Vioxx : la condamnation de Merck, un "premier pas encourageant"

Par D'après AFP, le 22 août 2005 à 08h49 , mis à jour le 22 août 2005 à 15h54

La condamnation vendredi aux Etats-Unis du géant pharmaceutique Merck est un "premier pas encourageant", selon une association de victimes françaises de l'anti-inflammatoire Vioxx. Le groupe, qui doit verser plus de 250 millions de dollars à la veuve d'un homme décédé après avoir pris du Vioxx, a fait appel.

Merck Vioxx procès Ernst veuve et avocat

La condamnation du géant pharmaceutique Merck par un jury texan est un "premier pas encourageant" pour les victimes françaises de l'anti-inflammatoire Vioxx, a réagi lundi l'Association d'aide aux victimes des accidents des médicaments (Aavam). "Toutes les plaintes ne vont pas déboucher sur un procès. Cette première condamnation va faciliter des arrangements entre les assureurs du groupe et les avocats des victimes sur le versement d'indemnités", a déclaré le président de l'association Georges-Alexandre Imbert. L'association a transmis le 19 août trois premiers dossiers "test" de victimes françaises à un cabinet d'avocats américains afin qu'elles puissent être associées à l'action collective (class action) menée aux Etats-Unis. La justice américaine doit d'abord se prononcer sur la recevabilité de ces plaintes, ce qui devrait prendre environ deux mois, pour permettre un éventuel accord d'indemnisation, selon le président de l'Aavam.

"Les lois américaines sont applicables aux produits américains vendus à l'étranger. Les plaintes devraient être acceptées", a-t-il estimé. Les indemnités devraient se situer entre 50.000 et 3 millions de dollars, selon le cabinet d'avocats contacté par l'Aavam. Les compte-rendus des hôpitaux français sur les cas de ces trois patients qui ont souffert d'un accident vasculaire cérébral pour l'un et de problèmes cardiovasculaires pour les deux autres "laissent penser que le Vioxx est en cause", a commenté Georges-Alexandre Imbert. Au total, l'association a été saisie d'une centaine de dossiers de victimes présumées du Vioxx, dont une quinzaine de cas de décès. Son président a souligné les difficultés rencontrées par les victimes d'accident ou de maladie liés aux médicaments devant la justice française. "Au pénal, il faut prouver l'intention de tuer tandis que les actions intentées au civil pour réclamer des dommages-intérêts sont longues, compliquées et coteuses".

Première condamnation

Vendredi dernier, le tribunal fédéral d'Angleton, près de Houston, a condamné Merck pour vente d'un produit défectueux, négligence et malveillance. Le géant pharmaceutique doit verser 253,4 millions de dollars à la veuve de Robert Ernst, soudainement décédé en mai 2001 après avoir pris du Vioxx. Il s'agit de la première affaire jugée sur plus de 4.000 plaintes déposées contre Merck aux Etats-Unis. Le groupe a immédiatement fait appel.

Après trois ans d'études internes, Merck avait décidé de retirer le Vioxx du marché dans le monde entier, estimant qu'il augmentait les risques de crise cardiaque après une prise prolongée (plus de 18 mois) du médicament. Mais, pour le cas particulier de M. Ernst, "Il n'existe pas de preuve scientifique fiable montrant que le Vioxx est responsable d'arythmies cardiaques, dont une autopsie a montré qu'elles étaient responsables de la mort de M. Ernst, ainsi qu'une athérosclérose coronarienne", a estimé l'un des avocats de Merck, Johnathan Skidmore. Pour des raisons juridiques propres à l'Etat du Texas, l'avocat a assuré que même si l'appel de son client était rejeté, les dommages punitifs – fixés à environs 230 millions de dollars - ne s'élèveraient pas dans les faits à plus de deux millions de dollars.

Le Vioxx, aujourd'hui retiré du marché
Rejetant une mise sur le marché précipitée pour des raisons de profits, les avocats de Merck ont aussi fait valoir, lors du procès, que le groupe avait procédé à 99 études, sur 10.000 patients, avant de lancer le Vioxx sur le marché. Selon une étude fédérale américaine, le Vioxx aurait pu provoquer plus de 27.785 morts depuis sa mise sur le marché en 1999. Au moment de son retrait, 20 millions de patients utilisaient le Vioxx. Le médicament avait représenté un chiffre d'affaires de plus de 2,5 milliards de dollars en 2003, soit 10% du revenu total de la société, selon Reuters. Merck a provisionné 675 millions de dollars pour faire face aux frais judiciaires.

