrifice personnel et financier. Alors après un tel exemple qu'elle motivation pourront-elles avoir? Malheureusement ce type de démarche est d'actualité dans d'autre domaines et d'autres services publics. Alors que le problème de l'emploi est lié à un manque ou une inadaptation des formations aux besoins du marché et de la société ce type de démarche n'est pas de nature à engager les gens à se former puisqu'ils ont l'assurance qu'un jour ou l'autre ils bénificiront d'une mesure tirant toujours plus le niveau vers le bas. Pour ce qui me concerne, en cas d'opération je prendrais la précaution, sauf urgence malheureusement, de demander les qualifications des personnels susceptibles d'intervenir.

  • Muriel, le 23/08/2005 à 21h00

    Si on traitait les infirmier(e)s comme des professionels et non des larbins corveables a merci on n'en manquerait pas. si on n'avait pas ete aussi chiche avec les places d'entree a la FAC de medecine pendant les 30 dernieres annees on n'en serait pas la non plus. Seulement voila, pour les gouvernants de l'epoque, il fallait surtout s'assurer que le petit Jean Ernest du Pignon sur Rue n'aurait pas a etre en competition avec Achmed Bakri d'Aulnay-sous-Bois ou Cosette Martin de la Chapelle-aux-Choux pour un job de chirurgien(ne)

  • Dan, le 23/08/2005 à 20h29

    Je n'ai pas compétence pour pouvoir donner un avis sur la qualité du service rendu par ces "assistantes"...non, ce qui me choque, c'est que tout ça finalement, ce sont des "affaires de familles".....Pourquoi pas la cousine et la grand-mère pour passer la serpillère dans le bloc quand l'opération est finie....

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