"C'est l'homme qui amènera la grippe aviaire en France"

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 12 octobre 2005 à 07h00 , mis à jour le 12 octobre 2005 à 15h16

L'apparition de la grippe aviaire en France n'est qu'une question de temps, selon Michel Métais, directeur de la Ligue pour la protection des oiseaux. Et la surveillance des élevages laisse à désirer.

poulet oeuf grippe aviaire aviculture © TF1

tf1.fr : Alors que des cas de grippe aviaire ont été identifiés sur des volailles en Turquie et en Roumanie, qu'en est-il de la situation dans les élevages français ?

Michel Métais : D'abord, qu'il y ait des cas de grippe aviaire ne signifie pas qu'il s'agisse du virus H5N1 [potentiellement transmissible à l'homme, NDLR]. Il y a déjà eu une alerte en Finlande et après analyse, il s'est avéré que le virus en question n'était pas le H5N1. Il ne faut donc pas céder à la panique. Les autorités turques et roumaines ont suspecté les oiseaux migrateurs d'être à l'origine de la contamination des élevages mais ils n'ont apporté aucune preuve. A la LPO, nous maintenons qu'il n'y a pas de preuve de transfert direct de la grippe aviaire par l'intermédiaire d'oiseaux migrateurs en provenance d'Asie du Sud-Est ou de Sibérie.

En France, il y a 900 millions d'oiseaux en élevages. Les attaques virales existent depuis longtemps ; j'estime qu'elles doivent provoquer une mortalité de 5% des volatiles. Mais il ne s'agit pas nécessairement du virus de la grippe aviaire qui peut être transmissible à l'homme.

tf1.fr : Contacté par tf1.fr le 24 août dernier, vous aviez évoqué deux foyers potentiels de dissémination de la grippe aviaire en France : les trafics d'oiseaux et les élevages de gibiers d'eau (cliquez ici pour lire l'article). La menace est-elle toujours d'actualité ?

M. M. : Oui. Les importations d'oiseaux et de plumes en provenance des pays à risque constituent de loin la menace la plus importante. Qu'il s'agisse d'oiseaux d'ornement, notamment les espèces rares et menacés importées illégalement, ou d'oiseaux d'élevage. On compte 5 millions de faisans d'élevage en France, une espèce originaire d'Asie dont je suppose qu'il y a toujours des importations régulières.

Quant à la chasse à la tonne [qui permet au chasseur d'élever jusqu'à 100 volatiles, utilisés vivants pour attirer leurs congénères sauvages, NDLR], il n'y a aucune possibilité de la contrôler ; or, les canards et les oies captifs sont en contact avec des oiseaux sauvages et, probablement aussi, avec des animaux domestiques. Les échanges d'oiseaux entre chasseurs sont légaux mais pas encadrés.

tf1.fr : Pensez-vous que la grippe aviaire se déclarera en France ?

M. M. : Ça va venir (1). Pourquoi, comment ? Je ne sais pas mais, comme pour la réapparition de la rage dans le Sud-Ouest [en septembre 2004, NDLR], c'est l'homme qui amènera la grippe aviaire. Par bricolage, trafic ou accident.

tf1.fr : Les autorités seront-elles prêtes à y faire face ?

M. M. : Pour la prévention faite sur l'homme, ça va bien mais en ce qui concerne les causes... A ce jour, si la grippe aviaire apparaît dans un département, on connaît précisément le nombre et le type d'élevages agricoles mais pour les élevages détenus par les chasseurs, on ne sait pas. Le lobby de la chasse minimise la chose, l'Afssa [l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments] est au courant mais on ne fait rien. Le lobby de la chasse est trop puissant. Heureusement, il y a quand même l'Union européenne au-dessus de nous... Il faut prendre un maximum de précautions et ne pas attendre l'arrivée de la grippe aviaire : il faut interdire les importations d'oiseaux et de plumes en provenance des pays touchés par la maladie.

tf1.fr : D'un point de vue pratique, que faire si au cours d'une promenade, on trouve un oiseau mort ou blessé ? Peut-on laisser les enfants ramasser des plumes ?

M. M. : D'une manière générale, il ne faut jamais toucher un animal mort. Pour un oiseau blessé, il faut utiliser des gants et le confier à des spécialistes — vétérinaires, associations... Pour les plumes, le principe de précaution doit l'emporter : mieux vaut ne pas y toucher.

