© TF1tf1.fr : Alors que des cas de grippe aviaire ont été identifiés sur des volailles en Turquie et en Roumanie, qu'en est-il de la situation dans les élevages français ?
Michel Métais : D'abord, qu'il y ait des cas de grippe aviaire ne signifie pas qu'il s'agisse du virus H5N1 [potentiellement transmissible à l'homme, NDLR]. Il y a déjà eu une alerte en Finlande et après analyse, il s'est avéré que le virus en question n'était pas le H5N1. Il ne faut donc pas céder à la panique. Les autorités turques et roumaines ont suspecté les oiseaux migrateurs d'être à l'origine de la contamination des élevages mais ils n'ont apporté aucune preuve. A la LPO, nous maintenons qu'il n'y a pas de preuve de transfert direct de la grippe aviaire par l'intermédiaire d'oiseaux migrateurs en provenance d'Asie du Sud-Est ou de Sibérie.
En France, il y a 900 millions d'oiseaux en élevages. Les attaques virales existent depuis longtemps ; j'estime qu'elles doivent provoquer une mortalité de 5% des volatiles. Mais il ne s'agit pas nécessairement du virus de la grippe aviaire qui peut être transmissible à l'homme.
tf1.fr : Contacté par tf1.fr le 24 août dernier, vous aviez évoqué deux foyers potentiels de dissémination de la grippe aviaire en France : les trafics d'oiseaux et les élevages de gibiers d'eau (cliquez ici pour lire l'article). La menace est-elle toujours d'actualité ?
M. M. : Oui. Les importations d'oiseaux et de plumes en provenance des pays à risque constituent de loin la menace la plus importante. Qu'il s'agisse d'oiseaux d'ornement, notamment les espèces rares et menacés importées illégalement, ou d'oiseaux d'élevage. On compte 5 millions de faisans d'élevage en France, une espèce originaire d'Asie dont je suppose qu'il y a toujours des importations régulières.
Quant à la chasse à la tonne [qui permet au chasseur d'élever jusqu'à 100 volatiles, utilisés vivants pour attirer leurs congénères sauvages, NDLR], il n'y a aucune possibilité de la contrôler ; or, les canards et les oies captifs sont en contact avec des oiseaux sauvages et, probablement aussi, avec des animaux domestiques. Les échanges d'oiseaux entre chasseurs sont légaux mais pas encadrés.
tf1.fr : Pensez-vous que la grippe aviaire se déclarera en France ?
M. M. : Ça va venir (1). Pourquoi, comment ? Je ne sais pas mais, comme pour la réapparition de la rage dans le Sud-Ouest [en septembre 2004, NDLR], c'est l'homme qui amènera la grippe aviaire. Par bricolage, trafic ou accident.
tf1.fr : Les autorités seront-elles prêtes à y faire face ?
M. M. : Pour la prévention faite sur l'homme, ça va bien mais en ce qui concerne les causes... A ce jour, si la grippe aviaire apparaît dans un département, on connaît précisément le nombre et le type d'élevages agricoles mais pour les élevages détenus par les chasseurs, on ne sait pas. Le lobby de la chasse minimise la chose, l'Afssa [l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments] est au courant mais on ne fait rien. Le lobby de la chasse est trop puissant. Heureusement, il y a quand même l'Union européenne au-dessus de nous... Il faut prendre un maximum de précautions et ne pas attendre l'arrivée de la grippe aviaire : il faut interdire les importations d'oiseaux et de plumes en provenance des pays touchés par la maladie.
tf1.fr : D'un point de vue pratique, que faire si au cours d'une promenade, on trouve un oiseau mort ou blessé ? Peut-on laisser les enfants ramasser des plumes ?
M. M. : D'une manière générale, il ne faut jamais toucher un animal mort. Pour un oiseau blessé, il faut utiliser des gants et le confier à des spécialistes — vétérinaires, associations... Pour les plumes, le principe de précaution doit l'emporter : mieux vaut ne pas y toucher.
(1) "Il y aura une pandémie un jour mais on ne sait pas quand. Elle pourrait être modérée, grave, ou extrêmement grave. Je ne sais pas quand elle aura lieu, je ne sais pas où elle aura lieu, mais je sais que cela se produira", a indiqué mardi David Nabarro, coordinateur des Nations unies pour la grippe aviaire, lors d'une conférence réunissant des experts mondiaux à l'organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
photo : archives TF1
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