(Image LCI : La veuve Ernst et son avocat vendredi à l'annonce du verdict)

Par D'après AFP le 22 août 2005 à 08:49
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17 Commentaires

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  • Rousselle Jonathan, le 23/08/2005 à 15h37

    Je tiens à rappeler que le vioxx a causé selon de nombreux chercheurs plus de 120 000 accidents cardiovasculaires graves dont environs un quart ont été mortel. Ces chiffres que les gens semblent découvrir maintenant sont connus depuis de nombreux mois. Un rapport sur les dangers importants du vioxx étaient connus par la société depuis plusieurs années, mais ce document a été volontairement caché et des pressions ont été faites par Merck pour que les conclusions ne soient pas publiées dans certains journaux médicaux. Le vioxx a pris la vie de plusieurs milliers de personnes qui étaient pourtant en tres bonne santé, l'erreur est humaine mais lorsque l'erreur est volontairement dissimulé au détriment de miliers de vies, cela devient un crime grave.

  • Fred, le 23/08/2005 à 13h49

    Tiens, comme je n'entends pas de l'oreille droite je vais porter plainte contre mon médecin qui ne la pas vu à ma naissance. Aucun intérêt si ce n'est l'ARGENT. merci de publier

  • Ludovic, le 23/08/2005 à 13h06

    Toutes les réactions que l'on peut lire dans ce forum manquent complétement d'objectivité. Attribuer la mort d'un patient à l'usage d'un médicament, qui a aidé à soulager des millions de personnes dans le monde pendant plusieurs années et sans soucis, n'est d'abord pas quelquechose d'évident. Je crains que l'émotion naturelle liée à la perte d'un être cher ne l'ai emportée dans ce procès. Ensuite les "punitive damages" de plus de 200 millions de dollards ne seraient en fait que de 2 millions du fait d'une limitation inscruite dans la loi texane. Enfin, Merck a fait appel et j'espère qu'il l'emporteront car ceux sont les laboratoires pharmaceutiques d'aujourd'hui qui nous soigneront demain. Ce laboratoire a retiré volontairement un médicament de marché, sans que personne ne lui demande. cette attitude a été responsable. Merci de publier.

  • Bertrand, le 23/08/2005 à 10h39

    Encore une chose, très importante... Notre époque manque de conscience professionnelle, voire de conscience tout court... ce n'est heureusement pas vrai pour tout le monde, mais c'est un comportement hélas très largement répandu et dont nous souffrons TOUS, à des degrés divers. Vous voulez aider à changer ça ? C'est possible ! QUELLE que soit votre activité, faites-la sinon avec passion, du moins avec la plus profonde conscience de responsabilité de vos actes (ou de l'absence d'acte !), songez à toutes les conséquences possibles, soyez aussi exigeant et responsable que vous attendez des autres qu'ils le soient, car tous nous faisons confiance les uns aux autres sans jamais savoir si cette confiance est bien placée ! Exemple simple, qd vous buvez l'eau d'une bouteille, vous faites confiance... aux "gestionnaires" de la source, à la chaîne de mise en bouteille, au fournisseur de ladite bouteille... Avec raison ? Aujourd'hui, a priori, OUI. Mais ce n'est pas pareil dans tous les domaines, alors ça prendra du temps, mais... il faut que ça change, et nous avons tous un rôle à jouer pour cela ! Je sais, vous vous dites que c'est pas parce que vous allez faire des efforts que les autres en feront, mais pourtant, sur le long terme, vous verrez que SI !! Je rêve ? Tant pis, tant mieux... Mais pensez-y tout de même ! Merci de me publier, même si je suis un peu sorti du sujet...

  • Bertrand, le 23/08/2005 à 10h30

    Pour moi, vous avez tous tort et raison à la fois ! Vos arguments sont justes, mais il en manque un qui explique qu'il soit "normal" d'attaquer en justice un labo ou un toubib qui fait une grosse erreur. C'est tout simplement que, l'être humain étant faillible, il faut prendre encore plus de précautions ! Un médecin qui fait 1 erreur de diagnostic en interprétant mal un résultat d'examen par exemple, "passe encore" (guillemets de rigueur !), mais si par exemple sur plusieurs mois/années de consultations d'un patient, à aucun moment il n'imagine qu'il pourrait avoir un cancer alors que les symptômes, disons, "pourraient correspondre", là c'est grave car il fait preuve non pas de fatigue ou de distraction mais de négligence, voire d'entêtement ou de paresse intellectuelle. De même, un labo qui met sur le marché un médicament à effets secondaires connus, je suis (hélas) "d'accord" pourvu que ces effets soient connus, parfaitement identifiés, et que le remède ne soit pas pire que le mal et ce pour personne. Rappelons ainsi que nous sommes tous différents : chacun réagira différemment à un même médicament, parfait pour certains, catastrophique pour d'autres. Alors je trouve normal de condamner tout comportement négligeant et manquant de conscience professionnelle, a fortiori malhonnête, pour essayer qu'à terme ça n'arrive plus ! C'est pas tjrs la faute d'un labo en entier si un médicament est néfaste, mais TOUT devrait être fait pour l'éviter, et c'est très loin d'être le cas du fait des sommes considérables mises en jeu... on en revient tjrs là !! "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme !"

