Que choisir s'attaque aux taxes d'irrigation

le 09 août 2005 à 21h49 , mis à jour le 09 août 2005 à 22h09

Alors que la majorité des départements français souffrent de la sécheresse, l'UFC-Que Choisir dénonce les effets pervers de la politique de l'eau en France. Les zones les plus en manque d'eau sont aussi, paradoxalement, celles où l'irrigation agricole est la moins taxée.

agriculture_irrigation

L'UFC-Que Choisir a dénoncé mardi "l'aberration" de la politique de l'eau, qui applique les taxes les plus faibles à l'irrigation précisément dans les régions qui souffrent le plus de la sécheresse. "Plus le risque de sécheresse dû à l'irrigation est important et plus la taxation de l'irrigation est faible", souligne l'association. "Il s'agit de savoir si l'on veut s'inscrire dans une logique de la rareté de l'eau, défavorable au consommateur", a renchéri le président de l'UFC-Que Choisir, Alain Bazot. "Cette économie de la rareté n'est pas inéluctable".

L'eau est gérée localement en France par grand bassin (Loire-Bretagne, Adour-Garonne etc). Dans chaque bassin, une Agence de l'eau, où siègent élus locaux, agriculteurs, industriels, associations et l'Etat, fixe les taxes qui doivent théoriquement inciter à préserver la ressource en eau. Les bassins Adour-Garonne, Loire-Bretagne et Rhône-Méditerranée-Corse présentent les redevances sur l'irrigation les plus basses, tout en faisant face à de fortes pénuries d'eau. "L'Agence de l'eau Adour-Garonne, la plus concernée par la sécheresse, taxe l'irrigation à hauteur de 0,23 centimes au m3 alors que les agences de l'eau Artois-Picardie, Rhin-Meuse et Seine-Normandie, peu ou pas touchées par la sécheresse, taxent dans une fourchette allant de 1,14 à 1,50 centime par m3", relève ainsi l'UFC. Autre exemple : "l'irrigation est six fois moins taxée en Midi-Pyrénées, très touché par la sécheresse, qu'elle ne l'est dans le Nord-Pas-de-Calais".

La jungle des systèmes dérogatoires

Alain Bazot, président de l'UFC
Ce "paradoxe choquant" s'explique selon l'association par le processus de décision des agences de l'eau, "très lié aux intérêts économiques locaux". La forte présence d'activités agricoles irriguées comme le maïs dans un bassin incite les Agences à accorder des systèmes dérogatoires. "De ce point de vue, l'exception Adour-Garonne représente un exemple caricatural de la gestion archaïque des agences de l'eau", souligne l'association. Dans le Sud-Ouest, l'irrigation consomme 90% de l'eau durant l'été et, selon une étude conduite par l'agence de l'eau, "la redevance représente alors 1% du coût de l'irrigation". Or, l'irrigation permet d'accroître de 20% le revenu de l'agriculteur, selon un expert de l'association, François Carlier.

L'association de consommateurs dénonce aussi la gestion "à court terme" de la sécheresse et demande au gouvernement de saisir l'occasion de la prochaine loi sur l'eau, qui viendra en discussion au parlement en février, pour y inscrire des mesures anti-sécheresse : inciter les agriculteurs à diminuer leur consommation d'eau, via une réforme des taxes, et aider au développement de cultures printanières moins voraces en eau. "Il ne s'agit pas de remettre en cause la gestion de l'eau par bassin, mais il serait opportun d'introduire un cadre national, un système de fourchettes (pour les redevances)", selon Alain Bazot. Or, l'actuel projet de loi sur l'eau ne corrige que faiblement le déséquilibre des taxes sur l'eau, acquittées principalement par les ménages (82% du total). La part des agriculteurs dans les redevances sur la consommation et la pollution doit passer dans ce projet de 1% à 4%.

Photo d'ouverture : un champ irrigué en période de sécheresse - DR

le 09 août 2005 à 21:49
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10 Commentaires

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  • Julius, le 23/07/2009 à 07h03

    Pêcheur de truite dans le haut de la Drôme depuis plus de 40 ans, je pleure quand je vois la Drôme presque à sec et pleine de mousse verte alors que le canons à eau font verdir le maïs sous un soleil de plomb. Il se cultivait avec logique seigle orge luzerne et on chassait la caille en fin d'été. Les noyers sont arrosés maintenant! Même "la nostalgie n'est plus ce qu'elle était". Et chacun vivait pourtant sans que les subventions ici ne tue l'agriculture ou l'élevage en Afrique. Le problème n'est pas que celui, gravissime et incontournable de l'eau, mais d'une économie de la planète. Quelle volonté politique osera affronter le problème dans son ensemble?