(1) "Il y aura une pandémie un jour mais on ne sait pas quand. Elle pourrait être modérée, grave, ou extrêmement grave. Je ne sais pas quand elle aura lieu, je ne sais pas où elle aura lieu, mais je sais que cela se produira", a indiqué mardi David Nabarro, coordinateur des Nations unies pour la grippe aviaire, lors d'une conférence réunissant des experts mondiaux à l'organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

photo : archives TF1

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 12 octobre 2005 à 07:00
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24 Commentaires

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  • FRANCE, le 19/10/2005 à 14h13

    Je pense que cet expert à été honnête plus que notre gouvernement ( vous avez oublié schernobyl) en france nous n'avions pas été touché, de qui se moque t on, bien sur une épidemie peut se propager rapidement, alors il faudra que la france ne nous cache pas la vérité si des cas se confirment. de toute façon il n'y aura pas de vaccins pour tous. ALORS ?

  • , le 18/10/2005 à 10h01

    Pour répondre à jef d'épinal le problème n'est pas le virus en lui même mais son moyen de transmission. En asie ce qui a limité le nb de décés c'est que le virus n'était pas transmissible par l'homme. Mais la grande inquiétude des chercheurs c'est la mutation de ce virus et tout le monde s'attend dans un futur plus ou moins proche à une souche qui se transmette de la même manière que la grippe "classique". C'est pour cette raison que les gouvernements constituent des stocks de médicaments et de masques. Pour une fois qu'ils prennent les devants nous n'allons pas nous en plaindre.

  • Puech, le 17/10/2005 à 15h13

    Bonjour à tous. Quel rapport y a t'il entre la maladie qui avait déjà touché les volailles l'année dernière(ou il y a 2 ans) dans les pays asiatiques (appelée il me semble Schrass - excuser l'orthographe- et à l'époque, des millers de volailles tuées ainsi que pas mal de gens malades - et cette nouvelle épidémie H5 Merci de votre réponse.

  • Rene56, le 16/10/2005 à 08h12

    A joby de janville la chasse est un moyen de limiter la prolifération des migrateurs par là mème le ralentissement de l'épizootie.

  • Jef, le 15/10/2005 à 13h07

    A QUI PROFITE LE CRIME ?????? 60 décés en asie pour une population d'environ 2 milliards d'habitants 9 millions de doses de vaccin (payées par le contribuable) stockées et on ne sais pas si elles conviendrons à la souche qui risque (?) de nous arriver... BRAVO A L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE!!!!!!!!!!! Il faut savoir garder raison et ne pas céder à un afollement qui ne peut être que nocif - pourquoi la grippe aviaire ferait elle plus de dégas ici que labas? - Un volatile malade peut il voler sur des milliers de km?

  • MORLOF, le 14/10/2005 à 11h49

    Bin moi, Jean-Louis de Cannes, je préfère un spécialiste qui a l'honneté intellectuelle de dire qu'il ne sait pas quand le virus arrivera plutôt qu'un c... qui se lance dans un grand "bavardiage" comme on a l'habitude de voir à la télé chaque fois qu'une catastrophe arrive ou est arrivée. De toute manière bien malin celui qui saura avec précision quand, où, comment et qui sera touché par le virus ! La science , mon petit gars, n'est fait que d'hypothèses...

  • Julie, le 14/10/2005 à 11h19

    Moi ça ne m'a pas empecher d'acheter du poulet ce matin... De toute façon, avec tt ce que nous fait manger! Si nous devions nous protéger de tout ce qui mortel pour l'homme ! On pollue, on détruit, on massacre....

  • Jean louis, le 13/10/2005 à 11h05

    Je ne sais pas si je serai publié mais ce dont je suis sur c'est que cet expert a du ête formé à l'école de Madame Soleil!!! C'est à hurler de rire: "Je ne sais pas quand elle aura lieu, je ne sais pas où elle aura lieu, mais je sais que cela se produira", a indiqué mardi David Nabarro Que sait donc cet expert?!!???!

  • Regis, le 13/10/2005 à 10h35

    Et voila, exactement ce que disais dans mes commentaires precedents..... voila qui me conforte dans mon envie d'achat d'une combinaison nbc en cas de pandemie, je quitte paris pour mon village isolé en bretagne... la bas, j'ai un stock de vivres, je pourrai vivre en autarcie un bon moment...je n'ai pas envie de prendre de risques...au premier cas sur paris, je pars.....

  • Baba, le 13/10/2005 à 09h52

    Les masques seront distribués prioritairement aux personnels de santé, de sécurité, aux personnes âgées, aux enfants et aux femmes enceintes. Ceux qui ne travaillent pas dans ce domaine sont évidemment ignorés, sauf ceux qui nous dirigent... Et évidemment, en France, c'est toujours à la dernière minute que tout s'organie, sauf pour une ville dans le sud, où le Maire a stocké des masques pour tous les habitants de la commune.

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