  • Pascal, le 23/08/2005 à 10h09

    A ceux qui trouvent que je pousse un peu trop loin, je dirais meme que je suis mesuré dans mes propos, quand l'on connait la réalité des pratiques de ces labos. Celles des cigarettiers ne sont rien comparées aux leurs; quand il y'a des milliards en jeu, il n'y a plus de progres médical ou d'enjeu de santé qui comptent. Les labos parviennent régulièrement à sortir des molécules dangereuses par recherche du profit; et la plupart du temps, ils connaissent la dangerosité de leurs produits, mais gèrent le risque judiciaire en tant que gestionnaires cyniques. S'agissant de santé publique, tous les labos devraient etre au minimum des stés d'économie mixtes, directement controlées par les Etats; les enjeux de santé sont trop gros pour les laisser gérer par des financiers.

  • Xx, le 23/08/2005 à 09h19

    Pascal, c toi qui pousse un peu loin. Nicola a raison. je veux bien croire que le but premier des labos et la création de richesses, mais c le but de ttes les boites. sauf qu'ici sans ces labos qui s'occuperait de faire avancer la recherche?

  • Franck, le 23/08/2005 à 00h20

    Pascal, tu trouves que nicola y va fort ? T'es un marrant. Bien sur que les méchants du monde pharmaceutique veulent tous nous tuer pour faire de l'argent. C'est pour cela qu'il y a des procès comme celui la tous les deux jours. Reviens sur terre. Il faut savoir peser le pour et le contre. Heureusement que ces sociétés existent. Bien sûr, il y a eu une faute. Une faute grave et lourde de conséquences. Seulement réclamer 250 M de dollars n'est éthiquement pas correct. J'ai perdu mon père l'année dernière d'un cancer de l'estomac car son medecin qui le suivait fréquemment n'a jamais diagnostiqué la maladie. Il a fallu consulter un spécialiste pour le savoir, mais il était trop tard. Mon seul souhait à ce moment là n'était pas d'obtenir des dédommagements, mais de trainer son médecin devant les tribunaux. Mais finalement avec du recul on admet que l'erreur est humaine, parfois c'est frustrant et très triste mais il faut accepter et se rappeler que ce médecin et les sociétés pharmaceutiques ont permis de sauver un nombre considérable de vies.

  • Pascal, le 22/08/2005 à 17h15

    Nicola, tu pousse pas un peu le bouchon trop loin? A te lire, on devrait croire que les labos travaillent benevolement pour le bien public. Je te rappelle que leur but n°1 c'est d'amasser le maximum d'argent; et que leur moyen principal, c'est de sortir un max de nouvelles molécules en essayant de passer le plus possible au travers des mailles du filet des organismes chargés du controle des effets de leurs médicaments. Les labos se foutent des effets négatifs de leurs médicaments sur les patients, sauf lorsque que ceci peux déboucher sur des procès. Et là encore, au lieu de reconnaitre leurs torts, ils osent combattre une femme dont le mari a été tué par les effets d'un de leurs produits. S'il n'y avait pas d'organismes de controle, ils vendraient du poison sans probleme tant que cela leur rapporterait des revenus. Les labos sont d'un cynisme inoui; alors les présenter comme des vecteurs de progres, c'est un peu gros.

  • Nicola, le 22/08/2005 à 16h01

    C'est grace aux industries pharmaceutiques qui investissent des centaines de millions dans la recherche et le developpement de medicaments qu'on a la sante au niveau d'aujourd'hui! Si des etres stupides utilisent mal leur produits (tels que les tentatives de suicide par medicaments) on ne peut pas le reprocher aux gens qui dedient leur vie a essayer de sauver celles des autres en creant des medicaments. Heureusement que ces groupes pharmacologiques existent et j'espere que dans ce cas precis la plaignante perde le proces. Cela empechera d'autres tentatives d'escroquerie.

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