  • Citoyen, le 11/08/2005 à 02h11

    Il faut liberaliser le marche de l'eau, ca limitera le gachis. Quand on paye, on fait attention.

  • Patrice, le 10/08/2005 à 21h44

    Popelier, Damiatte : facile les yakafaucon. Si on laisse les agriculteurs choisir eux-mêmes, pas étonnant qu'ils choisissent la culture la plus rentable. Si l'état fait preuve d'autorité pour planifier les cultures, les anti-état primaires vont lancer des accusations de stalinisme.

  • Bernard, le 10/08/2005 à 18h34

    Depuis l'impot sur la secheresse en 1976 les paysans(les plus gros)ne cesse de quemander des aides.Le conseil general donne des aides a l'installation de systeme d'irriguation,puis interdit l'arrossage,et l'europe donne les subvention pour la perte du mais.Les viticulteurs vente moin de vin qui est de plus en plus cher,tout les ans de nouvelles installations se font,et l'Europe subventionne l'arret des vignes;il serait temps de faire le menage et d'aider les petits exploitants qui respectent la terre qui les fait vivre

  • Jean Michel, le 10/08/2005 à 18h19

    Il est clair que c?est tout le système des subventions qu?il faut repenser. L?eau n?est qu?un exemple de plus des effets pervers provoqué par ces dernières. Il faudrait à mon avis, purement et simplement arrêter ce système de « dumping » agricole, il nuit d?une part à notre environnement, mais aussi à l?économie d?autres pays. En effet, nous formons et nous équipons en technique agricole des pays Africains, pour qu?ils puissent obtenir une indépendance agricole et éviter des famines comme en ce moment au Niger. Mais lorsque l?ouvrier Africain, qui a été formé, équipé et financé, fait sa première récolte, il ne peut la vendre face aux produits concurrents « dumpés » et importés d?Europe. Mais cela nous permet certainement d?avoir la main mise sur leurs produits pétroliers?

  • GM, le 10/08/2005 à 16h34

    Décidément en France il y a toujours des malins qui trouvent n'importe quoi pour emm...les gens! Cette histoire d'O en est un exemple. Elle vise à instaurer une contrainte fiscale supplémentaire. Il y en a , de l'eau!!!Il faut la gérer sans aggraver les impôts!! Quelle gabegie!!!

  • PINTO, le 10/08/2005 à 14h37

    De l'Isère jusqu'au HT RHIN ce n'est qu'un immense champs de maïs qui est arrosé sans discontinuer. En cette année de sécheresse, qui était prévue, d'autres cultures demandant moins d'eau auraient dûes être plantées. Est-ce nos cultivateurs qui deviennent fonctionnaires et font en fonction des subventions ? Lorsqu'on aura soif ce n'est pas de sucer des feuilles de maïs que ça va ns désaltérer .....

  • Popelier, le 10/08/2005 à 11h01

    Bonjour, il suffit peut etre de decider que le maîs par exp doit etre cultivé dans les regions ou il ne manque pas d'eau (nord picardie somme etc)et de faire pousser le ble l'orge l'avoine etc dans les regions plus seches , mais allez expliquer ça aux cultivateurs qui ne pensent qu'aux primes qui ne sont jamais content.... il pleut trop, ou il fait trop sec ou trop de vent bref toujours un motif pour demander des subventions ,des aides, des exonerations en tous genres.les pauvres paysans ?! cordialement

  • Martin, le 10/08/2005 à 10h38

    Effectivement il est temps que l'on s'occupe des problemes de l'eau.La mauvaise gestion attire la production des maïs dans des zones ou le manque d'eau est notoire en été ex: vallée de la drome,mais part-contre le blé est semé dans des zones sans probléme(vallee du rhone).Est-ce l'effet des subventions ?

  • Fred h, le 10/08/2005 à 10h32

    En tout cas, quand je vois comme les champs de mais sont arrosés dans le haut-rhin alors qu'il pleut tout le temps, c'est à se demander si l'eau est gratuite et inépuisable...

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