La condamnation du géant pharmaceutique Merck par un jury texan est un "premier pas encourageant" pour les victimes françaises de l'anti-inflammatoire Vioxx, a réagi lundi l'Association d'aide aux victimes des accidents des médicaments (Aavam). "Toutes les plaintes ne vont pas déboucher sur un procès. Cette première condamnation va faciliter des arrangements entre les assureurs du groupe et les avocats des victimes sur le versement d'indemnités", a déclaré le président de l'association Georges-Alexandre Imbert. L'association a transmis le 19 août trois premiers dossiers "test" de victimes françaises à un cabinet d'avocats américains afin qu'elles puissent être associées à l'action collective (class action) menée aux Etats-Unis. La justice américaine doit d'abord se prononcer sur la recevabilité de ces plaintes, ce qui devrait prendre environ deux mois, pour permettre un éventuel accord d'indemnisation, selon le président de l'Aavam.
"Les lois américaines sont applicables aux produits américains vendus à l'étranger. Les plaintes devraient être acceptées", a-t-il estimé. Les indemnités devraient se situer entre 50.000 et 3 millions de dollars, selon le cabinet d'avocats contacté par l'Aavam. Les compte-rendus des hôpitaux français sur les cas de ces trois patients qui ont souffert d'un accident vasculaire cérébral pour l'un et de problèmes cardiovasculaires pour les deux autres "laissent penser que le Vioxx est en cause", a commenté Georges-Alexandre Imbert. Au total, l'association a été saisie d'une centaine de dossiers de victimes présumées du Vioxx, dont une quinzaine de cas de décès. Son président a souligné les difficultés rencontrées par les victimes d'accident ou de maladie liés aux médicaments devant la justice française. "Au pénal, il faut prouver l'intention de tuer tandis que les actions intentées au civil pour réclamer des dommages-intérêts sont longues, compliquées et coteuses".
Première condamnation
Vendredi dernier, le tribunal fédéral d'Angleton, près de Houston, a condamné Merck pour vente d'un produit défectueux, négligence et malveillance. Le géant pharmaceutique doit verser 253,4 millions de dollars à la veuve de Robert Ernst, soudainement décédé en mai 2001 après avoir pris du Vioxx. Il s'agit de la première affaire jugée sur plus de 4.000 plaintes déposées contre Merck aux Etats-Unis. Le groupe a immédiatement fait appel.
Après trois ans d'études internes, Merck avait décidé de retirer le Vioxx du marché dans le monde entier, estimant qu'il augmentait les risques de crise cardiaque après une prise prolongée (plus de 18 mois) du médicament. Mais, pour le cas particulier de M. Ernst, "Il n'existe pas de preuve scientifique fiable montrant que le Vioxx est responsable d'arythmies cardiaques, dont une autopsie a montré qu'elles étaient responsables de la mort de M. Ernst, ainsi qu'une athérosclérose coronarienne", a estimé l'un des avocats de Merck, Johnathan Skidmore. Pour des raisons juridiques propres à l'Etat du Texas, l'avocat a assuré que même si l'appel de son client était rejeté, les dommages punitifs – fixés à environs 230 millions de dollars - ne s'élèveraient pas dans les faits à plus de deux millions de dollars.
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| Le Vioxx, aujourd'hui retiré du marché |
(Image LCI : La veuve Ernst et son avocat vendredi à l'annonce du verdict)










