1975. Les Dents de la mer (Jaws) sort dans les salles, traumatisant des millions d’amateurs de bains de mer. Tout comme le livre éponyme dont il est tiré (1), le film de Steven Spielberg contribue à diaboliser davantage les requins, et plus particulièrement le grand requin blanc, un animal aussi craint que détesté. Et aujourd’hui menacé, comme l’explique à tf1.fr Geremy Cliff, responsable du département Recherche au Natal sharks board, en Afrique du Sud.
tf1.fr : Les grands requins blancs pâtissent-ils toujours de l’image de tueurs sauvages qui leur a été accolée dans Les Dents de la mer ?
Geremy Cliff : Oui, je le crois. Cependant, il existe un nombre grandissant de personnes qui ont eu le privilège de voir des requins blancs dans leur milieu naturel et qui ne s’en tiennent pas à cette image. Malheureusement, la plupart des gens craignent plutôt qu’ils respectent les requins blancs car ils ne se rendent pas compte que les requins n’attaquent pas chaque être humain avec lequel ils entrent en contact.
tf1.fr : Le grand requin blanc a été classé comme espèce vulnérable par l’Union internationale pour la protection de la nature (UICN). Quelles sont les principales menaces qui pèsent sur lui ?
G. C. : Il s’agit principalement de l’exploitation humaine dans le cadre des diverses activités de pêche : trophées de chasse (mâchoires et dents) et captures. Je ne pense pas que la question de la destruction de son habitat se pose et je suis sûr que la diminution de ses proies ne sera pas un problème car les grands blancs ont un régime alimentaire très varié.
tf1.fr : L’homme et le grand requin blanc peuvent-ils partager les mêmes sites marins ou faut-il créer des sanctuaires pour ce type de requin ?
G. C. : C’est une question délicate. Les sanctuaires sont extrêmement importants, pas seulement pour les requins mais pour toute la vie marine, et spécialement pour les animaux qui sont lourdement exploités tels que les poissons, les ormeaux [ou haliotides, mollusques, NDLR] et les crustacés.
Ces sanctuaires sont la meilleure façon d’accroître la biodiversité. Le défi consiste à déterminer les meilleurs sites où les mettre en place. Je pense que l’homme doit accepter le fait que s’il entre dans des eaux souvent fréquentées par des grands blancs et d’autres requins dangereux, une attaque est possible. Je crois que beaucoup de jeunes surfeurs acceptent ce risque.
tf1.fr : Quelle est la situation des grands requins blancs en Afrique du Sud ? Comment la population réagit-elle à leur présence ?
G. C. : L’Afrique du Sud a été le premier pays à protéger ces espèces. Je pense que notre population de grands blancs est en bon état. J’aimerais penser qu’elle a augmenté, juste légèrement peut-être, depuis qu’elle est protégée. Récemment, un grand blanc équipé d’un traceur a été détecté par satellite dans les eaux australiennes, ce qui signifie que certains individus parcourent des distances considérables.
Quant aux Sud-africains, je crois qu’ils montrent plus de respect vis-à-vis des grands blancs à travers diverses initiatives touristiques telles que la plongée en cage [cage diving]. Toutefois, je pense que le Sud-africain moyen a très peur des requins blancs.
tf1.fr : Justement, que pensez-vous de ces plongées en cage ? Contribuent-elles à améliorer l’image des requins blancs ?
G. C. : Je suis certain que cela aide les gens à respecter davantage les requins. La plongée en cage génère des revenus importants pour notre pays mais il est important que cette pratique ne devienne pas un cirque avec des gens qui taquinent le requin ou qui lui font cogner la tête sur le côté du bateau alors qu’il essaie de manger un appât.
(1) Peter Benchley, l’auteur de l’ouvrage Les Dents de la Mer, a fait depuis plusieurs années son mea culpa, devenant un farouche défenseur des requins. "Enlever un grand prédateur pourrait altérer l’harmonie de la vie dans les océans de manière catastrophique et imprévisible", souligne-t-il dans le numéro d’août de National Geographic-France.
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