© INTERNEUn décret d'application à la loi de financement de la sécurité sociale du 20 décembre 2004, et paru au Journal officiel du 11 août, a mis en ébullition le monde de la chirurgie. En vertu de ce texte, le 13 octobre prochain, 300 à 400 aides opératoires instrumentistes "bénévoles" ou salariées, assistant depuis plusieurs années des chirurgiens exerçant en cliniques privées, devraient pouvoir passer un examen "de vérification des connaissances" afin d'être autorisés à continuer à travailler. Ce n'est pas une première : en 2003, un examen similaire avait permis de régulariser quelque 2.600 salariés, selon le ministère de la Santé, qui affirme que cette deuxième série d'épreuves sera "la dernière, et concerne les aides-opératoire bénévoles ou celles n'entrant pas dans le champ du concours de 2003, comme les aides en endoscopie".
Cette mesure réjouit les intéressés. Caroline M., qui aide depuis 1985 son mari chirurgien ophtalmologiste en Touraine, témoigne : "j'estime que je suis une aide précieuse, car je connais parfaitement les instruments qu'il utilise pour sa spécialité. On ne touche absolument pas au patient. Nous ne sommes là que pour passer les instruments". Cette femme de 50 ans, veut elle aussi "valider ses acquis de l'expérience" pour continuer à assister son mari, et va s'inscrire au concours.
"Combat d’arrière-garde"
Mais pour Martine Reiss, présidente de l'Association des enseignants et des écoles d'infirmiers de bloc opératoire (AEEIBO), ce décret permet "aux secrétaires et épouses de médecins, spécialistes et chirurgiens de participer activement aux actes dans les blocs sans la qualification d'infirmière". L’AEEIBO et une association d'infirmiers de bloc opératoire, l’UNAIBODE, ont annoncé mardi leur intention de déposer un recours en annulation devant le Conseil d'Etat.
Le décret "instaure de véritables épreuves de contrôle et de vérification des compétences acquises par des personnes n'ayant pas pu passer antérieurement ce contrôle car travaillant à titre bénévole", estime au contraire le Syndicats des médecins libéraux (SML). "C'était une très ancienne tradition de faire appel à des bénévoles qui sont souvent les conjoints (des chirurgiens, NDLR) et qui de par leurs longues années de pratique ont acquis des connaissances réelles et un savoir-faire indiscutable. Mais, évidemment, en aucun cas, l'aide opératoire bénévole ne se substitue au personnel médical", explique le SML. Roger Rua, secrétaire général du SML, fait ainsi valoir que pour pouvoir passer ces épreuves, ces personnes doivent justifier "d'au moins 6 années d'expérience en 1999, soit au moins 12 années aujourd'hui. Il ne s'agit pas du cuisinier du coin qui vient avec son couteau !"
Le docteur Cuq, président de l’Union des chirurgiens de France, dénonce pour sa part le "combat d’arrière-garde (mené par l’AEEIBO et l’UNAIBODE, NDLR) qui risque de faire passer au second plan le problème essentiel : la pénurie de chirurgiens, d’infirmières et d’infirmières spécialisées". Ces aides ne sont pas bénévoles, précise-t-il à tf1.fr, car ils sont salariés par le chirurgien ou l’établissement. "Ils ne participent à aucun geste décisif et font ce que font les étudiants dans les hôpitaux", souligne Philippe Cuq. Et d’affirmer : "Du fait de la pénurie d’infirmières spécialisées, sans les aides opératoires, les blocs opératoires s’arrêteraient de travailler".
photo : archives TF1
Retour MYTF1
Chargement en cours...




